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OEUVRES
COMPLÈTES
D’AMBROISE PARÉ.
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l'AlUS. — IMPRIMERIE 1)E BOnRGOGNK ET MARTINET, rue Jacob , Jo.
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OEUVRES
COMPLÈTES
D AMBROISE PARÉ
REVUES ET COLLATIONNÉES SUR TOUTES LES ÉDITIONS,
AVEC LES VARIANTES;
ORNÉES DE 217 PLANCHES ET DU PORTRAIT DE L’AUTEUR 5
ACCOMPAGNÉES DE NOTES HISTORIQUES ET CRITIQUES ,
ET
PRÉCÉDÉES D’UNE INTRODUCTION
sijr l'origine et les progrès
DE LA CHIRURGIE EN OCCIDENT DU SIXIÈME AU SEIZIÈME SIÈCLE, ET SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D’AMBROISE PARÉ,
PAR
J.-F. MALGATGNE.
Labor improbus omnia vineit.
A. Paré.
TOME DEUXIÈME.
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»
A PARIS,
CHEZ J.-B. BAILLIÈRE,
LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE,
RUE DE L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE , 17.
A LONDRES, CHEZ H. BAILLIERE, 219, REGENT STREET.
1840
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LE HVITIÉME LIVRE
TRAITANT
DES PLAYES RECEINTES ET SANGLANTES
EN PARTICULIER >.
CHAPITRE I.
DES ESPECES ET DIFFERENCES DES FRACTVRES DV CRANE.
Apresauoir en bref traité des playes en general, à sçauoir de leurs diffé- rences, signes, causes, prognostic et curation, ensemble des accidensqui y peuuent suruenir : reste mainte- nant à traiter de celles qui sont faites en chasque partie , d’autant qu'elles diuersifient grandement la curation : et commencerons à celles de la teste, continuant par mesme méthode à toutes les autres parties.
Donc pour entrer en matière , il faut sçauoir que la teste est aucunes- fois blessée auec petite contusion sans playe , et quelquesfois auec incision du cuir qui couure le Crâne seule-
1 La plus grande partie de ce livre, jus- qu’au chapitre des Playes de poitrine, avait paru pour la première fois en 1561 à la suite de l’ slnatomie de la teste sous ce litre : La méthode de truilier les playes et fractures de la teste, auec les pourtrails des instrumens ne- cessaires pour la curation d’icelle-, nous la ci-
ment : et aussi souuent on troitue complication des deux , à sçauoir Playe et contusion. D’auantage , l’os est aucunesfois fracturé superficielle- ment , et quelquesfois iusques au Di- ploé , et souuent en toutes les deux tables, auec les membranes, com- prenant aussi la substance du cer- ueau. Aussi souuenlesfois aduient vne commotion, ou esbranlement au cer- ueau , auec ruption d’aucuns vais- seaux du dedans, et autres accidens. Ce qui sera déclaré cy apres par ordre, auec la curation de chacune disposi- tion où principalement ie suiuray le diuin : Hippocrates, lequel en son Ji- ure des Playes de Teste, a fait cinq es- peces et différences de fractures au Crâne.
La première est appellée Fente ou Scissure.
ferons dans nos notes sous le titre d’édition de 1561. Elle commence d’ailleurs ainsi :
« Apres auoir ainsi cogneu les parties na- turelles de la teste, maintenant nous faut déclarer les choses répugnantes à nature, et spécialement des playes et fractures d’icelles. Donc pour entrer en matière, etc. »
II.
1
2
LE IIVITIÉME LIVRE,
La seconde Contusion.
La troisième , Embarreure , ou En- fonsure.
La quatrième, Incision, ou Me* que.
La cinquième , dite Contrefente , qui se fait quand l’os est fracturé, fendu ou esclalé autre part qu’à l’en- droit où a esté donné le coup.
Et de ces cinq especes sont encores plusieurs différences : car aucunes sont grandes, moyennes, petites, et très petites : aucunes longues, larges, courtes : aucunes superficielles : Jes autres iusques au Diploé, et quelques- fois passent toutes les deux tables. Les vnes sont de figure droitte, obli-
que et ronde : les autres simples : les autres composées entre elles , comme Contusion auec Fissure, et sembla- bles : les vnes sont compliquées auec douleur, chaleur, tumeur, flux de sang et autres accidens : quelques- vnes sont auec vne ou plusieurs es- quilles d’os séparés, autres non : tou- tes lesquelles différences font diuer- sifier la cure. Or pour soulager ta mé- moire, ie t’ay bien voulu bailler ces deux tables pour plus facile intelli- gence L
1 Ces deux tables manquent dans l’édition de 1561.
DES PLAYES E1Y PARTICULIER.
o
O
T|A BLE I. DES FRACTVRES DV CRANE.
[Apparente] Au tact,
/ ( A la sonde.
i Contusion c’est à dire, cassure ou froissurede chose con- tondante qui sera tombée sur leCrane.ou pour estre tombé ledit I Crâne de [haut sur lehose obtu- lse, Taisant que les parv lies de l’os| I fracturé
Gardent leur| place , et demeurent contigus , dontest faite l’espece de fracture en forme de li- gne , dite fente ou fêlu- re , qui esti
En
mesme
os
Non apparente comme lors qu’elle lest à l’opposite du' coup , c’est à dire, quand la partie<
(frappée demeuran- te entière, l’oppo-i \ si te est fracturée ,| jce qui se fait
En di-
uers os'
Moyenne, dite capillaire, la-, quelle n’apparoist plus largel qu’vn poil, et pourtant ne sel descouurequelquesfois qu’a-| près l’application de l’huile et encre.
Du dextrc au senestre.ou au contraire.commed’uncostédu Coronalàl’autrecostéd’iceluy.
De haut en bas, comme de la première table à la seconde.
Du dextre au senestre , ou , au contraire , , * comme de l’os j «
I pariétal à l’au- 1 g Ure. [j
Du deuant [ -S au derrière , I — ou au contrai- \ er re, comme du y front à l’occi- / vPUt. /
Qui n’ont
aucunes
sutures.
Qui les ont trop 1 serrées.
Qui les ont mal , disposées.
Per-
dent
leur
place
(Embarrure ou brisure en plusieurs / Apparens. esquilles ou fragmens , dont aucuns | Cachés sous sont ( l’os entier.
f Ilyauneautresorted’enfon-
— — N Enfonsure ni.and[ sure, qui n’est vraye espece de
membrane , J , ' e’ quand! , . , ,, f jt ,
Hnnt s» fiit I ,a Piece est du tout \ lraclure ■ laquelle se tau es os f separée ^ tombantJ mollets des enfans, sans frac-
l sur la membrane,] ture diuision, ainsi que la \ sans eSqUii|es i bosselure en vaisseaux d’estain [ et de cuiure, sans qu’ils soient \ rompus.
En partie, comme! Vousture, quand l’os estesleué et rehaussé,
quand l’os rompu est en ] partie séparé , et tient/ aussi par quelque en-J droit au sain , dont sef fait
laissant sous son reply quelque espace vuide.
Esclature ou brisure en esclals non du tout séparés.
Incision, c’est à dire,' fracture faite parchose trenchante , qui con- tient sous soy
r Excision ou entailleure, en laquelle l’os est aucunement esleué et renuersé, tenant neantmoins encores à l’os sain.
Déperdition ou enleueure , en laquelle la piece est emportée , dont il y a perdition de substance.
Merque ou siégé, qui est toute incision du Crâne, retenant la figure du baston, lequel estant rond, quarréou triangulaire, .rend l’incision semblable.
4
LE HVIT1ÉME LIVRE,
TAULE II
i
Simple, comme quand elles se trouuent à pari.
l Nature j /
Entre elles, comme
Les différences communes à toutes ces especes de fracture, sont prises de la
!' Incision auec contusion.
Fente auec embarrure, et ainsi des autres.
Composée
! Tumeur.
Douleur.
Chaleur, Flux de sang. Conuulsion , et autres.
«1
Grandes.
Longues.
Larges.
Quantité, dont elles 1 f 1 Profondes,
sont dites / Moyennes. qu * « Médiocres.
\ iUUj Ollllt/dl /
l Petites
Courtes.
Estroites. Superficielles.
' Droites.
I Obliques.
\ Figure , dont elles sont nommées { Transverses.
Situation
Partie, comme fracture en l’os
/ Rondes.
I Triangulaires , etc.
/ Anterieure, postérieure.
Dextre , senestre.
\ Haute, basse.
t Coronal,
\ Occipital. j Pariétal.
\Petreux, etc.
CHAPITRE II.
DES CAVSES ET SIGNES.
Les causes d’icelles fractures sont externes, comme clxeutes et coups de baslon, de masse, de lance, de halle- barde, de pierres, de hacquebute, d’espée , morsure de bestes, et autres semblables.
Il y a doubles signes par lesquels on connoist les os du Crâne estre frac- turés : car les vns sont rationaux , c’est à dire, se comprennent, et don- nent à entendre par raison la fracture du Crâne : les autres sont sensuels,
c’est à dire, monstrent au doigt et â l’œil telle chose C
Les rationaux concluent tel effect par les accidens, comme si le patient est tombé du coup en terre, ou de haut en bas sus vne chose dure, s’il a demeuré quelque temps sans parler, ouïr, ne voir : et aussi par le récit du patient , qui dit sentir grande dou- leur, et porte soutient la main à l’en- droit du mal. Aussi faut auoir con-
1 Dans les édi lions de 1 56 1 et 1 575, il dé- nommait autrement ces deux espèces de si- gnes; les rationaux étaient dits cotijecturatifs, et ce mot a même été laissé par oubli dans la suite de ce chapitre , et il appelait signes certains les signes sensuels.
DKS PLAYF.S F.\ PARTICVLIF.R.
templaiion du baston, comme s’il es- toil pesant et obtus, picquant, tren- chant, ou autrement : et à la force de celuy qui a frappé, et s’il estoit en grande cholere lors qu’il donna le coup : si le coup est tombé perpendi- culairement et de droit fil. Aussi sile patient auoit la teste nue ou bien couuerte, s'il est tombé en syncope apres le coup, et s’il a perdu sa ra- tiocination apres estre retourné du- dit syncope subit apres le coup , et qu’il eust esblouïssement des yeux ou vertigiue, c’est à dire , qu’il luv sem- blast que tout tournast dessus des- sous : et s’il a ielté sang par le nez, bouche, oreilles ou yeux, et s’il a vo- mi. Car Hippocrates dit, que quand le cerueau est vulneré , il est neces- saire que la fiéure et le vomissement bilieux suruiennent ’. Autant en dit Galien auCommentaire, etau troisième de luc's a/7‘'Cfi.s,,cap.3.oùildilquecela vient quand les fractures paruien- nent aux membranes du cerueau 2. Semblablement , si l’os estant desnué on frappe dessus auec vue spatule ou sonde de fer, et qu’il sonne cassé, comme si on frappoit sus vn pot de terre rompu , c’est signe que l’os est fracturé : ce que Paul. Ægin. a bien sceu dire s. Or tous ces signes sont grandement coniecturatifs, voire cer- tains que le Crâne soit fracturé, et le cerueau offensé 4 : de tant qu’il n’ad- uient point sans apporter conséquence
« Apb. 50, lib. 6. — A. P.
a Dans l’édition de 1561 et 1575, il cite le troisième livre De lotis a/feciis, ch. vin, à la tin; dans l’édition de 1579, Galien au Com- mentaire.
5 Cette phrase empruntée à Paul d’Égine manque dans l’édition de 156).
* La citation de Celse manque encore dans l’édition de 1575.
de tel accident comme dit Celsus , ure 8. ch. \ . Mais aussi tels accidens peuuent aduenir sans qu’il y ait frac- ture , estant seulement commeu , es- branlé et estonné
Pareillement on a veu aucuns auoir l’os de la teste cassé, à qui tels acci- dens n’estoient suruenus, faisans leurs affaires accoutumées, comme s’ils n’eussent point esté blessés, durant huit iours, plus ou moins, qui depuis ont esté abbatus de plusieurs accidens iusques à mourir. Parquoy les Playes et fractures de la teste ne se doiuent négliger 2.
le veux icy reciter l’aduerlissement que donne Guidon, qui dit, qu’alors que la fracture est incertaine , si on veut connoistre à la vérité où l’os est rompu , il faut mettre entre les dents du patient vne cordelette , et frapper dessus : car au mesme instant, le pa- tient portera la main au lieu de la fracture pour la monslrer au Chirur- gien. Ce que toulesfois ie n’ay sceu trouuer par expérience, iaçoit que i’aye pensé plusieurs patiens qui auoienl l’os fracturé, comme ie voyois à l’œil. Et suiuant le precepte de Gui- don , ie leur ay fait serrer auec les dents vne cordelette , ou bien vn mouchoir : neantmoins sans laisser à tenir ferme, ils ne faisoient point sem- blant de se plaindre, ny de m’ensei- gner le lieu où l’os estoit rompu : à cause dequoy ie ne puis bonnement assurer que ceste raison de Guidon soit certaine, veu que ie n’en ay rien
1 Le paragraphe finit ainsi dans les trois premières éditions : El toulesfois on peut voir qu’aucuns auront fractures d'os qui du com- mencement ne sera point apperceuë par aucuns de ces signes : mais telle chose est bien rare.
ï Ce paragraphe manque au moins jusqu’à la quatrième édition.
G
LE HVITJEME LIVRE,
trouué par expérience '.Non plusque celuy d’Hippocrates qui aux Coaques veult, lors qu’on est en doute de la fracture du Crâne, que l’on donne au malade vn tronc ou coste d'aspho- dele ou de ferule à mascher, l’ad- uerlissant de ce prendre garde , si en pressant cela entre ses dents et sous sa mâchoire, il ne sent point quelque os craqueter : car si les os de la teste sont rompus, ils ne faudront point lors à faire bruit et craquetis , dit Hippocrates 2.
Maintenant nous faut parler des signes sensuels.
CHAPITRE III.
DES SIGNES SENSVELS.
Les signes sensuels sont ceux qui se voyent à l’oeil , principalement
1 La fin de ce paragraphe manque dans les éditions de 1561 et 1575.
2 Bérenger de Carpi avait aussi noté le peu de valeur de ces signes. Il énumère, comme Paré, les procédés indiqués par les moder- nes : les uns conseillent de faire tenir au ma- lade un fil ciré entre les dents et de frapper sur ce fil tendu avec un bâton ; si le malade ressent alors quelque douleur dans la tête, là est la fracture; sinon il n’y en a pas. D’au- Ires tirent par secousses sur le fil pris entre les dents ; d’autres font casser au malade une noix ou une amande; d’autres font faire au malade un nœud de paille, et s’il ne peut en- suite le rompre ou du moins le serrer forte- ment, ils disent qu’il y a fracture... « J’ai essayé tout cela , dit Bérenger, et j’y ajoute peu de confiance. J’ai vu des malades casser des noix, des noyaux de pêche et des aman- des et sans douleur, qui avaient cependant une grande fracture du crâne, dont quel- ques uns sont morts. » De fraciurd caluœ , fol. x.
Du reste, avant Bérenger, déjà Vigo avait parlé à peu près de la même manière.
quand l’os est descouuert , et au doigt par le bout de l'espatule , ou du doigt mesme 1 : aussi quand les cheueux sont coupés, et demeurent tous droits, entrans dedans la playe, alors on peut prédire vrayement que l’os est incisé, pource qu’il est bien difficile de couper le poil qui obeïst , que l’os ne le soit aussi quant-el-quant. C’est vn pro- gnostic qu’op peut faire deuant que d’habiller le patient : ce que Hippo- crates a confirmé.
Aussi peut estre conneuë la frac- ture quelquesfois au sens du tact, quand le cuir n’est descouuert, qui se fera en pressant des doigts sur la fracture : car alors on sent l’os estre esleué ou enfoncé outre le naturel2. Et lors que le cuir est diuisé, l’os es- tant descouuert , si elle n’est appa- rente à la veuë , faut chercher auec la queuë de l’esprouuette, qui ne soit trop aiguë ny pointue, à fin que trou- uant quelque naturelle cauité de l’os, elle ne donne imagination abusiue que l’os soit fracturé. Elle ne doit estre aussi trop grosse , à fin qu’elle ne passe sur les petites fentes sans les sentir : et lors que l’on touche l’os, si on le trouue lisse et glissant, nous es- timons qu'il est entier et non rompu ; mais au contraire si on trouue aspre- té, c’est signe qu’il est rompu, pour- ueu que ce ne soit à l’endroit des su- tures : toutesfois le Chirurgien doit soigneusement considérer que lesfrac- tures se font souuent sur les sutures, lesquelles n’ont touiours vne certaine situation.
Or quelquesfois l’os estant contus,
1 Les mots soulignés manquent dans les éditions de 1561 et 1575.
2 La fin de ce paragraphe manque dans l’édition de 1561, et A. Paré nous indique lui-même en marge qu'il a emprunté ces nouveaux détails à Cornélius Celsus.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
fendu, ou scissure, ne peut estre con- neu à l'œil ny par la sonde : mais quand on aura apperceu parles signes Coniecturatifs cy dessus escrits, faut par artifice chercher la tissure , par mixtion d’encre et huile , ainsi que sera cy apres déclaré. Et ayant con- neu l’os estre blessé, faut diligem- ment sçauoir combien le mal est grand, et y reniedier promptement. El lors que le coup est sur les sutures, le mal est difficile à connoislre, si l'os n’est grandement rompu :pource que les sutures, ainsi qu’auons dit , re- présentent les fissures, à cause qu'elles ont aspérités comme les sutures : au- quel cas Hippocrates dit , les Méde- cins estre souuent trompés et deceus, ainsi qu’il tesmoigne de luy mesme au liure 5. des Epidémies, en l’histoire de Autonomus in Omilo.
Apres auoir ainsi déclaré les es- peces, différences, et signes en gene- ral des fractures du Crâne : mainte- nant faut traiter de chacune espece à part , commençant à la Fissure ou Fente.
CHAPITRE IV.
DE SCISSVRE , Q VI EST LA PREMIERE ESPECE DE FRACTVRE.
Si leChirurgienconnoist parles signes prédits l’os estre fracturé et scissuré, et qu’il n’y ait playe suffisante : pour la traiter , faut premièrement raser le poil, puis couper le cuir muscu- leux et le Pei icrane auecques vn ra- soir, et faire la section triangulaire ou cruciale, de grandeur qu’il sera besoin (car telle chose ne se peut bien escrire) éditant touiours tant que possible sera, les commissures et les muscles temporaux. Et ne faut que le
7
Chirurgien face difficulté de ce faire : car il est plus expédient faire vne incision pour descouurir l’os, que ne le descouurir et ne connoistre la nature de la fracture : car ayant fait la sec- tion et n’ayant rien trouué , facile- ment la playe se consolide, mesme commedit Hippocrates: il est meilleur guarir les maladies auecques longi- tude de temps en sûreté, qu’auecques crainte et soupçon en bien peu de temps 1 .
Doncques ladite section se fera auecques vn rasoir : et où il y auroit playe du baston qui auroit donné le coup, icelle seruira d’vne desdites in- cisions.
Rasoir pour faire incision.
Aucuns enleuent toute la piece du- dit cuir musculeux et Pericrane, ce quei’ay fait plusieurs fois2. Puis apres
1 Cornélius Celsus. — Hippocr. — A. P. — Ces citations manquent dans l’édition de 1661 ; de même, dans cette édition et celle de 1575, il n’est point parlé du besoin d’évi- ter les muscles temporaux.
2 On s’étonne de voir ce mauvais procédé mentionné ainsi sans autre réflexion par A. Paré. Pierre d’Argelata , au xiv siècle , défendait expressément d’enlever les lam- beaux résultant de l’incision ; mais il est vrai
s
LE HV1T1ÉME LIVRE ,
faut bien séparer le Pericrane d’auec le Crâne , de peur qu’on ne le touche de la Trépané (car tel altouchement seroit cause d’induire douleur el in- flammation) en commençant aux an- gles de la playe auecques tel Cizeau.
Cizeau pour séparer le Pericrane.
Et apres faut emplir toute la playe de charpy , à fin de tenir les léures esleuées et dilatées iusques au len- demain, et par dessus appliquer re- medes repercussifs et reslraintifs du
de dire que d’autres chirurgiens agissaient autrement. Il semble que Marianus Sanctus était de cet avis : valu us ipsum amputare Ji- (jurû iriungulari, vel oclogonaliler aul crucia- liter, non dubilule. — De capilis lœsion., in col/. Uffenbaeh., p. 893. Du reste cette mé- thode a persisté beaucoup plus tard, el l’on en retrouve des traces jusque vers la fin du xvi ii" siècle.
flux de sang. Et s’il aduenoit qu’il fust impétueux et si grand qu’il ne peust esire estanché par iceux , alors faudroit lier le vaisseau , faisant vn point d’aiguille, commençant àpasser l’aiguille à la partie extérieure au trauers de tout le cuir musculeux, puis la repasser par la partie inté- rieure et faire le nœud dessus, y ap- pliquant vne petite compresse ronde faite de linge, de grosseur d’vn tuyau de plume d’oye, de peur que le fil ne coupe le cuir, et euiterla douleur, le serrant si fort que le sang ne puisse passer outre ledit vaisseau. Et ainsi faisant, l’ on estanche les flux de sang que les remedes astrictifs ne peuuent faire.
Ce que i’ay fait puis nagueres à vn charretier, lequel ainsiqu’il estoit sur sa charrette tomba la teste première sur le paué en ceste ville , et se feist vne bien grande contusion sur l’os Pariétal, partie postérieure : au moyen dequoy le conuint inciser , tant pour faire vacuation du sang meurtri , que pour auoiresgardau vice de l’os: et par ladite incision fut coupée vne arlere. Dont celuy qui le traitoit ne luy sceut estancher le sang, duquel ledit charretier auoit perdu si grande quantité, qu’il ne se pouuoit pas seu- lement tourner dans son lit et à peine parler, tant estoit foible et debile1.
Icy i’ay bien voulu réciter telle histoire, à fin d’instruire le ieune Chi- rurgien qu’il ne laisse mourir vn homme par faute d’vn petit point d’aiguille: lequel ne doit seulement esire fait en la teste , mais aussi en
1 C’est ici une de ces observations dont la rédaction n’ayant jamais été changée, pour- rait soulever des doutes sur la date de la doctrine professée parl’auteur. Les mots puis nagueres se rapportent à la date de la pre- mière édition de ce livre, 1561.
DES PL AV ES F.N PARTICVLIEK.
toutes Autres parties du corps en cas semblable , s’il est possible faire ledit point d'aiguille : puis ayant fait cela, faut situer la leste du malade en haut.
Or pour retourner à nostre propos, le lendemain sera regardé quel vice sera en l’os : et au cas qu’il n’appa- rust aucune fracture au sens de la veuë et au tact de l’esprouuette , neantmoins on coniecture par les si- gnes prédits y auoir fracture : alors faut mellre sur l’os qu’on aura de- couuert de l’encre à escrire , meslée auec vn peu d’huile rosat, à fin qu’elle pénétré dedans la fente, s’il y en a , et que l’os en soit imbu. Et au pre- mier appareil d’apres , faut essuyer l'os et voir si l’encre sera entrée de- dans, qui se fera en ruginant et ra- claul l’os auec rugines , iusques à ce que l’on trouue la fin de la noirceur de ladite encre , et qu’on verra l’os estre blanc : et adonc faut cesser.
Autres y mettent vn cataplasme ou emplaslre astringente , et le lende- main estant leuée , le lieu appa- roistra eslre plus sec , qui se fait à cause d’vne \apeur chaude qui passe au trauers de la diuision, desseiche le médicament , et par là la scissure est demonstrée*.
1 Bérenger expose de même la façon dont Guy de Chauliac , qu’il appelle magnas Guiiio, et Nicolas, croient reconnaître les fractures; en plaçant sur l’os de la poudre de ma*tic méléc à de l’albumine, et s’il y a fracture , le lendemain le mastic sera plus sec dans la direction de la fracture que par- tout ailleurs. Bertapaglia va plus loin : il a deux emplâtres qu’il suflit d’appliquer sur le cuir chevelu rasé, le lendemain on trouve l’emplâtre desséché au lieu où existe la frac- ture. « Mais d’abord, dit Bérenger, ou il n’y a pas encore de matière qui puisse s’écouler par la fissure, ou il y en a. S'il n’y en a pas, on comprend que des vapeurs chaudes sor- tant parla fissure, surtout pendant la fièvre,
9
El apres , encores pour estre plus asseuré si la Fissure pénétré les deux tables , faut faire clorre le nez et la bouche au patient, et le faire ex- pirer , et regarder si par la fente sort quelque humidité sanguinolente, à cause que par tel moyen l’air de la respiration fait enfler et esleuer la sub- stance du cerueau et les membra- nes, dont s’ensuit l’expulsion de cer- taine humidilé : et si telle chose ap- paroist, sera vray signe manifeste que les deux tables sont rompues entiè- rement : et adonc faut couper l’os par les Rugines ou par autres instrumens propres à ce faire, iusques à la Dure- mere , soy gardant la toucher aucu- nement. Et si la Scissure estoit fort longue , il ne la faut pas suiure , car Nature réunira le reste d’icelle par vne callosité, qui est comme cica- trice de l’os : semblablement le Chi- rurgien , comme dit Celse, doit oster
dessécheront le mastic ; mais s’il y en a, évi- demment l’emplàtre devra être plus humide au lieu de la fracture ; et c’est ainsi que ce signe pourrait être trompeur, s’il n’était di- ligemment ruminé. »
Maître Bérenger oublie cette fois d'en ap- peler à l’expérience : on voit que le grand Guy lui en impose. Du reste, il est à remar- quer que ce paragraphe d’A. Paré manque même dans l’édition latine de 1582, il date donc au plus tôt de 1585.
On peut remarquer aussi que ni Bérenger ni Paré n’attacbent grande confiance à ces signes. Bérenger recommande formellement de ne pas se borner à un seul signe. Il faut voir et toucher, non avec la sonde, mais avec le doigt, diviserconséquemmentle cuir chevelu, hardiment, sans délai, par une in- ci; ion triangulaire ou quadrangulaire ; dans la première heure,, s'il est posssible, parce qu’alors le malade ne le sent pas. Il porte d’ailleurs celte sentence : qu’il faut arriver au diagnostic de cette maladie, et si on ne la connaît pas, on ne la guérit pas. ()p. ci- laio, fol. xj.
10
LE HV1TIÉME LIVRE,
de l'os du Crâne le moins qu’il sera possible , pource que la couuerture de l’os est meilleure que toute autre matière qui y pourroit estre regene- rée , apres qu’on l’auroit tranché et osté'. Mais suffira donner hstie et transpiration au sang et à la matière sanieuse, de peur qu’elle ne corrompe l’os, et se face aposteme au cerueau.
Et ne faut passer à faire ouuerture en l’os le troisième iour, s’il est pos- sible , et principalement en Esté; à cause qu’il n’y a encores inflamma- tion2. Toutesfois i’en ay ruginé et trépané apres le septième et dixiéme iour, tant en hyuer qu’en esté, qui en sont reschappés : aussi plusieurs sont morts. le dis ces choses , à fin que ja-
mais on ne laisse les malades sans ayde : veu que ( comme dit Galien en sa Méthode ) il est meilleur d’essayer quelque remede , voire douteux , que nul : toutesfois en faisant auparauant bon Prognostique, pource qu’il en meurt plus sans estre trépanés , que de ceux qu’on trépané.
Or les instrumens propres à donner ouuerture aux Scissures sont appel- lés Rugines , desquelles as icy les pourtrails de diuerses sortes, à fin que tu en puisses choisir selon qu’il te sera besoin : et les pourras toutes insérer l’vne apres l’autre dans la vis d’vn manche que tu vois icy , laquelle vis tu connois assez par les extrémités desdits instrumens.
1 Cornélius Celsus. — A. P. — Cette cita- tion de Celse manque dans l’édition de 1 561 . On y trouve au contraire en marge une indication omise dans les éditions posté- rietnes :
« Galien, au liu. vi de la Méthode, dit que s’il y a des longs fragments d’os du crâne, les conuient poursuiure iusques à la fin de la scissure, pourueu qu’on cognoisse qu’il ne s’ensuiura point de danger. »
D’où l’on voit que Paré était arrivé seul , dès 1561 , à professer un principe opposé à celui de Galien sur cette question ; et ce ne
fut que plus tard qu’il trouva à s’étayer d’un passage de Celse.
2 Ce précepte est d’Hippocrate, et Paré l'a- vait adopté dès 1561 ; mais plus tard, ayant trouvé à s’appuyer de l’autorité de Celse , il n’y manqua pas ; et on lit en marge de toutes les éditions subséquentes : " // faut trépaner le plustosl que faire se peut. » Celse, liu. vm, chap. 18.
5 Dans la cinquième édition, on ne trouve ici que les sept premières figures, les trois autres ayant été reportées, par je ne sais quelle erreur, au livre des Tumeurs en par-
DES PLA.YES EN PARTICVIJER.
On racle l’os , quand il est fendu et scissure, à fin de voir iusques où péné- tré la fente , et aussi pour l'applanir lors qu’il est rabboleux , noir et ver- moulu : et aux carlilagesallerés et cor- rompus. Or il faut cesser de racler l’os quand on en voit sortir vn peu de sang: apres on y doit mettre dessus des pouldres céphaliques, comme ra- cines d’iris de Florence , de farine d’iris , tbus , aristoloche , escorce de racines de panax , lesquels seicbent et detergent sans acrimonie ny pic- queure1.
Rugines d'autre façon que les precedentes, pour couper d’auanlage l'os.
ticidier, ch. des hernies. Je les ai rétablies comme elles existent dans l’édition de t5Gi, les deux premières grandes éditions fran- çaises et l’édition latine.
' Ce paragraphe manque jusqu’à l’édition latine inclusivement.
1 1
Et pour le dire en vn mot , quand l’os est seulement fendu ou fissuré, le Chirurgien se contentera de dila- ter et ouurir l’os auec les susdites Ru- gines , et non par trépanés , encore que la fissure pénétré les deux tables: et si elle ne descend que iusques à la deuxième table , ne la faut ruginer que iusques là : mais si l’os est contus et cassé en plusieurs pièces , faut les oster auec instrumens conuenables : et s’il est necessaire y appliquer la trépané , on le fera comme nous di- rons tantost*.
CHAPITRE Y.
DE LA CONTVSION, QVI EST LA SECONDE ESPECE DE FRACTVRE.
Par Contusion se fait souuentesfois vne ecchymose , c’est à dire effusion de sang, sous le cuir musculeux, auec- ques coagulation dudit sang, sans
1 Paul Ægineta, liu. 6. — A. P. — Ce pa- ragraphe avec cette citation manque dans l’édition de 1561.
Fallope a établi trois sortes de fissures : la fissure complète, la fissure bornée à la table externe, celles-ci déjà admises par Hippocrate, et enfin la fissure bornée à la table interne, la plus grave de toutes, à cause de la difficulté du diagnostic. Mais celle-ci est-elle possible?
«Parfaitement, répond Fallope , et vous pourrez en rencontrer ; et je l’ai vue pour ma part sur un écolier, gentilhomme de Brescia, qui avait reçu un coup d’une lourde épée à la partie postérieure de la tête. J’avais ruginé l’os à l’endroit du coup sans y trou- ver aucune fente, ni même de contusion; je ne sais comment il se fit que je voulus aller j usqu’au diploé ; je ruginai donc toute l’é- paisseur de la lame externe qui était intacte, et j’arrivai sur l’autre lame, où je trouvai
1 ‘2 LE HVIT1ÉI
playes. Et si la contusion est grande, et que le cuir soit séparé du Crâne, alors faut faire section et ouuerlure , à fin d’euacuer le sang, et n’appliquer nullement remedes suppuratifs ( ce qui se pourroil faire en vne autre partie charneuse) de peur que l’os ne s’alterastet ouurist : car toutes choses humides sont contraires aux os : ce qui sera clairement monstré cy apres. On voit souuent venir telles Contu- sions, principalement aux ieunes en- fans, et le cuir se déprimer, et pour leur mollesse et rarité le sang décou- ler entre le cuir et le Crâne, et l’on sent vne mollesse et inondation à l’en droit de ladite contusion : ce quei’ay plusieurs fois ouuert auec vne lan- cette , et par l’ouuerture faisois sou- uent sortir vu sang sereux auec thrombus, qui est sangcoagulé et fort noir : puis apres , auec compression modérée et remedes desiccatifs , promptement estoient guaris.
Pareillement par vne grande Con- tusion, le Crâne des petits enfans se peut enfoncer au dedans, comme l’on voit aux déliés vaisseaux d’airain , de plomb, d’estain ou semblables, quand on presse du doigt dessus il se fait vne fosse ou cauilé, et quelquesfois se re- leuent de soy-mesme: et telle chose se fait principalement aux ieunes en- fans , lesquels ont encores leurs os tendres, lanuleux et mois , et à ceux qui sont de température mollasse, comme femmes et pituiteux : et où ils ne se releuent d’eux-mesmes par le bénéfice de Nature, faut appliquer vne ventouse auec grande flamme, afin de retirer l’os enfoncé en son lieu naturel, s’il est possible, et faire clorre
une grande el insigne tissure. Si nous avions laissé l’os sans le ruginer, que serait devenu ce jeune homme? » — Dr vu In. capiiis, Opéra otnnia. p. 027.
iUE LIVRE,
le nez et la bouche au malade pour retenir son haleine. Car par ce moyen le cerueauel les membranes aident à la ventouse de réduire l’os en sa place
Et si par la ventouse ne peutestre réduit, adonc faudra faire section au cuir, et appliquer vn Tirefons comme cesluy : et tirer l’os en haut, ainsi que font les tonneliers quand ils veulent retirer vne douue du dedans au de- hors.
Tirefons.
1 Paul. Ægin., liure 6. — A. P. — Cette ci- tation manque dans l’édition de 1561 ; voici comment on y lit ce paragraphe :
« Quand on presse du doigt dessus , il
se fait vne fosse ou cauilé .■ el telle chose se fait principalement aux ieunes enfants, les- quels ont encore leurs os tendres, lanuleux et mo's, et en tel cas faut appliquer vne ven- touse auecques grande flamme, à tin de re- tirer l’os enfoncé en son lieu naturel, s’il est possible. » Fol. 124, verso. Je trouve ce mot lanuleux dans toutes les éditions : le tra- ducteur latin l’a passé sous silence.
Bérenger de Carpi n’admet pas cet enfon- cement. Suivant lui , il peut bien y avoir enfoncement de la table externe avec frac- ture limitée à la table interne , mais non simple enfoncement de toutes deux. — Fol." vu. — Haller lui lait dire qu’il a vu sur
DES PLAYES EN FAfiTICVLIEIt.
i3
El où tel cas aduiemlroil à vn os solide et espais, et que par tels moyens ne peust estre leué : adonc faut ap- pliquer vne petite Trépané et faire ouuerture au Crâne, au milieu de l’os qui sera enfoncé , et par l’ouuerlure l’on esleuera ledit os auec ceste ele- uatoire à trois pieds , lequel le tirera de la ligne droite : et a puissance telle qu’on la peut désirer pour esleuer les os enfoncés. Sa figure a esté faite triangle , à fin qu’il peust estre assis en toutes les parties de la teste1, pour- ce qu’elle est de figure ronde : pareil- lement l’on pourra en son extrémité insérer diuerses pointes, selon qu’il en sera besoin, ainsi qu’il l’est demons- tré par ce pourtrait.
Elevatoire à trois pieds.
un adulte te crâne enfoncé absque fructurâ. Haller ne serait pas tombé dans celte erreur s’il avait lu le passage que je viens de citer, ou même s'il avait exactement copié le texte Bérenger dit seulement, sans fracture ma- nifeste, absque fraclurd mnnifestA. Fol. ?4.
Autres Eleualoires 1 .
AA Monstrent la pointe de l’Eleuatoire la- quelle doit estre mouce , à raison que elle se doit couler doucement dedans la fracture du Crâne ioignanl la Dure-mere. Icelle pointe se hausse et baisse, tant et si peu qu’il est besoin.
B Le corps de l’Elcuatoire, lequel doit estre quarré, à fin que la pointe dudit Eleua- toire, qui s’y inséré, ne varie et tourne: l’extremité d’iceluy corps doit estre ap- puyé sus l’os sain, à fin de tenir ferme- ment.
1 Ces deux Élevatoires manquent dans l’é- dition de 156t et de 1575. Le deuxième pré- sente une ressemblance frappante avec le tirloir des dentistes modernes.
l4 LE HVITI^ME LIVRE
L’vsage d’iceluy Eleuatoire est tel qu’il faut, estant bien mis dedans la fracture, sousleuer la main en haut , à fin d’esleuer l’os rompu et em- barré.
C Monstre la première branche du second Eleuatoire, l'extremité duquel se coule par dessous l’os embarré et fracturé.
D La seconde branche laquelle doit s’ap- puyer sur l’os sain , à fin de tenir coup pour esleuer lediLos embarré.
L’vsage d’iceluy est tel , qu’il faut , estant bien accommodé , presser le manche en bas , car par telle com- pression la première branche souleue l’os fracturé.
El où il aduiendroit que l’os seroit rompu et déprimé d’vn costé seule- ment, sans que toute la piece fust en- foncée , il faut pour l’esleuer et don- ner issue aux choses estranges , faire onuerture auec Scies semblables à celle cy.
Scie propre à couper les os de la teste.
Car par icelle on peut couper de l’os (sans comprimer dessus) tant et si peu qu’on voudra, sans estre en danger de comprimer l’os fracturé sur les membranes et par conséquent sur le cerueau.
Et si l’os n’estoit contus queiusques à la seconde table ou moins, et qu’il n’y eust signe que la fracture ne pe- netrast plus outre , il suffira de des- couurir l’os iusques à la fin de la Con- tusion , de peur qu’il n’acquiere in- flammation ou autre mauuaise dispo- sition : laquelle chose se fera auec vne Trépané exfoli itiue, par laquelle se fera amputation de l’os , tant et si peu que l’on voudra*.
Trépané exfolialiue.
1 Les éditions de 1561 et 1575 ajoutent ici un paragraphe en partie supprimé dans les suivantes :
« Galien, au liure de V su partium, dit que l’os se peut enfoncer en bas par vne grande contusion, et subit retourner en son lieu. Et telle chose se fait principalement aux bien ieunes, pour la chaleur viue et multitude d’esperits: et en tel cas suruiennent quel- quefois plusieurs accidents, par faute que telle chose n’est cogneuë au chirurgien , qui ne donne issue au sang respandu entre les deux tables et quelquesfois sur la dure-mere et sur le cerveau : dont la mort s’ensuit le plus souuent. D’auantage aduient maintes fois que la première table dudit crâne est entière et que la seconde est rompue , auec esquilles qui compriment la dure-mere, qui est cause de la mort du patient : ce que i’ay veu aduenir à vn gentilhomme de la com- pagnie de M. d’Estampes , etc. » Fol. 127, verso.
L’histoire de ce gentilhomme a été repor- tée au ch. vm.
DES PLAYES EN PART1CVLIER.
i5
CHAPITRE VI.
DES EMBARRVRES OV ENFONCEVRES , QVI EST POVR LA TROISIÈME ESPECE DE FRACTVRE.
Par grands coups orbes, comme de baston pesant , rond ou quarré , en ruant ou frappant , aussi par cbeutes d’enhaut en bas à plomb (comme nous auons dit ), souvient les os du Crâne sont froissés , fendus et enfon- cés plus ou moins et en diuerses ma- niérés , selon la vehemence du coup et la diuersité des inslrumens qui blessent , et la partie qui est endom- magée. Et par ainsi selon la diuersité desdites fractures, et desdits accidens qui enensuiuent , faut changer de re- medes et instrumens.
Or posons le fait que l’os soit en- foncé auec vne ou plusieurs pièces d’esquilles séparées, lesquelles se peu- uent tirer et esleuer sans l’application de la Trépané : laquelle chose se pourra faire auecques Eleuatoires propres à ce faire , comme celles qui te sont icy pourtraites.
Eleuatoires '.
■ Dans l’édition de 1561 , à ces deux
Or il faut bien se donner garde, en esleuant et tirant lesdites esquilles ou portions d’os , qu’on ne blesse les membranes : car aucunes ont des as- pérités et pointes qui les peuuent blesser en les tirant, si l’on n’y prend bien garde. Aussi quelquesfois on ne les peut extraire sans accroistre l’ou- uerlure de la fracture : et en tel cas , où il y auroit espace et lieu à mettre l’extremité de ces tenailles, facilement on pourra couper auec icelles , tant et si peu de l’os que l’on voudra , pour donner issue ausdites esquilles séparée , sans appliquer la Trépané : ce que i’ay fait plusieurs fois auec bonne issue. L’operation desdites te- nailles est plus brefue et plus seure que par la Trépané : ce que nous de- uons tousiours chercher.
figures d’élevatoires était jointe la suivante,
qui a été retranchée depuis. Folio 129, verso.
i6
LE IiVlTlEME LIVRE ,
Tenailles capitales incisiues , dites Bec de Perroquet C
Et d’abondant tu as encores icy figures diuerses de petits cizeaux , auec le maillet de plomb , pour ap- planir les aspérités des os , ensemble des pincettes , dont les figures sont telles.
Figures de diuers cizeaux et pincettes, auec maillet de plomb.
1 Dans l’édition de 1561 , elles sont appe- lées : Tenailles capitales pour inciser et briser le Crâne tant et si peu que l’on voudra, qui se fait par le bénéfice d’vue viz.
i Ces tenailles manquent dans les éditions de 1561 et 1575.
Or il faut en cest endroit noter qu on ne doit appliquer Trépané ny Eleua- toire sur l’os entièrement fracturé, de peur qu’en pressant dessus ou ne blessast les membranes : mais seront appliqués sur l’os sain et entier , et le plus près de la fracture qu’on pourra, à fin de n’oster l’os et ne decouurir le cerueau que le moins qu’on pourra. Pareillement faut encores bien noter que si la fracture esloit grande, cest à dire longue, ne la faut du tout os- ter: non plus que les longues Fissu- res ne doiuent aussi estre suiuies (comme nous auons dit), mais suffira donner issue à la matière , et esleuer l’os s’il comprime les membranes, comme nous auons dit cy deuant. Car Nature reünit et glutine le Crâne par vn callus , comme elle fait aussi és autres parties du corps.
Ce qui a esté fait puis nagueres 2 à l’vn des seruiteurs de monsieur Grolo, lequel eut vn coup de pied de mulet
i Cette observation est déjà dans l’édition de 1561. A. Paré nous apprend par une note marginale, que Grolo était conseiller du Roy au grand conseil.
I)IS PLAYES EN PART1CVL1ER. 1
à la teste, de sorte que le crampon du fer luy fractura et fit embarrure à l’os Coronal. Et estant mandé pour le penser, ayant conneu l’os estre eu foncé au dedans, ie feis section trian- gulaire pour appliquer la Trépané. Et le lendemain le trepanay pour es- leuer l’os fracturé , et ayant fait l’ou- uerture, voulus extraire l’os fracturé, et le voulant tirer hors , conneu la grandeur d’icelle fracture (parce que l’os bransloit ) , laquelle comprenoit depuis le milieu du front iusques au petit Canthus ou coin de l’œil. Adonc cessant de tirer cest os, ie commen- çay à l’esleuer en haut, de façon qu'il ne pressoit plus la Dure-mere, et par l’ouuerture de la Trépané issoient les matières, et la Dure-mere auoittrans- piration : neantmoins feis prognosti- que audit Grolo (lequel estoit fort curieux de faire traiter son seruiteur) qu'à grande peine , veu la grandeur de ladite fracture , pourroit-il res- chapper: toutesfois, grâces à Dieu, il est guéri, reste l’œil du costé de la fracture qu’il a perdu.
Partant ne faut oster les grandes pièces d’os , si elles ne sont du tout séparées de l’os non fracturé , pource qu’ils se reiinissentparvncallus, ainsi que les os des autres parties: ce qui est attesté et commandé par le diuin Hippocrates , au liure des playes de la leste1, et par Celse, comme nous auons dit cy dessus. Et à ceste fin et intention , Nature , entre les deux ta- bles du Crâne appellé Diploé , a fait prouision d’vn aliment sanguin pour reparer la substance perdue : com- me en la cauité des autres os , vn
1 Ici finit le chapitre dans l’édition de 1501; la citation de Celse a été ajoutée à celle de 1575, et la dernière phrase à celle de 1570.
II.
aliment qui lient de la nature de moelle '.
CHAPITRE VII.
DE I..\ QVATRIÈME ESPECE DE FP.ACTVRE , QVI EST INCISION, APPELLÉE d’IIIPPO-
cp.ates mep.ove ov siEOE : autrement figure délaissée du baston duquel l'os aura esté frappé.
Il y a semblablement plusieurs es- peces d’incisions faites au Crâne : au- cunes superficielles , autres moyen- nes, pénétrantes iusques au Diploé,
1 Paré traite ici beaucoup trop briève- ment des enfonceures du crâne, pour les- quelles il semble regarder l’opération comme toujours indispensable. Bérenger commence par distinguer les grands enfoncements qui lèsent le cerveau par compression, de l’en- foncement de simples esquilles qui piquent et blessent les membranes. Or, l’enfon- cement, même considérable, n’enlraine pas toujours des accidents assez graves pour obliger le chirurgien à agir.
« J’ai vu pour ma part, dit-il, une grande et notable compression sans fracture mani- feste, dans un autre âge que l’enfance; la peau n’était point divisée et il y avait pour- tant une concavité notable à la tète, et les malades ontélé guéris par les emplâtres, sans fâcheux accidents. Je traite en ce moment un enfant qui a l’os fortement déprimé, et il n’y a aucun accident fâcheux.
»> Quelquefois la compression produit des songes pénibles, j’en suis témoin parce que je l’ai vu une fois sur un certain Ricio, co- cher des dames de la noble famille des Pio, à Carpi, lequel, à l’âge de vingt-cinq ans, eut le crâne enfoncé d’un coup de clef : dans ses songes il se croyait attaqué par des en- nemis et jetait des cris ; mais il avait peur et criait même dans la veille , et enfin il avait des momens de sommeil et de veille où il était tranquille et ne criait pas. D’après ces signes, mon père fit une incision à la peau, 2
i8
LE HVITJÉME LIVRE
autres pénétrantes toutes les deux ta- bles : aucunes sont auec perdition de la substance d’os : aucunes sont lon-
gues, autres courtes : aucunes lar- ges, les autres estroites : aucunes sont faites auec vn instrument aigu, com-
qui n’avait reçu qu’une contusion axec un peu de gonflement, et l’os mis à nu fut trouvé rompu et enfoncé. Le lendemain axcc une scie fine, on fit l’opération comme la cure l’exigeait, et ayant extrait une certaine quantité d’os, on porta en-dessous un éleva- toire, et l’on releva tout l’os enfoncéqui était un très grand morceau et qui ne bougea plus de sa place. Une demi-heure après l’homme avait repris son ancienne intelli- gence, et il guérit ensuite avec les soins con- venables. » Fol. 24.
Il avait vu aussi comme A. Paré que ces grands fragments peuvent encore se repren- dre, parce qu’ils adhèrent toujours en quel- ques points au reste du crâne ou à la dure- mère. Le crâne reçoit en efl'etsa nourriture des vaisseaux du péricràne et de la dure-mère « QuC le crâne reçoive sa nourriture de la dure-mère, j’en ai fait l’expérience à Flo- rence sur un enrant de douze ans ou envi- ron, fils d’un teinturier, qui avait reçu un t coup de pied d’un mulet. Il y avait un (rag ment du crâne détaché de toutes parts, de l’étendue d’une grande hostie, et enfoncé an- dedans de l’épaisseur d’un couteau. Je fus appelé avec maître Alexandre de Ripa, phy sicien, et un certain Tanfura, chirurgien, et ayant vu l'os enfoncé, nous voulions le rele- ver avec les instruments convenables. Mais dans nos tentatives nous vîmes une veine notable rompue d’où sortait une grande quantité de sang, ce qui rendait le cas fort périlleux , et nous abandonnâmes l’os qui empêchait le sang de couler, espérant le re lever plus tard : et dans le cours du traite- ment nous vîmes que l’os était toujours vi- vant, et qu’il n’arrivait point d’accidents graves Je restai seul chargé de la cure , et je vis l’os se consolider par les côtés à 1 aide d'un cal ; je le laissai , et 1 enfant guéi it par- faitement bien.
» J’en avais vu auparavant d’autres exem- ples, et j’en ai vu encore depuis, que j’omets pour cause de brièveté.
» J’ai vu aussi plusieurs compressions surla
tête d’enfans, survenues par'une chute ou par la maladresse des sages-femmes, et que j’ai guéries sans qu’il survint de ces rêveries. Je crois que c’est que la compression n’était pas assez forte pour les produire.» Fol. 25, recto.
Passant ensuite à l’histoire des simples esquilles enfoncées qui piquent ou compri- ment les membranes, il établit qu’il faut scier le crâne sur le côté, agrandir la fissure et extraire l’esquille : il n’y a pas d’autre moyen de guérison.
» J'en ai eu un exemple notable sur un certain Philippe Donella de Carpi, qui était resté un an entier avec un gros fragment enfoncé sous les os. La pluie, qui était fort longue, s’était cicatrisée en entier, hors à ses extrémités où il restait deux orifices qui ne voulaient pas se fermer et qui versaient de la sanie au moins depuis six mois. Il avait été traité par son frère, qui était assez bon opérateur, et par mon père. Appelé après eux, je rouvris la blessure dans toute sa lon- gueur et la dilatai encore dans sa largeur. J’enlevai une portion du crâne sur le côté, et je trouvai surla dure-mère une grosse et longue esquille que j’enlevai. Je mondifiai la plaie, et je guéris complètement mon ma- lade qui encore aujourd’hui se porte bien. » Fol. 25, verso.
11 y a quelquefois de ces esquilles enfon- cées qui ne piquent ni ne lèsent en aucune façon les membranes. 11 n'y a pas d’acci- dents fâcheux; mais un médecin habile re- connaît leur présence, parce que le traite- ment se prolonge plus qu’il ne devrait, qu’il sort du pus de dessous les os et qu’il n’y a pas de graves accidents; car il y en aurait si la suppuration venait de toute autre cause. Dans ces cas, s’il y a une large ouverture, la nature finit par expulser ces esquilles ; mais il vaut mieux venir à son secours. J'en ai extrait plusieurs fois, dit Bérenger, dans des cas de ce genre.
Enfin de semblables esquilles peuvent provenir d’une trépanation faite avec de mauvais instruments , de telle sorte que l’os
DES PLAYES EN PAUTICVLI ER .
me la pointe d’vne dague, poinçon ou de hallebarde , ou autres sembla- bles. Aucunes sont compliquées auec- ques Contusion , Fissures et Embar- rures et autres accidens :'et selon icelles différences faut pareillement diuersifier la cure. Et partant en au- cunes d’icelles seront appliqués Ru- gines, ïrepane et autres inslrumens, selon que la nécessité le requerra, comme auons dit par cy deuant.
Or il faut icy noter, que s’il aduient qu'il y ait grande playe apres auoir coupé du tout l’os, et que portion du cuir musculeux fust demeurée sans estre entièrement coupée : en tel cas ne faut paracheuer de couper ledit cuir, ny séparer l’os (qui sera du tout coupé) d’auec le Pericrane , mais ré- duire lesdils os et cuir ensemble en leur lieu. Ce que Celse commande *,
s’éclate et qu’il reste sous le crâne de petits fragments. « J’ai vu ce cas d’une esquille en- foncée par l’action du trépan, sur vous- même, grand prince (on sait que son livre est dédié à Laurent de Médicis), étant un de vos médecins. Nous manquions d’instru- ments, en sorte que la trépanation fut faite comme on put, et une petite esquille s’en- fonça sous les os. Cependant avec la grâce de Dieu et l’habileté des médecins, l’os fut extrait, et vous fûtes rendu à la santé. »
1 Même observation que pour les autres citations de Celse. L’édition de 15G1 dit sim- plement : Ce que ie feis au capitaine thj- (lron , etc.
En conséquence, on peut présumer que Paré était arrivé de lui-même à ce mode de traitement, et c’est là un des points où il avait laissé derrière lui les chirurgiens de son siècle. Bérenger de Carpi même n’aurait osé se comporter ainsi. Dans les simples plaies à lambeau , il conseille bien de réu- nir par suture, en laissant à la partie la plus déclive un orifice pour l’écoulement du pus, et cette conduite lui a souvent réussi; mais tout aussitôt il ajoute :
« Note cependant, lecteur, ce que j’ai dit,
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et feis au capitaine Hydron, lequel puis peu de temps fut blessé en ceste ville d’vn coup d’espée au milieu de l’os coronal. Et estoit ledit os coupé du tout iusques à la Dure-mere, de grandeur et largeur de trois doigts ou enuiron , tellement qu’il se ren- uersoit sur le visage et ne tenoit plus qu’au Pericrane et cuir musculeux, enuiron trois doigts : et promptement voyant icelle playe, fus quasi d’opi- nion de paracheuer du tout le cou- per : mais consideray qu’Hippocrates et les autres bons praticiens ont lous- iours prohibé de ne laisser le cerueau descouuert, s’il est possible : puis i’es- suyay le sang qui estoit tombé sur la Dure-mere, laquelle on voyoit fort mouuoir à l’œil : puis renuersay la piece qui estoit séparée , la posant en son lieu : et pour la mieux tenir, feis
que la suture convient quand il n’y a ni lésion des os, ni lésion dupéricrànc; si on la faisaitdans ces cas, elle deviendraitune cause de mort ; pource qu’alors il faut déterger et ouvrir, et non coudre et fermer les plaies, » Toutefois je prends Dieu à témoin que j’ai vu un cas que j’ose à peine rapporter, vu sa gravité. Dans ma jeunesse, il arriva à Carpi qu’un certain Bernardino Spacino bles- sa Bernardino Vicentino ( tous deux étant soldats de l’illustre seigneur fllarco Pio de Carpi ) avec cette arme qu’on appelle Ron- cha , et lui sépara l’os du front de haut en bas jusqu’aux sourcils , en sorte que l’os te- nait à la peau, et que la peau détachée paï- en haut et sur les côtés ne tenait plus que vers les sourcils; et elle était renversée avec l’os frontal sur les yeux du blessé. Mon père fut appelé et commença par détacher l’os de la peau du front ; cette pièce d’os était longue et large comme le front tout entier , et la dure-mère n’était nullement lésée. Après l’avoir enlevée, il réunit le lambeau par suture, sans laisser aucun soupirail, et appliqua du blanc d’œuf avec des étoupes. A la seconde visite il appliqua mon cérat hu- main , qu’il renouvelait tous les jours ; et le
20 LU IIVITIE
trois points d’aiguille aux parties su- périeures, et mis des petites tentes aux costés de la playe, à fin de donner is- sue à la sanie. Et le tout fut si bien
blessé guérit en dix jours, comme si c’eût été une plaie simple ; et il a vécu long-temps après ; et on apercevait toujours le mouve- ment de diastole et de systole à l’endroit d’où l’os avait été enlevé. » Fol. 44 verso.
La méthode de Fallopc en cas pareil est bien plus étrange encore. Quand l’os est décou- vert, dit-il, il faut savoirque deux heures seu- lement d’exposition à l’air suffisentpour le re- froidirel entraîner la mortification de sa sur- face; il faut alors commencerparenlevercctle surface altérée, et puis réunir la plaie par ag- glutination. Si l’instrument vulnérant a en- tamé l’os de manière à découvrir le diploé , il est inutile de rugincr ; mais il faut enlever la portion d’os qui tient au lambeau.
« Écoutez une belle histoire que confirme le sentiment d’Hippocrate et de Galien. Il y a quelques années un écolier, durant la nuit, reçut une blessure à la tête: une partie du cuir chevelu était renversée, et un fragment du crâne était séparé des os. Tandis qu’on réchauffait la plaie, je \is que l’os n’avait point souffert; il n’y avait point besoin de ruginer, parce qu’il était couvert de sang et que la plaie allait jusqu’au diploé; j’enlevai le fragment et je réappliquai le lambeau.
» Il y avait avec moi un certain écolier; de retour dans son pays, il fut appellé pour un domestique blessé de la même manière, mais plus grièvement, car une portion du cerveau était enlevée ; il fit comme j’avais fait, et son malade guérit.
» Bons dieux ! quel honneur s’attira celui- ci avec une détestable méthode! Je vous avertis de ne pas l’imiter , car s'il faut es- sayer la réunion par agglutination quand 1 os est mis à nu, je ne dis pas qu’il en soit de môme quand le cerveau est découvert ; il faut alors placer dessus une lame d’or, sur laquelle vous rabattrez la peau et le péri- cràne ; parce qu’il convient a la nature de la chair humaine et de la membrane, comme vous comprendrez. Je ne vous dis donc pas d’imiter cet écolier, par ce qu’il en pour-
E LIVRE ,
adapté, que par la grâce de Dieu il en guérit, iaçoit qu’il eust eucor plu- sieurs grands coups d’espée, tant au trauers d’vne cuisse, qu’au visage, et vn autre au costé droit près la mam- nielle, passant le long des costes , pé- nétrant outre de l’autre part en la partie basse de l’Omoplate.
Et pou r conclure , ne faut faire amputation de l'os ny cuir musculeux qui cornue le Crâne, et moins enco- res des os d’iceluy, sinon le moins qu’il sera possible , de peur que le cerueau ne soit descouuert.
CHAPITRE VIII.
DE LA CINQVIÉME ESPECE DE FRACTVRE, OVl SE FAIT DV COTÉ OPPOSÉ DV COVP.
La fracture se fait quelquesfois du costé opposite du coup : comme si le coup est en la partie dextre , la Frac- ture ou fissure se fait au costé senes- tre : qui est vne chosebien dangereuse, à cause que rarement on peut con- noistre le mal , et n’y a moyen ny ar- tifice vray de le connoislre, comme dit Hippocrates , liure De vulneribus capitis: par quoy en tel cas quand la mort s’ensuit , le Chirurgien est excu- sable. Ce que ie puis vrayement at- tester auoir veu aduenir, neantmoins que Paul Ægineta s’en mocque, disant que nature a fait le Crâne de plusieurs
rait résulter les plus grands inconvénients. » (Jp. omnia, p. 040.
N’esl-il pas curieux de voir Fallopc , qui dans ce livre même traite \igo d’empirique, conseiller un moyen que les derniers des
charlatans n’employaient, comme nous l’ap- prennent Franco et Paré, que pour voler la pièce d’or aux malades!’ Voyez plus bas , chap. xxii.
DES PLVVf.S ICN l'ABTICVLI Fit.
pièces et commissures qui le sépa- rent, à fin que s’il aduenoit Fracture à vu costé , qu’elle ne fust communi- quée à l’autre. Et ainsi conclut qu’i- celle Fracture ne peut eslre faite au costé opposite du coup.
Or ie dis que telle chose est vraye en ceux qui ont leurs commissures parfaites : mais en ceux qui n’en ont point ou sont imparfaites, il se pourra faire qu’vu costé estant frappé , l’au- tre opposite soit blessé. Ce qui est aduenu plusieurs fois , et mesmes puis nagueres à l’vn des seruiteurs de monsieur du Mats , Control- leur des Postes , lequel eut vu coup de pierre sur l’os Pariétal, partie dextre , auecques petite playe et grande contusion et tumeur. Et luy fut faite incision pour aggrandir la playe et faire vacuation du sang con- tenu en ladite tumeur. Et fut traité par deffuntmaistre Thierry de Hery1, duquel suis asseuré qu’il n’oubiia rien à faire son deuoir , pource qu’il auoit Dieu douant les yeux, et qu’il estoit bien exercé à la Chirurgie. Et apres l’incision faite, conneut à l’œil que l’os estoit entier : neantmôins auoit coniecture grande que l’os pou- uoit eslre fracturé , pource qu’incon- tinent qu’il fut frappé, tomba en terre et vomist : et eut autres accidens qui denotoient Fracture. Tant y a que le
'Dans l’édition de 1501, on lit : de [f uni maislre Thierry de Hery , Lieutenant ■pour lors du premier Barbier du Roy. Or si l’on considère que Paré donne cette observation comme récente , puis nagueres, il devient fort vraisemblable que Thierry de Hery ne fit jamais partie du collège des chirurgiens , comme l’ont écrit Quesnay dans ses Recher- ches sur l’origine de ta Chirurgie en France , cl Devaux dans son Index ftinereus. Ce der- nier se trompe aussi étrangement en plaçant la mort de Thierry de Hery en 1599.
2 t
patient mourut le vingt et vniéme iour , dont ledit Thierry m’enuoya quérir, par la persuasion dudit du Mats, pour sauoir la cause de sa mort. Et luy ayant scié le crâne, trouuas- mes à la partie opposite du coup, l’os scissuré et fendu , grande quanti- té de sanie et aposteme en la Dure- inere,et mesme en la substance du cerneau , et ne luy fut trouué au- cune commissure , excepté les deux Mendeuses.
Et partant conclus par autorité d’Hippocrates , et par raison el expé- rience, qu'il se peut faire Fracture du côté opposite du coup, principalement à ceux qui n’auront commissures, ou qu’elles soient fort jointes ensemble. D’autre costé, il n’est pas aussi im- possible que la fissure se face à l’op- posite du coup assis au mesme os. et non en l’autre, en ceux qui ont le crâne bien conformé et distingué par sutures. Et telle est l’intention d’Hip- pocrates en ce passage : parquoy ne doit estre suiuie l’opinion deCelseen ce lieu , estimant le coup assis en vn os , et la Fissure en vn autre : ny de Pauius Ægineta, reiettant la sentence d’Hippocrates comme chose impos- sible '.
Et fa u t noter que l’opposite du coup en mesme os se peut entendre en deux maniérés. Premièrement, quand la
1 Toutes ces citations, même celle de Celse, se trouvent dans l’édition de 1591.
Bérenger a aussi ouvert une discussion sur cette question, savoir si un coup sur la tète peut fracturer l’os au point opposé; mais il ne la résout pas de la même manière. Je donnerai une exacte analyse de son argu- mentation.
Celse, et peut-être Avicenne, et Nicolas de Florence croient à cette espèce de frac- ture; Nicolas dit, par exemple, avoir xu un cordier qui avait reçu un coup de clé sur la
LE HV1TIÉME LIVRE,
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fracture est en la mesme superficie de l’os frappé : comme si la partie d’vn des os bregmatis qui est vers la su- ture lambdoïde , estant frappée , celle qui est vers la suture coronale se monstre blessée. Secondement, quand, non la superficie qui a receu le coup est blessée , mais celle seulement qui est au dessous, comme lors que la pre- mière table est frappée sans eslre frac- turée , et que la seconde est rompue. Ce que i’ay veu aduenir à vn gentil-
tempe droite; on découvrit le crâne en ce point : il n’y avait pas de fracture ; cepen- dant au 20- jour il survint du frisson , de la fièvre; et le 23e apparut un ecchymose (livedo) à la tempe opposée , avec gangrène de la peau. Les chairs gangrenées ayant été enlevées, on trouva là une fracture du crâne ; toutefois le blessé succomba.
Cela paraît décisif ; mais plusieurs sont d’opinion contraire: par exemple, Paul d’E- ginis, le subtil Ilino de Garbo, Gcntilis de Fulgineo, le grand Guy et beaucoup d’autres. Bérenger est fort embarrassé. A la vérité, Gen- tjlis n’est pas ferme dans son opinion , et dit qu’il tient un fait contraire de quelqu’un digne de foi. L’autorité de Celse est plus grande encore ; mais , d’un autre côté , le texte d’Avicenne n’est pas clair, et Dino l’a entendu tout différemment ; et tout bien considéré, Paul et Dino et le grand Guy l’emportent; Bérenger s'appuie d’ailleurs sur trois autopsies qu’il a faites, et où il a trouvé simplement des abcès sans fracture au lieu opposé à la percussion. Entin, dernière rai- son, il est possible qu’un individu reçoive un coup de bâton ou un coup de pierre, et tombe sur le côté opposé du crâne, où la chute produira une fracturequi passera ainsi pour une fracture par contre-coup... « Je ne dis point qu’elle soit impossible , mais je dis qu’elle est fort difficile ; et je dis que nom- bre de fois les médecins accusentjine frac- ture au lieu opposé et qu’ils font un pur mensonge , parce que beaucoup se mêlent de cet art, qui ignorent les premiers éléments de la médecine. » Fol. 11 à 13.
homme de la compagnie de monsieur d'Estampes, lequel fut blessé sur la breche du chasteau de Hedin , d’vn coup d’harquebuse qu’il receut sur l’os Pariétal , ayant vn habillement de teste, lequel la balle enfonça sans estre rompu, ny pareillement le cuir, ny le crâne extérieurement : et le si- xième iour mourut apoplectique. Dont aduint que pour l’enuie que i’a- uois de connoistre la cause de sa mort, ie luy ouuris le crâne, auquel trou- uay la seconde table rompue , auec esquilles d’os qui estoient insérés dans la substance du cerueau, encore que la première table fust entière *. Ce que pareillement atteste auoir veu et monstre depuis à messieurs Chape- lain, premier Médecin du Roy, et Cas- lelan premier de la Royne, en vn gen- tilhomme qui fut blessé à l’assaut de Rouen.
Or Hippocrates ne baille aucune maniéré de traiter icelle cinquième espece de fracture , pour-ce qu’on ne peut vrayemeulconnoistre lelieu bles- sé : pourtantle plus souuenl sont mor- telles. Toutesfois se faut efforcer à les connoistre , en appliquant dessus (ayant tout rasé le poil) vue emplastre qui sera faite de poix liquide , et de poix noire , cire, auec terebentine et pouldre d’Ireos et Mastich : et si on voit quelque endroit estre plus hu- mide et plus mol , et aucunement tu- méfié et enflé, on pourra dire par con- ieclure qu’en tel endroit doit eslre la fracture scissurée. loint aussi que le
i Tout ce paragraphe a été ajouté dans l’édition de 1575. Seulement l'histoire du gentilhomme d’Estampes se lisait, dans l’é- dition de 1501 , à la suite du chapitre des contusions (voir la note delà page 14). La phrase suivante manquait et était remplacée par celle-ci : ce que pareillement de Vigo atteste auoir veu aduenir.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
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patient met souuent la main à l'en- droit où est la fracture : et voyant telles choses auec autres signes con- iecluratil's par cy deuant escrits, plus- tot que laisser le patient mourir, ie conseille de trépaner, vsanl parauant de bon Prognostique aux païens et amis du patient : aussi appellant con- seil tant de Docteurs Médecins , que Chirurgiens, de peur qu’il nesetrouue empescbé, si d’auenture le patient vient à mourir : car ce sera chose plus aisée à quatre de le porter en terre, qu’il ne seroit à vn seul *.
Or retournons à nostre propos , concluans qu’entre les especes des fractures du Crâne , sont quatre qui peuuent deceuoir le Chirurgien. La première, quand l’os est contus, et promptement retourne en sa place. La seconde, quand il y a vne petite scissure comme vn poil. La tierce , quand l’os est esclalé au dedans, et par dehors est entier. La quatrième , quand l’os est fracturé à la partie op- posite du coup.
CHAPITRE IX.
DE LA COMMOTION OV ESBRANLEMENT ET CONCV SSION DV CERVEAV.
D’auantage faut entendre qu’outre les susdites fractures , il se fait vne autre disposition appellée Commo- tion, ou esbranlement et concussion du cerueau, qui cause semblables ac- cidens que les fractures du Crâne 2 :
1 Cette sentence était d’abord restée con- fondue dans le texte ; mais dans les derniè- res éditions , A. Paré l’a jugée digne d’être mise mieux en relief, et il l’a répétée dans une note marginale.
2 Gai. 2. de la composition des medicamens;
chap. 6, et surl’Apb. 58, sect. 7. — A. P.
laquelle Commotion se fai t pour auoir tombé de haut en bas sur chose so- lide et dure, ou par coups orbes, comme de pierre ou d’vne masse , ou d’vn coup de lance, ou l’air d’vn coup d’artillerie , ou du tonnerre tombant près delà personne, voire delà main, ou autres semblables. Qu’il soit vray, Hippocrates au 5. liure des Epidémies en escrit ceste histoire qui s’ensuit.
Vne fort belle pucelle fille de Nerus, aagée de vingt ans, estant frappée par maniéré de ieu sur l’os du Breg- ma, delà main estendue d’vne sienne amie , fust incontinent surprise de Vertigine sans respirer. Aussitost qu’elle tust de retour en sa maison , vne fiéure aiguë la saisit, auec dou- leur de teste et rougeur de la face, et au septième iour elle vuida par l’o- reille dextre vn bon verre de boue puante et rougeastre , et luy sembla estre allégée. Mais de rechef la fiéure suruint, et lors fust assoupie ne pou- uant parler, auecconuulsion de la par- tie dextre de la face et difficulté d’ha- lener. Aussi la conuulsion et tremble- ment de tout le corps ensuiuit, la langue liée, l’œil immobile, et au neufiéme iour elle mourut.
D’auantage noteras que le patient, iaçoit qu’il y ait vnarmet ou autre ha- billement de teste, lorsqu’il sera frap- pé, neantmoins par grand effort et esbranlement de la teste , se peuuent rompre veines et arteres, non seule- ment celles qui passent et entrent par les sutures, mais aussi aucunes de celles qui vont par cy et par là entre les deux tables, au lieu dit Diploé, tant pour suspendre et attacher la Dure mere contre le Crâne, à fin que le cerueau ait son mouuement plus libre , que pour porter le sang et ali- ment au Crâne: au lieu qu’iceluyn’a moelle , ains est nourri du sang con-
LF, IIVITIiSme LIVRE,
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tenu au Diploé , ainsi qu’auons dé- claré en l’Anatomie. Dont s’ensuit flux desang, qui découle ou entrel’oset les membranes, ou entre les membra- nes et le cerveau :eten cest endroit le malade sent grande douleur, et laveüe s’obscurcist : lequel sang estant hors de ses propres vaisseaux se corrompt et putréfié. Ce qui est approuué par Hippocratesen l’Aphorisme, Si inyen- trem sanguis prœter naturam L Dont plusieurs accidensaduiennent, comme esblouïssement de veuë, vomissement, lequel se fait parlacolliganceet ami- tié qu’a l’estomach auec le cerueau , par les nerfs de la sixième coniugai son, lesquels descendent du cerueau, et se vont insérer à son orifice supé- rieur, et de là en toute sa substance: au moyen dequoy,par la société qu’ils ont ensemble, se comprime, resserre en soy, et comme se renuerse, et alors iettepremierement ce qui est contenu en sa capacité, et d’abondant, ce qui y peut affluer des parties qui luy sont voisines et alliées , comme du foye et vessie du fiel : entre lesquelles choses la bile, comme la plus mobile, et par legereté naturelle prompte à suiure ce mouuement par le haut, sort la première, et en plus grande abon- dance , qui est la vraie cause du vo- missement bilieux, tant rechanté par les Médecins, és solutions de conti- nuité qui aduiennent tant au Crâne qu’au cerueau. Quelque temps apres suruient inflammation aux membra- nes, et au cerueau : à raison du sang qui sort des ve nés et arteres rompues pour la violence du coup, et espandu par la substance du cerueau, se cor- rompt et pourrit incontinent.Tellein-
1 Paul. Ægin. — Cornélius Celsus. — Hipp. Aph. 20. liu. 0. — A. P. — I.’édilion de 1 56 1 ne
cite en cet endroit ni Paul d’Æginc niCelse.
flammation est communiquée à toutes les parties du corps, se fait ûéure aussi tost , aussi aduient resucrie, par alte- ration du cerueau et assopissement , par alienation , lesquels accidens és playes de teste sont fort dangereux, suiuantl’autoritéd’Hippocrates en l’A- pb orisme ,Incapi lisictu.obslupescen tia et elesipientia malum1 : et stupeur, qui est diminution de mouuoir et sentir, faite par l’obstrue lion des voyes et conduits de l’esprit animal : puis apo- steme et pourriture au cerueau, auec tres-grande difficulté de respirer, qui prouient du cerueau offensé, qui fait que le thorax , qui est propre instru- ment de la respiration , ne peut faire son office, pour-ce que les muscles qui ont mouuement du cerueau et de l’espine médullaire , par l’esprit ani- mal enuoyé par les nerfs, ne peuueut esleuer ledit Thorax, parce qu’ils sont priués de la faculté de mouuoir : et par tels accidens la mort s’ensuit 2.
1 Hipp. Aph. 14. liu. 6. — A. P.
2 Les chirurgiens qui ont précédé A. Taré se sont assez peu occupés de la commotion. Bérenger de Carpi , dans ses définitions, admet une commotion sans fracture , qui enlève subitement la voix au malade; et il cite un cas de mort sur le seigneur Hercule de Mars- cliotis. Les accidents proviennent non seule- ment de la rupture des nerfs du cerveau , mais encore des veines et de la putréfaction du sang épanché , sans que l’on puisse con- naître le siège «le l’épanchement. II cite d’ail- leurs à l’appui de ses idées l’autorité de Celse.
Plus loin , au fol. 15, il revient sur ce su- jet ; la commotion est due à une chute de haut, un coup d’un instrument contondant ; les sigpes sont la perte de la voix , ce qui accuse la rupture des nerfs ; mais comme il y a sept paires de nerfs cérébraux , les acci- dents varient selon les nerfs lésés. Quant à la rupture des veines, elle ne produit les accidents que plus tard.
DES PLAYF.S K N PAItTICVIlFR.
Tous lesquels acculons, ou la plus part , on a veu aduenir au feu Roy Henry dernier décédé, lequel au lour- noy receut vn très-grand coup de lance au corps, qui fust cause luy es- lcuer la visiere, et vn esclat du con- trecoup luy donna au dessus du sour- cil dextre, et lui dilacera le cuir mus- culeux du front près l’os transuersa- lement iusques au petit coin de l’œil senestre, et auec ce plusieurs petits fragmens ou esquilles de l’esclat de- meurèrent en la substance dudit œil, sans faire aucune fracture aux os. Donc à cause de telle commotion ou esbranlement du ccrueau , il décéda l’onzième iour apres qu’il fut frappé. Et apres son deces, on luy trouua en la partie opposite du coup, comme enuiron le milieu de la commissure de l’os Occipital, vne quantité de sang espandu entre la dure-mere et Pie- mere : et alteration en la substance du ccrueau , qui estoit de couleur fiaue ou iaunaslre, environ la gran- deur d’vn poulee : auquel lieu fust trouué commencement de putréfac- tion : qui furent causes suffisantes de la mort aduenue audit Seigneur, et non le vice de l’œil seulement. Ce qu’aucuns ont voulu referer à la cause de sa mort : car on a veu plusieurs qui ont receu de plus grands coups que cestuy sur les yeux, neantmoins ne sont morts
Comme aussi on a veu de fresclie mémoire, à monsieur de saint Ieau, escuyer du Roy : lequel estant au tournoy qui fust fait deuant l’hostel de Guise , eut vn coup d’esclat de lance par dedans sa visiere, de lon-
1 J’ai fait voir dans mon Introduction, contre l’opinion de M. Villiaume, que Paré avait assisté Henri II dans cette blessure ,
bien qu’il n’en soit fait aucune mention ici.
gueur et grosseur d’vn doigt, sous l’œil dedans l’orbite, pénétrant de trois doigts ou enuiron dedans la teste : et letrailay auec bonne compagnietant de Médecins que de Chirurgiens , par le commandement du Roy Henry dé- funt : entre lesquels estoient mes- sieurs Valeran, Médecin ordinaire du Roy, Eoys Duret, Rodolphe de l’Or, Docteurs Regents en la faculté de Medecine à Paris, et Iacques le Roy >, Chirurgien ordinaire du Roy : neant- moins la playe faite par vn si grand coup a esté guariepar l’aide de Dieu.
Et d’abondant en cest endroit ne veux laisser en arriéré la tres-grandc playe que monseigneur François de Lorraine, Duc de Guise, receut deuant Boulongne , d’vn coup de lance, qui au dessous de l’œil dextre, déclinant vers le nez, entra et passa outre de l’autre part , entre la nucque et l’o- reille , d’vne si grande violence que le fer de la lance auec vne portion du bois fust rompue, et demeura dedans, en sorte qu’il ne peut estre tiré hors qu’à grande force , mesmes auec te- nailles de mareschahnonobstant tou- tesfois cesle grande violence , qui ne fust sans fracture d’os, nerfs, veines, ar- tères cl autres parties rompues elbri- sées par ledit coup de lance , mondit Seigneur grâces à Dieu fust guari1 2.
Dont conclurons qu'aucuns meu- rent de bien petites playes, les autres reschappent de tres-grandes , voire qui sont entièrement desesperées, tant aux Médecins qu’aux Chirurgien*.
> L’édition de 15G1 porte: Iacques le Roy et le liait d’Amboise , Chirurgiens ordinaires du Roy. Jehan d’Amboisea été rayé depuis.
2 Cette histoire fut publiée d’abord en 1552 dans la seconde édition des Playes d’hacque- buies, fol. 79. Voyez d’ailleurs ce que j’en ai dit dans la vie d’A. Taré.
2 b LE HVIT1ÉME LIVJîE
Mais telles choses se doiuent quelque- fois referer aux températures, et prin- cipalement à Dieu , qui tient la vie des hommes en sa main.
Et te suffise de la commotion du cerneau, et des especes de fracture du Crâne. Maintenant faut parler du Prognostique.
CHAPITRE X.
DV PROGNOSTIOVE.
Il ne faut négliger les playes de la teste, et n'y eut-il que le cuir incisé ou contus : mais encores moins lors qu’il y a fracture au Crâne, à raison que quelquesfois suruiennenl grands accidens, et le plus souuent la mort: principalement aux corps cacochy- mes, comme sont verolés, ladres, hy- dropiques, phthisiques, ou he tiques, bouffis, lentignicux,et généralement tous cachecliques : car ù tels, leurs playes sont difficiles à curer, et bien souuent impossibles 1 : à raison que les playes ne se guarissent que par vnion et consolidation , lesquelles choses ne se font que par affluence de bon sang et louable, et par la force de nature. Or l’affluence de sang de- faut aux hecliques et phthisiques : le sang bon et louable defaut générale- ment à tous cacochymes et cachec- tiques : comme la force et vigueur de la faculté naturelle manque à tous deux.
Les fractures de teste faites à ceux qui releuent de maladie, sont difficiles à curer, et quelquesfois impossibles.
Les playes de teste faites par con- tusion sont plus longues et dilficiles
1 Le reste de ce paragraphe manque dans l’édition de 1561.
à guérir, que celles qui sont faites par incision.
L’os ne se rompt point, que la chair de dessus ne soit blessée , excepté en 1 1 fracture qui se fait à l’opposile du coup.
Les os des enfans sont moins durs et plus déliés , arrosés et imbus de sang, que ceux des vieux : et partant s’altèrent et pourrissent plustost. Par- quov telles playes sont plus dange- reuses et mortelles qu’elles ne sont és vieilles gens, parce que leurs os s’al- tèrent et pourrissent plustost, à raison qu’ils sont de température pluscliaude et humide, et par conséquent plus faciles à pourrir : et pour leur ten- drelé et mol lessecommuniquent plus- tost leurs pourritures aux membranes elcerueau, dont la mort s'ensuit plus- tost qu’à ceux qui sont d’aage viril >. Combien que és vieilles gensles playes, tant celles qui sont à la chair que celles qui sont és os de la teste, ne s’agglutinent, et vinssent pas si tost que és enfans, à cause que les vieilles gens ont les os plus secs et plus durs, et par conquent moins agglutinables: et ont moins de sang , et mesme ce peu ce qu’ils en ont est plus sereux, et p’r conséquent moins propre à faire l’agglutination.
L’homme vit plus longtemps d’vne playe mortelle faite au Crâne, en hvuer , qu’en esté : à raison qu’en hyuer la chaleur naturelle est plus forte qu’en esté : pareillement l’hu- meur se pourrit plustost en esté qu’en hyuer, au moyen quelachaleurcontre nature est plus grande en esté qu’en hyuer. Cequi est approuué par Hippo- crates en l’Aphorisme quinziéme du premier liure: Ventres hyetne, etc. Et
1 Le reste de ce paragraphe manque dans l’édition de 1561.
DIS PLAT K S EN l'ARTlCVLIER .
où la chaleur naturelle ne peut curer la fracture , Nature estant plus forte prolonge la vie.
Les playes du cerueau et des mem- branes sont mortelles le plus sou- rient-, à cause que souuentesfois s’en ensuit ablation de l’action des mus- cles du Thorax et des autres seruans à la respiration : dont de nécessité la mort s’ensuit. Ce que nous auons par c y deuant déclaré.
Si apres vn coup donné à la teste il suruient tumeur, et se perd tost , c’est mauuais signe : si ce n’est par cause raisonnable, comme apres vne saignée , purgation ou medicamens résolutifs : ce qui est prouué par Hip- pocrates'.
Quand la fiéure vient au commen- cement , c’est à sçauoir dans le qua- trième ou septième iour (ce qu’eile fait le plus souuent) on peut iuger qu’elle vient pour la régénération de la sanie, ainsi qu’il est escril par Hip- pocrates: D uni pus confiritur , etc. 1 2. Et telle fiéure n’est tant à craindre lors, que quand elle vient apres le septième iour, auquel iour a de eous- lumede laisser le patient : mais quand elle vient au dixiéme ou quatorzième, et auec froid et tremblement, elle est dangereuse, pource qu’il y a suspi- cion qu’elle soit causée de quelque putréfaction qui se fait au cerueau , ou à la Dure-mere , ou au Crâne , principalement si elle est accompa- gnée d’autres accidens : comme si la couleur de la playe n’est rouge, mais blaffarde , comme chair lauée : la- quelle chose se fait à raison que la chaleur naturelle est presque estein te, et le Pus deuient visqueux , pource que la chair est liquéfiée. Puis tost
1 Hipp. Aph. 65. liu. 5. — A. P.
2 Hipp. Aph. 47. liu. 2. — A. P.
V
apres ladite playe deuient aride et seiche , comme d’vne chair sallée , et quelquesfois de couleur plombée et noirastre , ne iettant quasi rien , à cause que la chaleur naturelle est pa- reillement languide et quasi suffo- quée : qui est signe de corruption qui se fait en l’os qui lors se fait aspre et esleué (comme on le trouue lors qu’il est carieux et pourri ) où auna- rauant esloit lisse et poly : et en fin deuient de couleur iaunaslre , puis li- uide, quand il est corrompu d’auan- tage : et entre les deux tables y a matière purulente et sanieuse, ce que i’ay veu plusieurs fois : et alors l’on peut prognosliquer le patient eslre en péril et danger de mort.
Mais si ladite fiéure procédé d’Ery- sipelas fait ou à faire, le plus souuent n’est mortelle.
El pour discerner et sçauoir si ladite fiéure est causée de matière Erysipé- lateuse ou bilieuse : c’est qu’elle sera tierce et qu’elle commencera auec grand froid, puis vient la chaleur auec sueur .- et ne laissera le patient iusques à la suppuration ou resolution de la matière bilieuse. Aussi les léuresde la playe , et autres parties à l’enuiron , seront tuméfiées , ensemble toute la face, auec grande inflammation aux yeux , ayant les maschoires et col roides et tendues , ne pouuant tourner la teste ny ouurir la bouche. Or telle defluxion Erysipélateuse est engendrée et faite de sang cholérique, subtil , chaud et sec , lequel occupe communément la face par deux rai- sons : la première , pour la subtilité de l’humeur : l’autre, pour la tenuité et rarilé du cuir. Ainsi les accidens sont plus grands que d’vne fluxion phleginoneuse , qui sont chaleur et douteur poignante et mordante, auec rougeur tirant sur le citrin ou iaunas-
9$ LF. IlVITllîME
trc , parce que chacun humeur donne sa teinture au cuir, comme auons dit cy dessus. Et subit qu’on presse du doigt dessus, la couleur s’esuauoüist , et tost retourne'.
Et pour la curation, faut auoirdeux intentions: l’vneà l’euacua ion, l’au- tre à la réfrigération et humectation.
Et si l’humeur est simplement cholé- rique, ne faut saigner , mais le pur- ger par remedes qui purgent la cho- lere, appelles des anciens , Cholago- gues. Toutesfois si c’estoit vn Erysi- pelas phlegmoneux , faudrait faire saignée de la veine Céphalique , du costé auquel le mal serait plus grand.
Et pour ce faire appelleras le Méde- cin, si tu es en lieu où on le puisse recouurer. Et apres les choses vni- uerselles faites, il faut appliquer me- d ica mens refrigeratifs et humcctatifs, comme Succum solani , semperuiui, pnrtulacœ , lactucœ , vnibiiici veneris , Icnticulœ palustris , cucurbitœ : des- quels vseras selon que les pourras re- couurer, pource qu’il n’est necessaire les prendre tous , mais icy sont mis pour à fin d’en vser des vns ou des autres. Pareillement pourras vser de:
Acetosa, coda in aqua commuai ad m. ij.
Postea pistetur et coletur per setaceum, ad- dendo vnguenti rosacei vel populeonis por- tionem aliquam.
Et autres semblables , lesquels se- ront renouuelés iusques à ce que la chaleur qui est contre Nature soit esteinle. Et faut euiter toutes choses onctueuses et oléagineuses , à raison que promptement s’eufiamment et feraient le mal plus grand. Puis apres s’il est besoin , l’on vsera de remedes résolutifs.
i Gai. 13. de la Meth. au liu. des tumeurs
contre IVature. — A. P.
LIVRE ,
Et icy noteras que c’est vn bon si- gne de guérison , lors que l’humeur est iellé du dedans au dehors : et au contraire , quand il retourne de de- hors au dedans, c’est mauuais présagé, ainsique l’experience le monstre. Ce qu’aussi Hippocrates aescrit1.
Quand l'os est purulent , il vient des pustules à la langue , pource qu’il tombe de la sanie par les trous du pa- lais sur ladite langue: et quand elle y est arrestée, par son acrimonie fait esleuer lesdites pustules : et quand tel accident advient, peu de gens en reschappent.
C’est vn mauuais signe, quand le malade vient comme apoplectique apres auoir esté frappé : car tel acci- dent ne monstre seulement l’os estre blessé , mais aussi le cerueau , lequel se peut pourrir et sphaceler : ce qui est prouué par Hippocrates2, disant que quandl’os eslia purulent, il naist des pustules à la langue, et le malade meurt n’ayant les sens entiers : et aux vns suruient conuulsion ou spas- me à la partie opposite du coup. Aussi I on voit commnnémentpar ex- périence, qu’apres tel spasme la mort aduient, et vn seul n’en reschappe : ce que i’ay tousiours veu , ouurant la teste de ceux qui de tels accidens mouraient , où i’ay trouué portion de la substance du cerueau et des mem- branes pourrie et sphacelée 3.
1 Hipp. Ap. 25. liu. (j. Erysipclas ab in- lerioribus, etc. — A. P.
2 Hipp. au liu. des play es de teste. — A. P.
Ainsi qu’on peut le remarquer, Hippo- crate est fort souvent cité dans ce livre.
. s A partir de la seconde édition, on lit ici un paragraphe qui n’y a été mis et conservé que par une erreur manifeste. J’ai donc dù le supprimer en cet endroit et le renvoyer au chap. 33, De la cure des Playes de poi- trine, auquel il appartient évidemment.
UES PL A.YES EN PARTICVLIER.
CHAPITRE XI.
POVRQVOY LE SPASME VIENT A I-’OPPO- SITE DV COVP.
Or la cause pourquoy le spasme vient à l’opposile du coup, a esté ius- ques icy par plusieurs recherchée, mais non assez clairement expliquée: pource m’a semblé bon de vouer vn chapitre à part à telle question 1 .
l’estime tel accident prouenir à rai son de la douleur de la playe, et aussi que les humeurs et esprits naturelle- ment courent vers la partie blessée , lesquelles deux choses espuisent, sei- chent et consument le costé de la par- tie saine , dont puis apres tombe en conuulsion. Ce qui se peutprouuer par Galien au quatrième liure De vsu partium , qui dit que le souuerain conducteur a conioint les trois esprits en mutuelle connexion et infragile confédération parleurs productions, qui sont veines , arteres et nerfs : par quoy si vn defaut en vn membre , les autres pareillement les négligent : et partant la partie demeure languide et deuient en atrophie, où elle se meurt du tout. Et si on m’obiecte que Nature a fait tout nostre corps double, à fin que si vne partie estoit blessée , l’autre demeurast en son entier, ie l’accorde. Mais ie nie qu’elle ait fait tous les vaisseaux doubles : car il n’y a qu’vne veine pour le nourrissement de tout le cerueau et de ses membra- nes, qui est le Torcular : par laquelle la partie senestre blessée peut espui-
1 En effet, dans l’édition de 1561 , cette dissertation n’avait pas un titre séparé, et se trouvait confondue avec le Prognostique ; dans l’édition de 1575 même, ce chapitre et le suivant étaient encore réunis au précé-
dent.
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ser l'aliment de ladextre , et par con- séquent causer la conuulsion par de- faut d’aliment*.
Or il est vray qu’aux parties où les muscl s congenerés sont égaux en grandeur , force et nombre , la reso- lution d’vne partie cause conuulsion accidentaire à l’autre, mais au cer- ueau ne se fait ainsi : car les deux parties, c’est à sçauoir dextre et se- nestre, font chacune leur office à part, et ne s’attendent l’vne à l’autre, com- me il appert en paralysie: autrement il s’ensuiuroit qu’icelle , lors qu’elle est vniuerselle ( c’est à sçauoir de la moitié du corps) apporteroit quant et soy conuulsion à la partie opposite. Ce qui est faux comme on voit iour- nellement par expérience. Par quoy ie conclus ( sauf meilleur iugement ) que le spasme qui est à l’opposite du coup vient par inanition et faute d’a- liment et nourriture 2.
Toutesfois Dalechamps, en sa Chi- rurgie Françoise, est enceste opinion : « Pour liquider ceste doute (dit-il) fan l présupposer ce signe de conuulsion en la partie contraire, proposé d’Hip- pocrates ,aduenir quand pour la gran- deur et vehemence de l’inflammation faite en la partie blessée, quija est tournée en gangrené du cerueau et de ses membranes , auec commence- ment de sphacele au lest , le patient doit mourir. En telle disposition et ainsi conditionnée , est necessaire le sentiment et mouuement estre perdu, comme nous voyons aux autres gan-
1 Je ne dois pas omettre que Paré signale ces dernières lignes à l’attention du lecteur par celte note marginale : Grande anno- tation.
2 Là s’arrêtait la théorie du spasme dans l’édition de 1561. Tout ce qui suit a été ajouté en 1575. La Chirurgie française de Dalc- champs avait paru en 1570.
3o LE HVIT1EME LIVRE
grenes, par l’extinction de la chaleur naturelle : et d’auanlage par la gran- deur de l’inflammalion cstre tellement bouchés les conduits de l’esprit ani- mal , qu’il ne peut descendre ou pas- ser aux parties inférieures et pro- chaines du cerueau de ce costé-là: et quand bien y pourroit descendre et passer, si seroit-il inhabile à commu- niquer et porter la vertu du sentiment et mouuement, estant infect et al- téré de la putréfaction aduenue en la playe.
» i,’où s’ensuit que la partie blessée, priuée de sentiment, n’est prouoquée à se retirer, pour secourre et chasser de soy ce qui luy pourroit estre mo- leste, luy demeurant le sens : et pour ceste raison les nerfs procedans d’elle, ne sont aussi point retirés et affligés de conuulsion : d’auantage que tous les nerfs ayans leur origine de ceste partie, sont destitués de la présence et assistance de l’esprit animal , com- me a esté déclaré : et de là procédé la paralysie des parties situées au costé de la blessée. Car paralysie se fait, ou estant le nerf coupé, comme aux grandes playes : ou estant le passage d’iceluy bouché , comme en l’apo- plexie: ou estant sa substance ab- breuuée et molliüée de quelque hu- meur subtile, ou par quelque grande intemperalure tellement offensée , qu’elle ne peut receuoir l'affluence et vertu de l’esprit animal.
«Quanta la partie contraire et sa conuulsion, nous tenons pour chose accordée , le spasme estre fait ou par repletion, qui en eslendanl la sub- stance des nerfs raccourcit : ou par inanition, quand, estant consommée et dissipée leur humidité naturelle, la propre substance d’iceux est des- seiebée et retirée, comme nous voyons
vne corde de lui h approchée du feu : ou par sentiment de quelque vapeur ou de quelque humidité sanieuse, acre et mordante, ou d’vne douleur exces- siue , comme il aduient en l’epilepsie causée d’vne exhalation veneueuse qui du pied monte au cerueau : aux picqueures des nerfs, quand, estant fermé l’orifice de la playe, la matière sanieuse y est retenue : et aux playes des nerfs, quand quelque nerf estant seulement à demy coupé , excite dou- leur vebemente. Or nous trouuonsen la partie contraire de la blessée, deux de ces causes insignes: vne matière sanieuse resudante de la gangrené , acre et cuisante, que Hippocrates au dénombrement des accidens mortels , pour signifier sa malignité , appelle lchora, et au liure des Fractures, Dra- cryon, et non Pyon : d’auantage , vne vapeur exhalante de la gangrené , puante et infecte, comme d’vne cha- rongne pourrie. Ce n’est donc mer- ueilles si la partie contraire , estant son sentiment bon et entier, est offen- sée, tant de la matière sanieuse que de la vapeur infecte , et pour les de- cbasser se relire, secout, et branle, à quoy s’ensuit la conuulsion des nerfs qui prennent leur origine d’icelle , comme en l’cpilepsie. A mon iuge- ment, voila comment se doit expli- quer le dire d’Hippocrates et d’Aui- cenne. Hors l’occasion d’vne playe ainsi mortelle , les praticiens adno- tenl quelquesfois en la partie blessée estre paralysie, en l’opposite conuul- sion : quelquesfois en la blessée con- uulsion , en la contraire paralysie : quelquesfois en toutes deux conuul- sion et paralysie : quelquesfois en chacune d icelles séparément conuul- sion ou paralysie , sans que l’autre soit offensée : mais icy n’est le lieu
DES PLATES EN PARTICVLIIR.
de rechercher les causes de cela. » Voila le discours de Dalechamps1 Il.
CHAPITRE XII.
SOMMAIRE DES SIGNES MORTELS CY DESSVS MENTIONNÉS.
Et pour retourner à noslre propos et te dire tout en sommaire : de tous les accidens susdits , tu peux l'aire prognostique de la mort du patient, lors qu’il perd sa ratiocination , et n’ayant plus de mémoire parle sans occasion, et a les yeux tenebreux, n’oyant point , et se veut ietter hors du lict, ou ne peut mouuoir, ayant heure continue , auec pustules à la langue, qui mesme luy deuient seiche et noire , et sa playe aride , ne iet- tant aucune chose ou bien peu, et de couleur comme chair salée : ou s’il luy suruient apoplexie, phrenesie, spasme, paralysie , et le pouls formi-
1 II est assez remarquable que Paré, après avoir rapporté tout au long l’opinion de Da- lechamps , ne s’arrête pas à la combattre. Nousavons vu dansl’Introduction qu’il esti- mait Dalechamps, qu’on a rangé à tort parmi ses adversaires. Sans doute il a pensé qu’il lui suffisait d’avoir exposé la sienne ; du reste, pour ne laisser aucun doute, il a pris soin de mettre à la fin cette note marginale : Opinion de Dalechamps, toute contraire à celle de l’autlieur.
Je dois avertir le lecteur que le chapitre ne se termine pas ici , même dans les édi- tions complètes revues par A. Paré lui-même.
Il s’y trouve une annotation au chirurgien sur les playes du ventre, qui n’a nul rapport avec ce qui précède ni avec ce qui suit , et que j’ai dù retrancher avec d’autant moins de scrupule, qu’elle se trouve reproduite à sa véritable place , au chap. xxxvi , Cure des playes du ventre inferieur.
cant , retenîion d’vrine et autres ex- crcmens, et s’il tombe souuent en syncope : alors fais ton prognostique, que bien tost ton patient mourra.
Or les susdits accidens viennent quelquesfois aux premiers iours, et quelquesfois assez long temps apres le coup donné.
Et s’ils viennent au commencement, c’est quand le cerueau est blessé par incision, contusion , compression ou ponction, ou par commotion que nous auons par cy deuant appelle Esbran- lement.
Et quand ils viennent quelque temps apres, c’est lors qu’il suruient inflam- mation , et que le sang se putréfié, et que l’os se fait purulent , et par con- séquent aposleme au cerueau ».
D’abondant noterez que souuentes- fois vne playe faite au Crâne cause vne aposteme au foye. Ce que Robert Greaume, Regenten la faculté deMe- decine , et Binosque, Chirurgien iuré à Paris, et moy, auons veu puis na- gueres en trois patiens. Et si lu m’ob-
1 Pierre d’Argelata avait dit au sujet du pronostic :
« Et , très chers frères, dans les fractures du crâne, ne vous en fiez point au pouls pour pronostiquer ou la mort ou la guérison, parce que vous seriez souvent trompés. Mais jugez d’après les accidents'qui surviennent: les blessés prennent une personne pour une autre; et pour certain ceci est un signe de mort; ils perdent la parole, ils ne com- prennent qu’incomplétcment , ils n’enteu- denl plus; laplaiese dessèche; eteroyezque ceci est très véritable, et je l’ai prouvé nom- bre de fois. » Lib. I , lom. ni, cap. 2.
Bérenger de Carpi cite ce passage, mais il reprend :
« Je m’étonne d’un pareil langage. Mais je dis, moi, que le médecin doit toujours faire attention au pouls du malade, et que le pouls lui donnera toujours des signes de \ vie et de mort. Bien plus, on peut connaître
LE HVIT1EME LIVRE
?
3s
iectes que telle aposteme estoit ia con- creée auparauant le coup donné: à ceie respons que les paliens aupara- uant estre blessés, auoient vue viue et naturelle couleur, sans aucun si- gne d’estre hépatiques , et estoient bien habitués, faisans toutes leurs operations : ce que tu pourras voir
par le pouls l’heure de la mort, si l’on sait l’interroger avec précaution et prudence. Je me souviens et j’ai à celte heure à Bologne bon nombre de docteurs qui peuvent attes- ter que j’ai prédit l’heure précise de la mort du fils d’un seigneur Jacques-Marie de Lino, en observant la règle du pouls incident et décident qui nous a été transmise par les docteurs. Ce fut toutefois un jugement con- jectural, et je ne peux l’expliquer entiè- rement par écrit ; voici toutefois comment je procédai. Je mesurai d’abord au toucher la force du pouls; et visitant le malade pres- que à toutes heures, je remarquai que le pouls s’affaiblissait toujours. Je considérai ensuite l’heure de l’état des accidents et de la fièvre ; et comparant les forces avec leur affaiblissement, songeant de plus à la qua- lité du jour critique le plus proche qui était le quatorzième ; avec tous ces indices je jugeai qu’il mourrait entre la seconde et la troisième heure de nuit, six jours aupara- vant , per sex dies ante , parce que celte heure était l’heure de l’état des accidents et de la fièvre; et il en arriva ainsi du pauvre jeune homme, dont j’aurais bien voulu avoir à porter un autre pronostic. » Fol. 36, verso.
J’ai fait ce que j’ai pu pour rendre le texte ; encore pourra-t-on y trouver quelque obscurité. 11 me paraît que Bérenger a pro- nostiqué que le malade mourrait le 8' jour, qui est en effet, dans la théorie ancienne, le jour où les accidents et la fièvre sont dans l’état, c’est-à-dire à leur plus haut degré.
Enfin j’ajouterai que Fallope revient à l’i- dée d’Argelata ; l’état des yeux et du pouls sont peu significatifs ; le coma et le vertige sont seuls des signes de mort certains ; tous les autres indiquent seulement une plaie grave et susceptible de devenir mortelle si elle est mal traitée. Loc. cit. p. 042.
par expérience y prenant garde, com- me i’ay fait. La cause de ce peut estre que Nature se sentant offensée par la grande vehemence du coup , collige et retire à son secours ses forces et vertus de toutes les parties du corps (flui sont le sang et les esprits) vers le cœur et le foye , ainsi que voyons en peur et crainte, et adoneques fait inflammation au foye : ainsi qu’il se fait en quelque partie, lorsque le sang coule eu plus grande quantité qu’il n’est besoin pour sa nourriture : dont le foye ayant receu plus de sang et d’csprils , lesquels ne peuuent estre duémenl euentilés pour l'exiguïté et angustie (c’est à dire pour la petitesse et estroisseur de ses vaisseaux) alors se fait fiéure et aposteme phlegmo- neuse en sa propre substance, dont la mort s’ensuit1. Ou si tu aimes mieux dire auec monsieur de la Corde , que Nature succombant sous le faix du mal , vient à renuoyer vue partie de celte matierepurulenteauec le moins d’incommodité qu’il peut au foye par- les veines, et qu’ainsi soit , tous ceux ausquels vneaposteme se fait au foye, le cerueau blessé, meurent2.
1 Ici finit lechapitre dans l’édition de 1501; et la fin de ce paragraphe manque égale- ment dans les deux premières éditions com- plètes. Mais à partir de l’édition de 1575, on trouve à la suite un article fort intéressant sur les plaies de la racine du nez et des sinus frontaux. Evidemment il y avait dans cette disposition une erreur de lieu que j’ai dû corriger ; et j’ai renvoyé cet article à la fin du chap. xv, De la cure des playes du cuir musculeux.
2 C’est ici la première mention des abcès du foie succédant aux plaies de tête, et les premières théories de leur formation. On conçoit que l’anatomie pathologique seule pouvait éclairer à cet égard ; je n’en trouve aucune notion ni dans Bérenger de Carpi, ni
DES PLAYES
CHAPITRE XIII.
LES SIGNES ET PRESAGES DE BONNE GVARISON.
Au contraire, les signes et présagés de bonne guarison sont lors que le patient n’a point de fleure, ratiocine, mange et boit de bon appétit , dort , asselle bien , et que sa playe est ver- meille , non aride et seiche , iettant pus loüable, et l’os gardant sa couleur naturelle , et que la Dure-mere a son mouuement libre. Toutesfois tu note- ras que les anciens ont escrit ( ce qu'on voit souuent par expérience) que les fractures du Crâne ne sont hors de péril , iusques à cent iours apres la blessure faite' : partant, fais auec ton patient bon guet , tant en son boire, manger, repos, coït, et au- tres choses. Et aussi faut qu’il se garde du grand froid , pour le péril et danger de mort, qu’on a veu en telles playes souuentesfois arriuer pour tels accidens , apres la guarison faite des- dites fractures.
Outre plus,i’ay à te déclarer que le
même dans Fallope , bien que tous deux aient fai t plusieurs autopsies de blessés morts à la suite de plaies de tête.
1 C'est Roger qui avait fixé ce terme ; les légistes et juges, dit Guy de Chauliac , l’a- vaient réduit à 40 jours, et les quatre maî- tres à quinze.
Suivant Bérenger , le 20' est d’une haute importance. « Sache bien , dit-il, que dans les plaies de tète, souvent et fort souvent le malade arrive jusqu’au 20e ou21«-jour sans aucun accident fâcheux ; et à cette époque il en survient des plus graves, et la mort s’ensuit. Et ceci le plus souvent vient du pus retenu dans l’intérieur de la tête. » Fol. 3C, verso.
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callus , soulde , on vnion des os du Crâne, se fait communément en qua- rante ou cinquante iours : toutesfois on n’en peut donner vraye certitude pour la diuersité des temperamens et aages, non plus que les fractures des Autres parties, comme nous dirons cy apres.Car aux ieunes se fait plus lost, aux vieils plus tard.
Et te suffise des présagés.
Maintenant faut parler de la cure generale , puis de la spéciale , qui se fera le plus succinctement et le plus clair qu’il me sera possible. Laquelle chose se fera premièrement en or- donnant le régime sur les six choses non naturelles.
CHAPITRE XIV.
DV REGIME VNI VERSEE QV’lL FA VT OR- DONNER AVX PLAYES ET FRACTVRES DV CRANE , ET AVX ACCIDENS û’i- CELLES.
Et premièrement faut tenir le pa- tient en vn air temperé , qui se fera par art , s’il n’est tel par nature : com- me si c’est en Hyuer , faut faire bon feu en la chambre du malade, les fe- nestres et portes bien closes , euilant la fumée , de peur de prouoquer la sternutation et autres accidens : et aussi alors que lu traiteras et pense- ras le malade, le faut auoir vue bassi- noire pleine de braise ou vne pelle de fer , laquelle sera tant eschauffée qu’elle deuieune rouge , et qu’vn ser- uiteur la tienne sur la teste du malade de telle hauteur , que le patient en sente aucunement la chaleur : à fin que par la reuerberalion d’icelle, l’air ambiens , c’est à dire qui est à l’en- tour, soit corrigé. Car le froid (comme
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EÎJ PARTICULIER.
II.
Lli HVITljimu LIVRE,
(lit Hippocrates 1 , est enncmy du cer- ueau , des os et de tous les nerfs , et gcneralementde toute noslre Nature, ce que nous auons dit. Aussi est-il contraire aux vlceres en seichant les excremens , qui puis apres minent l’vlcere, empeschant la suppuration : et pource que ceste partie n’a accous- tumé d’estre decouuerle de sa peau : et mesme, comme dit Galien2, il se faut donner garde de refroidir le cerueau quand on trépané , et apres estre tré- pané: car c’est le plus gr nd mal qui peut aduenir au malade qui a la teste rompue. Or si l’air estoit plus cbaud que le cerueau , il ne le refroidiroit pas : et encores que soyons en Esté , et que l’air soit excessivement chaud, le cerueau descouuert en est refroidi , et demande subit estre eschauffé. Voyla ce que Galien nous en a laissé par escrit, et ne se faut donner mer- ueille, si plusieurs meurent de playes faites à la teste , par faute d’estre à couuert.
Pareillement la trop grande cha- leur sera modérée, en rafraîchissant la chambre auecqucs eau froide ou oxycrat, rameaux de saulx , feuil- les de vignes , et autres choses sem- blables.
Semblablement ne seraleditpatient exposé en grande clairté, principale- ment iusques à ce que les accidens soient passés : à cause qu’icelle dis- sipe et rcsoull les esprits, et augmente la douleur , fiéure et autres accidens.
Il faut aussi du tout euiter le vin : ce que Hippocrates enseigne : mais en lieu de vin , pourra boire eau d'orge ou eau cuitle, en laquelle on mettra
1 Itipp. liu. 5, aph. 18. — A. P.
2 Galien 8 , de /’ louage des part., chap. 2. — A. P. — Cette citation de Galien manque dans l’édition de 1661.
mie de pain que nous appelions eau panée, ou bien hippocras d’eau , ou eau bouillie, puis meslée auec syrop rosat , violât ou aceteux , ou autre breuuageappellépotwsd/wmws,lequel est fait d’eau cuitte sucrée et ius de limon ou citron, desquels tu pourras bailler selon le goust du patient , et que son estomach pourra bien vser. Et de tels breuuages doit vser le pa - tient, iusques à ce que les grands ac- cidens soient passés , qui sont com- munément et le plus souuent dans le quatorzième iour.
Son manger sera panade , orge mondé , et non amendé : pource que les amendes causent douleur de leste, à raison qu’elles sont vaporeuses : aussi il pourra vser de prunes de Da- mas cuittes , passules , raisins de Da- mas confits auec vn peu de sucre et canelle (laquelle est singulière, pour- ce qu’elle conforte l’estomach et res- ioüist les esprits), et par fois d’vn petit poulet , pigeonneau , veau , ché- ureau , léuraux , petits oiseaux des champs , comme phaisans , merles , tou r très, perdris, griues, alouettes, et autres bonnes viandes bouillies auec laitues, pourpier , ozeille, bourroche, buglose, cichorée, endiue et sembla- bles. Aussi par fois pourront lesdites viandes aucunes estre rosties : et peut ledit malade vser auec icelles de ver- ius, oranges, citrons , limons , grena- des aigres , ius d’ozeille , les diuersi- fiant selon le goust et la puissance de la bourse du patient. Et à celuy qui voudra manger du poisson, truites, loches, brochets nourris en eau claire, et non limonneuse, et autres sembla- bles : pareillement raisins et prunes de Damas , cerises aigres , passules: mais qu’il s’abstienne de choux el de touslegumages, parce qu’ils causent douleur de teste. El apres le past ,
DES PLAYES Efl PAUTIC VL1EÜ.
35
vserade dragée çpmmune, ou anis, fenouil , coriande confits , conserues de roses, ou cotignat, à fin de garder que les vapeurs et fumées qui mon- tent del’estomach à la teste ne bles- sent le cerueau : pareillement le co- tignat pris deuant le past ’astraint le ventre, à cause qu'il est styplique et astringent , et parlant serre l’esto- inach : mais prins apres le past , le lasche : à raison aussi qu’il le res- serre , astraint et contraint les vian- des de sortir hors.
Si c’est vn enfant , luy conuiendra donner petit et souuent à manger: pource que lesieunes ne peuuent por- ter la faim comme les plus aagés 1 , à raison qu’ils ont vne grande chaleur: par quoy ils ont besoin de grande nourriture, autrement leurs corps se consommeroient : au contraire, le vieil a sa chaleur naturelle plus im- becille,à cause de quoy il porte mieux la faim que le ieunc. Et par sembla- ble raison, en temps d’Hyuer,faut en toutes aages donner plus d’alimens qu’en Esté: pource que la chaleur na- turelle est plus grande en Hyuer qu’en autre temps , ainsi qu’il est prouué par Hippocrates'1 2. Et apres le quatorzième iour (assauoir s’il n’y a rien qui répugné, comme fiéure et au- tres accidens), on peut donner vnpeu de vin et augmenter son manger peu à peu, selon qu’il sera besoin, prenant tousiours indication de la vertu et coustume du malade.
Il doit euiter le dormir de iour , s’il est possible, si ce n’est bien peu, pour- ueu que la Dure-mere ou le cerueau ne soit affligé de phlegmon : car en telle nécessité, il seroit meilleur faire
1 Hipp., aph. 13 et 14, liu. 1. — A. P.
2 Hipp., aph. 15, liu. 1; Centres hyeme, etc. — A. P.
du iour la nuit , et principalement de la première partie du iour , à scauoir de six heures du matin iusques à dix : pource qu’en cesle partie du iour, comme aussi au Printemps , le sang domine au corps, comme dit Hippo- crates au commencement du 2. des Epidémies. Or c’est chose toute no- toire que par les veilles le sang est espandu au dehors , superficie et ex- trémité du corps , comme au con- traire par le dormir il se retire au dedans vers les parties nobles : par- quoy si , auec ce que par le bénéfice du Soleil leuant le sang se leue et espand en l’habitude du corps, il venoit encore à s’y espandre d’auantage par- les veilles , l’inflammation et phleg- mon se redoubleroit en la méningé et cerueau. Parquoy il est tres-expe- dient par le dormir, brider et reti- rer le cours du sang en telle partie du iour, en cas d’inflammation , de l’habitude et parties externes du corps.
Le veiller pareillement doit estre modéré : car le trop veiller corrompt la bonne température du cerueau et de toute l’habitude du corps : pource qu’aussi excite crudités , douleur, pe- santeur de teste , et rend les playes arides, seiches et malignes. Mais si le patient ne peut dormir , à cause de l’inflammation des membranes du cerueau, Galien commande, au trei- ziéme liure de la Méthode, faire des perfusions, linimens, onctions dans les narines et au front ou és oreilles , de choses refrigeratiues: à cause qu’ils endorment et rendent stupides les membranes et le cerueau , qui sont excessiuement eschauffés. Pour ceste raison on appliquera aux temples vn- guentum populeum ou rosatum auec oxyrhodinum ou oxycrat. Aussi luy faut faire sentir vne esponge trempée
36 LE ÎÎVITIÉME LtVRE
en vne décoction de pauot blanc ou noir, auec escorce de mandragore, semence de hyoscyame, laitue, pour- pier, planlin, morelle ou autres. Sem- blablement on luy pourra, faire vn potage ou vn orge mundé, auquel l’on mettra vne émulsion de semence papaueris albi : ou bien prendre g . j. vel g . j û . syrupi papaueris auec 5 . ij. aquœ lactucœ : et faut que ledit patient vse de telles choses quatre heures apres souper , à fin de luy prouoquer le dormir. Lequel dormir aide grandement à faire la digestion. Il restaure la substance du corps et esprits qui sont dissipés par le trop veiller. D’auantage appaise les dou- leurs : il fortifie ceux qui ont lassi- tude : pareillement fait oublier les courroux et tristesses, et corrige le iugement depraué : parquoy est be- soin au Chirurgien prouoquer le dormir au malade lors qu’il luy est necessaire.
Pareillement si le patient est replel , soit faite euacualion par saignée ou purgationetgrandediete, selon l’aduis et conseil dudocteMedecin.Etencest endroit noieras qu’on doit euiter les médecines fortes ausdites playes, prin- cipalement au commencement , de peur d’enflammer les humeurs et faire commotion à toutes les facultés : qui seroit cause d’induire inflammation , douleur, fiéure et autres accidens : ce que i’ay veu aduenir souuentes- fois.
Et quant aussi à la saignée ( selon Galien au quatrième delaÆ/et/todejne doit estre seulement faite pour l’a- bondance du sang , mais aussi pour la grandeur de la maladie présenté ou future: à fin de diuerlir et faire reuulsion pour tirer la fluxion , la- quelle commence aux parties con- traires : et celle qui est ja couiointe ,
doit estre vacuée de la partie mesmé , ou la deriuer de la partie proche.
Exemple pour faire la reuulsion : si la partie dextre de la teste est bles- sée, la saignée se fera de la veine Cé- phalique du bras droit , s’il n’y auoit grande plénitude: et en defaut delà Céphalique faut ouurir la Médiane : et si on ne peut trouuer la Médiane , soit prinse la Basilique: et si la bles- sure est du costé senestre, sera fait le semblable du bras senestre , plustost qu’à l’opposite, à fin que plus aisément on attire et descharge la partie par la rectitude des filamens. Et en tirant le sang , faut auoir esgard sur toutes choses à la vertu du patient, qui se fera en touchant son pouls ( si le Mé- decin n’est présent), pource , comme dit Galien au liure de Sanguinis mis- sione, qu'il monstre infailliblement la vertu et force du patient. Parquoy faut auoir esgard en sa mutation et inégalité : et si tu le trouues petit et lent, auecques vne petite sueur qui commence à venir au front , mal de cœur, comme volonté de vomir et bien souuent d’asseller, auec baaille- mens et mutation de couleur, ayant les leures pâlies: si telles choses ap- paroissent , subit te faut clorre la veine , de peur que tu ne tires l’ame auec le sang : et alors donneras au malade vn peu de pain trempé en vin, et luy frotteras les temples et le nez de fort vinaigre , et le feras coucher tout à plat à la renuerse.
El quant au second point , qui est de la fluxion ja faite et arrestée en la partie , elle doit estre vacuée par la parlie mesine, ou estre deriuée par la proche. La partie sera deschargée de la fluxion coniointe et arrestée en la partie, faisant des scarifications aux léures de la playe , ou par appli- cation de sangsues bien préparées :
DES PL/YYJïS EN PARTICVLIP.R.
la matière sera deriuée en ouurant les veines proches de la playe, à sça- uoir, de la veine Puppe, ou celle du milieu du front , ou des veines et ar- tères les plus apparentes des temples, ou celles de dessous la langue.
Pareillement seront faites frictions et application de ventouses sur les es- paules, soit auec scarification ou sans scarification , selon la nécessité.
Outre-plus, noteras que pendant la curation, souuentesfois il conuien- dra faire des frictions assez longues et fortes, auec linges vn peu aspres , vniuersellement par tout le corps, ex- cepté la teste : lesquelles seruiront , tant pour faire reuulsioudes matières qui pourroient monter en haut , per halitum, c’est à dire, par exhalation , ou insensible transpiration de cer- taines vapeurs contenues entre cuir et chair, lesquelles s’augmentent fort en noslre corps, et principalement par faute défaire l’exercice accoutumé ».
D’abondant ne veux outre passer, que ne recite de la saignée ceste his- toire , digne au Chirurgien et à tous d’est re bien notée. C’est que ces iours passés, ie fus appellé aux faux- bourgs saint Germain des prés , à l’image saint Michel , au logis du sire Iean Matiau, pour visiter et mé- dicamenter vn ieune homme , aagé de vingt-huit ans ou enuiron, et de température sanguine , de monsieur Douradour,l’vn des maislresd’hostel de Madame l’Admirable Brion : le- quel estoit tombé la teste sur vne pierre, à l’endroit de l’os Pariétal
' Ici se trouvaient dans l’édition de 1561 plusieurs figures représentant une lancette, quatre ventouses, et un scarificateur. Les premières planches ont été transportées de- puis au livre des Opérations, cbap. 67 et 68; et celle de scarificateur au livre des Combus- tions et gangrenés, cbap. 8.
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partie senestre : et au moyen du coup , s’estoit fait vne playe contuse, sans toutesfois aucune fracture d'os. Par le moyen de laquelle le septième iour luy suruint vne fiéure continue et res- uerie , auec grande inflammation phlegmoneuse, causée par la lésion du Pericrane, accompagnée d’vne tu- meur merueilleuse de toute la teste et le col , ayant le visage grandement defliguré , ne pouuant voir ny parler, et moins aualler aucunes choses , si elles n’estoient bien liquides. Subit voyant tels accidens, neantmoins que leiour de deuant,qui estoit le huitième iour de sa blessure, auoit esté saigné par Germain Agace, maistre barbier audit saint Germain, lequel luy auoit tiré quatre palettesde sang : et voyant les accidens si grands, la force et vertu du patient bonne , reïteray la saignée, et luy tiray quatorze palettes pour ceste fois : puis le iour suiuant, voyant que la fiéure ny aucuns des accidens ncs’estoient nullement di- minués, mais plustost estoient aug- mentés , reïlere la saignée, et luy tire derechef quatre palettes, qui estoient vingt-deux : et le lendemain voyant encores les accidens n’estre diminués, fus encores d’aduis le resaigner, ce que n’osay faire seul, veu la grande évacuation qu’on auoit ja faite. Et alors priay Monsieur Violaines, Doc- teur ltegent en la faculté de Méde- cine, homme docte et de bon iuge- ment, pour voir le patient. Lequel subit luy ayant touché le pouls, le trouuant fort robuste , et voyant pareillement à l’œil, la grande tu- meur, l’impétuosité et vehemence de l’inflammation, fust d’aduis que promptement fust resaigné : et luy ayant dit que ja on auoit tiré vingt- deux palettes, m’vsa de ces mots : Esto, qu’on luy en eust tiré d’auantage , si
38 LE HVITIÉME LIVRE,
est-ce qu’il luy en faut encores tirer : ; mence procédé du cerueau , qui est attendu que les deux indications prin-
cipales qui nous indiquent à faire la saignée , sont présentes : sçauoir la grandeur de la maladie , et la force et vertu du Patient. Adonc fus bien ioyeux,el soudain luy en tiray encore trois palettes en sa presence : et luy en voulois tirer d’auantage, ce qu’il remist à l’apres disnée , où ie luy en retiray encore deux , qui sont vingt- sept palettes, qui furent tirées audit patient en quatre iours suiuans *. Et la nuit suiuante, le patient reposa fort bien : et le lendemain le trouuay sans fiéure , la tumeur grandement dimi- nuée, l’inflammation presque toute esteinte , hors mis les paupières su- périeures des yeux , et le mollet des oreilles, lesquels endroits s’apostu- merent, et ietterent assez grande quantité de boue. Et proteste qu’il fut entièrement guari, grâces à Dieu, par les remedes : qui sans la bénédic- tion d’iceluy sont du tout inutiles.
Or i’ay bien voulu reciter telle his- toire, à fin que le ieune Chirurgien ne soit timide à tirer du sang aux grandes inflammations: pourueu que principalement la force et vertu du patient soit grande : ie dy grande, par- ce qu’il y a des personnes que si on leur auoit tiré trois palettes de sang, on seroit quelquesfois cause de leur oster la vie.
Et pour retourner à nostre propos , il faut que le malade euite l’acte ve- nerien , non seulement pendant que sa playe n’est encores consolidée , mais long temps apres, pource qu’en petite quantité de semence, est con- tenu grande quantité d’esprits : et qu’vne grande portion de ladite se-
1 Les patelle'! de Paris peuuem tenir trois onces et i>lus. — A. P.
cause de débiliter les vertus, et prin- cipalement la faculté animale. Dont grands accidens, et souuent mort pro- chaine aduient par tel acte à ceux qui ont playes à la teste : ce [que ie puis attester auoir veu'souuent aduenir en bien petites playes de teste, encores que la playe fust du tout consolidée.
Semblablement le Chirurgien ne doit mespriser les affections de l’ame , pour-ce qu’elles causent grands mou- uemens et mutations au corps, à cause qu’elles dilatent ou compriment le cœur : et en ce faisant les esprits se resoluent, ou astraignent et suffo- quent : ces passions sont ioye, amour, esperance, ire, tristesse, crainte, et autres : toutes lesquelles doiuentes- tre corrigées par leurs contraires.
D’auantage faut que le malade soit en vn lieu de repos , et hors de grand bruit , s’il est possible , comme loin de cloches , non près de mareschal , tonnelier, maletier, armurier, pas- sages de charrettes et leurs sembla- bles, pour-ce que le bruit luy aug- mente la douleur, la fiéure et autres mauuais accidens.
Et me souuient quand i’estois der- nièrement au chasteau de Iledin , qu’à l’heure qu’on faisait la batterie , le bruit et retentissement de l’artille- rie causoit aux patiens vne douleur extresme , et principalement à ceux quiestoien t blessés à la teste : car ils di- soient qu’il leur sembloit aduis, qu’au- tant de coups de canon qu’on tiroit , qu’on leur donnoit autant de coups de baston sur leurs playes: et mesme- mentleur suruenoil flux de sang par icelles, et laisoient grands pleurs et lamentations : de sorte que la douleur, fiéure et autres accidens estoient par telle vehemence grandement aug- mentés, et la mort accélérée.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
Et te suffise du régime vniuersel.
Maintenant faut déclarer la cure particulière, selon qu’aucuns des an- ciens ont escrit, et aussi selon ce que i’ay expérimenté par plusieurs an- nées.
CHAPITRE XV.
DE LA CVRE PARTICVLIEItE, ET PREMIERE- MENT DES PLAYES DV CVIR MVSCV-
LEVX.
Et pour la cure particulière , nous commencerons à vne playe simple , laquelle pour sa cure n’a qu’vn seul et simple scope, qui est vnion : car si elle ne pénétré iusques au Crâne, elle est pensée et curée comme celles des autres parties de nostre corps : mais si elle est composée , autant qu’il y aura de complications, autant faudra- it qu’il y ait d’indications. Et en icelles faut garder l’ordre, l’vrgent et la cause *.
Donc si la playe est simple et su- perficielle , faut premièrement raser le poil d’entour elle , et appliquer vn médicament fait cum albumine oui, et bolo armenico , et aloe : et le len- demain appliquer vne emplastre de Ianua ou Gratia Dei , et la continuer iusques à la parfaite vnion de la playe. Mais si la playe est profonde iusques au Pericrane , on ne peut faillir au second appareil , à mettre dans icelle vn digestif, fait cum terebinthina Ve- neta , vitellis ouorum, oleo rosaceo , et tantillo croci : et en sera continué iusques à ce que la playe iettera sanie : et alors sera adiousté audit digestif met rosatum , et farina hordei. Puis apres seront appliqués autres
1 Gai. 4, delà Méthode. — A. P.
39
medicamens , ausquels n’entrera au- cune huile, ny autre chose onctueuse, comme cestuy :
Médicament epulo tique, ou cicatrizalif.
'if. Tereb. Venetæ, g . ij.
Syrupi rosati § . j.
Pul. aloës, myrrhæ et mastich. ana 5 . fi . Incorporentur simul, et fiat vnguentum.
Duquel faudra vser iusques à la procréation de la chair.
Puis pour faire cicatrice , sera ap- pliquée la pouldre qui s’ensuit.
if. Aluminis combusti,
Corticis granatorum combustorum, ana 3. j.
Misceantur simul, et fiat puluis.
Et si la playe estoit si grande qu’il faille faire aucun point d’aiguille, se- ront faits en tel nombre qu’il sera be- soin. Comme ie fis à vn soldat , qui estoit dans le chasteau de Hedin, vn peu deuant le siégé dernier : qui be- choit en terre auec plusieurs autres , pour la porter sur les rempars , sur aucuns desquels tomba vne grande quantité de ladite terre, qui en es- touffa la plus grande partie : ledit soldat fut tiré de dessous, et eut tout le cuir musculeux incisé , et déprimé iusques au Pericrane, commençant sa playe deux doigts au dessus du som- met de la teste, et estoit renuersé sur le visage : ce qui faisoit grandehorreur à regarder. Et l’ayant veu, fis appel- ler Charles Lambert , Chirurgien de défunt monsieur le Mareschal Duc de Bouillon, pour m’aider à le penser : dont l’ordre fut tel.
le lauay sa playe de vin vn peu tiede, tant pour oster le sang coagulé, que la terre qui y estoit : puis fut icelle bien essuyée auec linge mollet et délié. Et luy appliquay sur toute sa- dite playe terebenthine de Venise mes-
4o
LF. IIVITIFME LIVRE,
lée auec vn peu (l'eau de vie , en la- quelle auoit esté dissoultsang de dra- gon, a loës et pouldre de mastic: et apres luy renuersay et remis ledit cuir en son lieu naturel, et luy lis plu- sieurs points d’aiguille peu serrés , poureuiter augmentation de douleur et inflammation, qui se fait principa- lement au temps que la sanie se fait , pour tenir iointes les parties qui es- toient distantes et séparées, et garder l’alteration de l’air, lequel nuist gran- dement à telles playes , comme nous auons d t. Aussi luy furent mises des tentes assez longues et plattes aux parties inferieures de la playe , tant d’vn costé que d’autre pour donner issue à la sanie. Et par dessus toute la teste luy fut appliqué vn cataplas- me tel que s’ensuit :
“if. Farinæ hordei, et fabar. ana § . vj.
Olci rosa. 3 . iij.
Aceti quant. sufT.
Fiat cataplasma ad formam pultis.
Lequel a vertu desiccatiue, refrige- ratiue et repercussiue : aussi de seder la douleur , estancher le flux de sang et euiter l’inflammation. El luy es- toit renouuellé souuen t , de peur qu’es- tant desseiché les farines ne vinssent à clorre les pores se rendans trop emplastriques , et par conséquent ne permissent qu’il ne se fist aucune exhalation et resolution des vapeurs contenues en la partie. Et audit sol- dat ne luy fut fait saignée , à raison qu il auoit eu grand flux de sang , principalement par certaines arteres qui sont aux temples : et estant bien aduerti que l’ennemy nous venoit tost assiéger , luy conseillay de se re- ti: er à Abbeuille, à fin qu’il fust mieux traité , ce qu’il fist. El depuis vous puis bien asseurer l’auoir veu audit Abbeuille, du tout guari , lorsque
retournay de prison d’entre les mains des ennemis'.
' Nous avons vu déjà au chapitre vn la su- ture employée par Paré dans les cas où il y a même une portion d’os comprise dans le lambeau ; et l’on a pu comparer (p. 19, n. I) les diverses manières d’agir de Rérenger et de Fallope. Quand il n'y a qu’un lambeau de parties molles, la plupart des chirurgiens de cette époque faisaient la suture, cependant quelquefois avec des restrictions. Voici ce qu’en disait Pierre d’Argelata au xivr siècle.
Après avoir cité , en faveur de la suture , l’autorité d’Avicenne, Guillaume de Salicet, Lanfranc , Henri et Guy de Chauliac , il ajoute :
« Et pour moi, je le confirme avec l’expé- rience , j’ai souvent fait la suture à la tète, comme mes compagnons ont vu , et elle m’a bien réussi. Silence doncà ceux de mes com- pagnons qui reprennent les autres, et qui disent qu’il ne faut pas faire de suture à la tète. Je m’étonne que des anciens comme il y en a parmi eux, et qui ont pratiqué toute leur vie, ne sachent pas qu’il faut appliquer la suture dans les plaies de tête. Je devrais peut-être me taire sur leur ignorance , et les y laisser ; mais je ne veux pas en agir ainsi pour mes compagnons. Je dis donc qu’une plaie de tête est sur le côté ou non ; si elle est de côté, et s’il y a un lambeau qui pend , elle doit être recousue. J’ai vu sou- vent des lambeaux pendre sur le côté avec une portion d’os ; j’enlevais ce fragment os- seux, je rejoignais les parties par la suture, et la plaie s’incarnait en peu de jours. J’ai fait souvent la suture à l’hôpital, et elle m’a toujours bien réussi. J’ai vu aussi en ville sur un blessé presque toute la peau ou au moins une grande partie de la peau de la tête détachée des os; je l’ai replacé comme il se devait , je l’ai cousue , et elle a repris.»
11 n’appliquait toutefois la suture que pour les lambeaux des parties antérieures ou la- térales ; pour ceux du sommet ou de l’occi- put, il craignait que la suture n’cmpèchàt l’écoulement du pus et n’amenàl la corrup- tion de l’os. 11 la rejetait aussi dans les plaies par une pointe d’épée ou de flèche. Lib. ni, tract. 1, cap. l.
DES PLAYES EN PARTICVLIKR.
Mais si la playe estoit faite par mor- sure de beste ilia faudroil traiter par autre maniéré. Ce que ie te veux bien en cest endroit aussi demonstrer par l’bistoire qui s’ensuit.
Vn iour estant les Lyons du défunt Roy Henry en ceste ville aux Tour- nelles , comme plusieurs les alloient voir, il aduint qu’un d’iceux se desta- eha et ielta sa griffe sur vne fille aa- gée de douze ans ou enuiron, et l’at- terra : ce fait, engoula sa teste, et auec les dents luy fist plusieurs playes , sans toutesfois luy faire aucune frac- ture aux os. Et est vraysemblable qu’il Peust deuorée, n’euslesté que le maistre desdits Lyons luy osta d’en- tre ses griffes et gueule. Et se trouua à l’endroit vn nommé Rolland Claret, maistre Barbier Chirurgien à Paris , pour penser et medicamenter ladite fille. Et quelquesiours apres fus man- dé pour la visiter , laquelle trouuav fébricitante , auec grande tumeur et inflammation de toute la teste , en- semble d’vne espaule et du thorax , principalement aux endroits où les dents et griffes dudit Lyon auoient entré : et estoient les léures desdites playes liuides, et d’icelles sortoit ma- tière sereuse, virulente , acre et fort fœtide , et quasi intolérable à sen- tir , ainsi que d’vne charongne , de couleur noire et verdoyante : et di- soit ladite fillesentir grandes douleurs pongitiues et mordantes. Et promp- tement, voyant tels accidens, me vint en mémoire que les anciens auoient laissé par escrit que toutes picqueures et morsures de beste (voire fussent-elles faites d'hommes) estoient veneneuses, les vnes plus , les autres moins : et partant ie conclu qu’il fal- loit auoir esgard à l’impression du venin délaissé, tant par les dents que par les griffes dudit Lyon , et qu’il
4l
conuenoit appliquer choses qui eus- sent faculté et puissance d’obtundre tous venins : et partant on luy fit plusieurs scarifications auiour de ses playes, et y fut appliqué des sangsues pour tirer le venin dehors et deschar- ger les parties enflammées : et subit luy fut fait ablution d’egypliac , me- tbridat et theriaque , auec vn petit d’eau de vie , ainsi qu’il s’en suit , à sçauoir :
'if. Mithridat. g . j.
Theriacæ veter. g. ij.
Ægypt. §. fi.
Dissoluantur omnia cum aqua vitæ et cardui benedicli.
El luy en furent lauées et fomen- tées toutes ses playes. Et aux medi- camens qu’on appliquoit tant dedans ses playes que dehors, estoit mis des- dits theriaque et methridat : pareille- ment luy en fut donné par l’espace de quelques iours à boire auec con- serue de roses et buglose , dissoult dans eau de petite ozeille et char- don benist pour la corroboration du cœur, à fin qu’il ne fust infecté des vapeurs malignes. Pareillement luy fut appliqué sur la région du cœur tel epitheme :
7f. Aquæ rosarum et nenupharis ana g . iv. Aceti scillitici § j.
Corallorum et santalorum alborum et ru- brorum, rosarum rubrarum, put. spodij. ana §.j.
Milbridatij, tberiacæ ana g . ij.
Florum cordialium pulverisatorum p. ij. crocit 5. j.
Dissolue omnia simul : fiat epithema, quod superponalurcordi, cum panno coccineo aut spongia.
Et estoit cedit remede renouuellé soutient : et vous puis asseurer que dés la première fois que nous eusmes fait tels remedes,la douleur et in-
LE IIV1TIÉME LIVRE,
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flammation, auecques autres mauuais accidens, commenceront à diminuer, et depuis fut guarie: reste que plus de deux ans apres, au lieu qu’elle souloit estre grasse et en bon point, demeura fort maigre et extenuée de tous ses membres, mais à présent se porte bien.
Ori’ay bien voulu reciter telle his- toire au ieune Chirurgien , à fin qu’il tienne en mémoire que les playes fai- tes par picqueures et morseures de bestes, demandent autre cure que les autres faites par autres causes.
Or maintenant il nous faut retour- ner aux autres dispositions, comme si c’est vn coup orbe qui ait causé con- tusion sans playe : alors ayant rasé tout le poil ( ce qu'il faut tousiours faire , à fin de connoistre mieux le mal , et que les remedes puissent pa- reillement mieux profiter), pour le premier appareil on doit vser de re- percussifs , comme d’oxyrhodinum , ou tel qui s’ensuit :
if. Olei rosati § . iij.
Albumina ouorum numéro ij.
Pulueris nuciscupressi,balaust.aluminis rochæ, rosarum rubrarum ana § . j. Incorporentur simul, fiat medicamentum ad vsum dictum.
Ou au lieu d’iceluy , on peut appli- quer le cataplasme fait de farine d’or- ge, deféues et de vinaigre et huile rosat, cy dessus escrit, ou autres sem- blables : lesquels remedes se doiuent renouueller souuent. Et apres que la fluxion et douleurs sont appaisées , faut appliquer des résolutifs , à fin de résoudre les humeurs deflués à la partie. Exemple :
if. Emplastri de mucilaginibus g . ij.
Emplastri de meliloto et oxicrocci ana 5 ■ j-
Olei eamomillæ et ancti ana § . û .
Malaxenlur simul , et fiat emplastrum ad vsum dictum.
Duquel sera appliqué sur ladite partie.
Pareillement en tel cas, on peut vser de fomentation , comme de ceste-cy.
if. Vini rubri 1b. iv.
Lixiuij communis ib. ij.
Nuces cupressi contusas, numéro x. Pulueris myrtillorum g . j.
Rosarum rubrarum, absynthij, foliorum saluiæ, maioranæ, stœchados, florum eamomillæ, meliloti ana m. 6. Aluminis rochæ, radicis cypcri, calami aromatici ana g . fi .
Bulliant omnia simul, et fiat decoctio pro fotu.
Et d’icelle soit fomenté le lieu blessé auec esponges ou feutres. Icelle fo- mentation resoult et seiche le sang meurtri , comme on peut connoistre par ses ingrediens : et la faut faire longuement 1 , et apres faut essuyer et seicher tres-bien la teste auec lin- ges chauds , et appliquer dessus en- cores choses plus resoluliues , pour tousiours consumer et résoudre, com- me le Cerat , escrit par de Vigo, ap- pellé Cerotum de minio, lequel a vertu d’amolir et résoudre , et est tel :
'if. Olei eamomillæ, liliorum ana g . x.
Olei mastichis §.ij.
Pinguedinis veruecis lb . j .
Lithargyri aurei § . viij.
Minij. 5 . ij -
Vini boni cyathum vnum.
Bulliant omnia simul , baculo agitando , in primis lento igné : et in fine ignis aug- mentetur, donec acquiral colorem ni- grum vel tendentem ad nigredinem, addendo in fine cocluræ :
1 Galien au (5. de la Méthode dit que la fo- mentation longuement faite resoult plus qu’elle n’attire. — A. P.
DFS PLATES EN PARTICVLIER.
Terebinthinæ fl>. fi.
Mastichis g . ij.
Gummi elerni g . j.
Ceræ quantum sufficit ,
Et bulliant rursus vna ebullitione , et fiat emplastrum molle.
Et si par tels moyens on ne peut ré- soudre, et qu’on voit y auoir mollesse et inondation , alors faut ouurir la tumeur le plustost qu’il sera possible. Car quand la chair est enflammée et pourrie, elle altéré l’os et le rend pu- rulent, tant pour l’inflammation que pour l’acrimonie de la sanie qui tombe dessus: parquoy faut promp- tement faire appertion , et mondifier la playe par tel mondificatif.
if. Syrupi rosati, et absinthij ana § . j.
Terebinthinæ § . j.
Pulueris ireos, alocs mastichis, myrrhæ, farinai hordei, ana ^ . fi.
Ou egyptiac meslé auec apostolo- rum , parties égalés , ou pur , s’il est besoin, pour mondifier vne grande pourriture : et apres la mundification, faut vser de remedes incarnatifs, puis cicatrisatifs.
La chair aisément se régénéré en tous les endroits de la teste, fors en la partie'du front, qui est vn peu au dessus du milieu des sourcils : car en ce lieu là à peine y peut-elle croislre , de sorte que toute la vie du malade, l’vlcere y demeure : parce qu’en tel endroit il y a vne interne cauité en l’os pleine d’air, qui se rend aux os cribleux du nez , lequel air empesche la consoli- dation de ladite vlcere : et en outre , l’os y est si espais et dense , qu'il n’en peut suinter assez d’aliment pour la régénération de la chair. Adiousté que du nez et des yeux est enuoyée en l’vlcere grande quantité d’excre- mens, qui empeschentque l’vlcere ne soit menée à cicatrice, dont aduient
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que lors qu’on fait serrer le nez et la bouche du malade, et s’efforce à souf- fler, l’air sort du trou de l’vlcere en si grande quantité, qu’il peut estein- dre vne bien grosse chandelle. Ce que ie proteste auoir veu en vn quidam que i’auois trépané parce que l’os Co- ronal en cest endroit auoit esté rompu et enfoncé vn peu au dessus desdites cauités L
CHAPITRE XVI.
CVRE DES ACCIDENS QVI ADVIENNENT AV CRANE.
Or apres auoir parlé des remedes propres au cuir musculeux , selon la diuersité des dispositions d’iceluy : maintenant faut déclarer ceux du Crâne et de la Dure-mere.
Doncques si l’os est fracturé et qu’il soit besoin de le trépaner, ou l’esleuer ou ruginer : apres auoir fait section audit cuir musculeux, faut déprimer le Pericrane de contre le Crâne, ainsi qu’auons dit. Ce qui ne se peut faire sans grande douleur , pour la sensi- bilité d’iceluy et la connexion qu’il a aux membranes du cerueau par les sutures : et parlant faut bien auoir esgard à mitiger la douleur, pour eui- ter l’inflammation et autres accidens.
Doncques apres qu’on aura fait le premier appareil et esleué les angles de la playe : au second sera mis vn digestif fait de iaune d’œuf et huile rosat , auec vn peu de térébenthine : et sur l’os qu’on voudra garder sain, ne faut nullement loucher des choses humides , ensuiuant Galien qui dit
1 Ce paragraphe si neuf et si intéressant était comme perdu à la fin du chapitre xn. Voyez page 32 , note 1.
44 le hvitieme livre ,
qu’on ne doit nullement vser ans os desnués , de choses onctueuses , mais au contraire de toutes choses qui des- seiclient toute humidité superflue *. Dont faut mettre sur ledit os charpy sec, ou poudres céphaliques (lesquel- les descrirons cy apres) et garder qu’il ne soit altéré , tant de l’air que des medicamens humides.
Pareillement, apres qu’on aura tré- pané, faut auoir grande sollicitude à bien traiter la Dure-mere. Car quel- quefoisil sort grande quantité de sang de quelque vaisseau, qui pourroit estre attaché contre la seconde table : ce que i’ay veu souuent aduenir. Et tou- tesfois ne le faut subit estancher, mais le laisser fluer selon la plénitude , force et vertu du malade : car par tel moyen la fiéure et autres accidens sont moins grands : ce qui est prouué par Hippocrates , qui dit qu’il est ne- cessaire laisser fluer le sang aux playes recentes, excepté au ventre : car par tel moyen elles seront moins moles- tées de douleur, inflammation et d’au- tres accidens. Et les vieilles (dit-il) on les doit faire souuent saigner, à raison que par tel moyen on descharge la partie des humeurs contenues en icelle 1 2. Or donc apres en auoir laissé fluer assez , sera arresté auecques ce remede escrit de Galien :
if. Put. aloës 3. ij.
Thur. mast. ana 3. G .
Albumina ouorum, numéro ij.
Agilcntur simul cum pilis leporis minutim incisis, üat medicameulum 3.
Et apres que le flux sera estanché, pour seder la douleur, sera appliqué dessus ladite Dure-mere sang de pi-
1 Galien, G. liu. delà Méthode. — A. P.
2 Hipp.au liu. des vlceres, et Gai. au liu. 4 de la Méthode. — A. P.
3 Galien au 6. de lu Méthode. — A. P.
geon recentement tiré de dessous l'aile : puis de ceste poudre qui s’en- suit :
"if. Aloës, thuris, myrrhæ, sanguinis draco- nis ana 3. j.
Misce, fiat puluis subtilis.
Et l’on pourra aussi faire vne em- brocation d'oxyrhodinum , ou autre repercussif, comme le cataplasme fait de farines, de vinaigre et huile rosat, pour adoucir et appaiser la douleur et euiter inflammation iusques au qua- trième iour : puis on pourra seure- ment vser du Cerat de Vigo, lequel me semble estre fort propre pour les os du Crâne fracturé, pource qu’il attire la matière du profond à la superficie , resoult et deseiche modérément : et à cause de son odeur, resiouist l’esprit animal, robore lecerueauet les mem- branes Ce faisant appaise la douleur, comme on le pourra connoistre par les ingrediens qui entrent en sa com- position , qui est telle :
'if.. Olei rosati omphacini, résina; pini, gum- mi elemi. ana g . ij.
Mastich. g.j. G.
Pinguedinis arietis. g. ij. G.
Foliorum betonicæ, matrisyluæ, anttaos ana manip.j.
Ammoniaci g. G.
Granorum tinctorum 3. 1.
Liquéfiât pinguedo, et trituranda trituren- tur,et liquefacsimul ammoniacum cum aceto scillilico : deinde buliiarit omnia simul inffi.ij-Vini boni, lento igné vsque ad consumptionem vini , deinde exprimanlur : cum expressione addantur
Terebinthinæ Venetæ g . iiij.
Ceræ alba; quantum suflicit.
Fiat cerotum molle.
Desquels remedes sera vsé selon la nécessité : ce qui est enioint d’Hippo- crates,et en la Méthode de Galien, qui
DES PLAYES ÈjV
commandent tousiours indications contraires.
Pareillement faudra frotter toute la nueqiie du col et l’espine du malade de ce Uniment , lequel a grande faculté d’adoucir les nerfs pour empescher le spasme : comme pourras connois- tre aussi par les ingrediens qui s’en- suiuent :
Rutæ, marrubij, rorismarini, ebulorum, saluiæ, herbæ paralysis, ana. m. G.
Kadicis ireos, cyperi, baccarum lauri , ana g ■ j.
Florum chamæmeli, meliloti, hypcrico- nis, ana m. j.
Pistentur et inacerentur omnia in vino albo pernoctem : deinde coquantur in vase duplici cum
Olco lunibvicorum , liliorum, et de tere- bintbina , axungiæ anscris et bunia. ana § . ij.
Vsque ad consumptionem vini : postea co- lentur, et in colatura adde
Teiebinthinæ Venetæ § . iij.
Aquæ vitæ § . G .
Ceræ quantum sunicit.
Fiat linimentum secundum artem.
Mais la douleur estant appaisée , faut désister de toutes choses onc- tueuses , de peur qu’elles ne rendent la playe sordide et maligne, et que les parties proches ne se pourrissent, et par conséquent la Dure-mere et l’os: pource que les parties ne seroient gardées par leurs semblables, ce qui se doit faire par remedes desiccatifs. Parquoy ne faut aux playes et frac- turesde la teste vser de remedes oléa- gineux, humides et suppuratifs : si ce n’est pour mitiger la douleur et sup- purer en cas de nécessité : car (comme dit Galien) il faut laisser souuenlesfois la propre cure pour subuenir aux ac- cideus1.
PARTICVLIEG. 45
D’auantage , Hippocrates ne veut qu’aux fractures du Crâne y soit fait fomentation de vin , ou bien peu 1 : et ce bien peu , interprété Vidus Vidius, si ce n’est quand on craint inflamma- tion : pource que la fomentation de vin a faculté de reprimer, refroidir et seicher (supplé que ledit vin soit noir et rude). Et combien que ledit vin ail faculté et vertu desiccatiue , tou- tesfois actuellement humecte. Ce qui est grandement contraire aux playes de la leste , et principalement si l’os est decouuert : en sorte qu’il y au- roit danger par la réfrigération du vin , qu’il feroit au cerueau , qu’il ne suruint spasme ou autre mau- uais accident. Et partant ne faut vser de choses froides et humides, si ce n’est, comme auons dit , pour repri- mer l’inflammation et appaiser la dou- leur causée par ladite inflammation : mais seront appliquées sur les os dé- nués poudres catagmatiques et cépha- liques , ainsi appellées des anciens Grecs, parce qu’elles sont propres aux fractures des os de la teste et autres : à cause que par leur siccité consom- ment l’humeur superflu , et en ce fai- sant aident à Nature à séparer les- dils os, et engendrer chair dessus.
Et sont lesdites poudres telles :
Thus, radix ireos Florentiæ, farina hordei , eterui, pulu. aloes hepaticæ, sanguis draconis, mast. myrrha, radix aristolo- chiæ, gentianæ, erucæ.
Et generalement tous simples qui sont desiccatifs , abstersifs sans éro- sion. Lesquels seront appliqués apres que ia douleur, inflammation et apos- teme seront passés: mais alors qu’on voudra mondiûer les membranes et faire séparer et incarner et couurir les
1 Gai. au 4. de la Méthode. — A. P.
1 Hipp. de vul. cap . — A. P.
LE HV1T1ÉME LIVRE,
46
os , en convient vser en les diuersi- fiant selon la température et habitude du corps, et des accklens qui seront trouués ausdites fractures : ayant en considération que l’os porte plus forts reuiedes , et veut aussi plus estre de- seiché que le Pericrane et Dure-mere, d’autant qu’il est plus sec et non sen- sible. Et pour ceste raison, lors qu’on appliquera lesdites poudres cépha- liques aux membranes, seront mes- lées auec miel, ou syrop rosat, ou d’absynthe, ou leurs semblables , à fin de les rendre moins desiccatiues et acres.
CHAPITRE XVII.
DES ACCIDENTS QVI ADVIENNENT A LA DVRE-MEItE.
Si par fortune la Dure-mere est in- cisée ou escorchée, pour l’agglutiner, Hippocrates commande y appliquer succurn nepetœ , meslé auec farine d’orge. En lieu d'iceluy remede, on peut vser de ceste poudre' qui a pa- reille faculté
Colophoniæ 5. iij.
Myrrhæ, aloes, mast. sang. dra. ana 3- j-
Croci , sarcocollæ ana 3. 6 .
Misceantur, et fiat puluis subtilis.
Et pour expurger le sang ou la sa- nie qui est ou peut estre en tre le Crâne et la Dure-mere, faut mettre vne tente de linge délié en quatre ou cinq dou- bles, trempé en syrop rosat et d’ab- synthe , auec vn peu d’eau de vie , entre le Crâne et la Dure-mere, à fin d’abaisser la Dure - mere de peur qu’elle ne touche au Crâne : pour donner issue au sang et à la sanie, qui peuuent estre tombés entre l’os et la- dite Dure-mere: et aussi pour défen-
dre que, par la pulsation du cerueau, la Dure-mere ne frappe contre les bords du circuit de l’aspérité de l’os qu’aura coupé la trépané. Et à cha- cune fois que le patient sera habillé , on mettra vne autre tente semblable, iusques à ce que la mondification soit faite. Mesme le Chirurgien, cha- cune fois qu’il habillera le patient , comprimera la Dure-mere auec vn tel instrument : et luy faut faire clorre le nez et la bouche, et qu’il souffle et expire , à fin que par tel moyen il ex- purge la sanie qui est entre l’os et la Dure-mere.
Ledit instrument, duquel sera com- primée ladite Dure-mere , doit estre rond, large, poly, et vni en son extré- mité, comme cestuy-cy.
Instrument propre pour presser et baisser la
Dure-mere en bas, à fin de donner issue à
la sanie.
Et par dessus la susdite poudre , soit mise sur la Dure-mere une es- ponge trempée et espreinte en vne décoction , laquelle ait faculté desic-
UES PLAIES EN PAKTiCVLIEIi.
catiue , roboratiue , faile de choses aromatiques propres à la leste, comme il s’ensuit.
3c. Foliorum saluiæ , maioranæ, betonicæ, rosarum rubrarum, absinthij et myrtil- lorum , floruin chamæm. meliloti, stœ- chados vtriusque, ana ni. fi.
Radicis cyperi, calami aromatici, ireos, caryophyllatæ, angelicæ ana § . fi . Rulliant omnia secundum artem, cum aqua fabroruin, et vino rubro : fiat decoctio ad vsum dictum.
Et en lieu d’icelle on pourra vser de vin clairet auec portion d’eau de vie: à tin que ladite esponge attire et seiche la sanie et autres humidités. Icelle esponge sera plus propre qu’un linge ou autre chose , pource que d’elle-mesme elle attire la sanie , et aussi qu’elle obeïst par sa mollesse à la pulsation du cerueau.
Et par dessus toute la playe et par- ties proches, sera appliqué vn emplas- tre faict de Diachalciteos liquéfié auec vinaigre ou vin et huile rosat , à fin qu’iceluy emplaslre soit rendu moins chaud et plus mol. Car (comme dit Hippocrates 1 ) on 11e doit mettre au- cune chose dure et fort pesante sur les playes de la teste, ny faire ligature fort serrée, de peur d’induire douleur et inflammation : ce qui est aussi re- cité par Galien 2, qu’vn Apothicaire auoit bandé et lié si fort la teste à quelqu’vn , qui auoit douleur cau- sée d'inflammation, qu’il fut cause de luy faire sortir les yeux hors la teste , à raison que telle ligature com- primoit les sutures, en sorte que les vapeurs fuligineux qui s’exhalent tant par lesdites sutures que par les po- rosités du Crâne , ne se pouuoient exhaler par icelles : et aussi que par
* Hipp. au liu. des playes de a leste. — A. P.
1 Gai. au liu. de la man. de bander. — .P.
47
telle compression, les arteres ne pou- uoient auoir leur mouuement pulsa- tif. Pour ces causes, la douleur et in- flammation fut si grandement aug- mentée, que les yeux luy creuerent et sortirent hors la teste *. Par ainsi à bon droit Hippocrates defend couurir et lier par trop les playes de la teste.
En quoy tu retiendras en mémoire que les emplastres que tu appliqueras sur la teste , seront de consistencc molle : et les compresses pareillement seront faites de linge mol et subtil , ou de coton , ou de laine , ou d’es- touppes : et sera la teste ( comme auonsdit) peu serrée et pressée. Et apres que le malade aura esté habillé, si la playe iette beaucoup , le faudra faire situer sur la playe , s’il est pos- sible, et qu’il estouppe par fois le nez et la bouche , et qu’il expire , pour faire esleuer et enfler le cerueau : à fin que par tel moyen la sanie con- tenue au dedans soit expellée, de peur qu’elle n’acquiere acrimonie et autre mauuaise qualité. Autrement il fau- dra gratifier le malade de se tenir et situer en la façon qui luy sera plus aisée et qui luy viendra mieux à plai- sir. On pourra mettre aussi entre le Crâne et la Dure-mere huile de téré- benthine et vn peu d’eau de vie auec aloës et saffran subtilement pulue- risé , pour mondifier et desseicher la sanie.
1 L’édition de 1561 ajoute l’histoire sui- vante, retranchée dans toutes les autres :
« Ce que véritablement puis attester auoir veu aduenirà la sœur de feu Loys de Bailly, marchant drappier demeurant sur le pont Saint-Michel à Paris, laquelle eust vne si extreme douleur et inflammation à la teste, que ses yeux lui sorloient, et creuerent en ina prcsence : non par ligature, mais par vne extreme inflammation des membranes.» Fol. 175.
48
LE HVITIÉME LIVRE ,
Autre pour mesme effet, if. Mell. ros. g . ij.
Far. hor. pul. aloës, mast. et ireos Flo- ren. ana 5. G.
Aquæ vitæ parum.
lncorporentursimul, fiat munditicatiuuin ad vsum dictum.
Or quelquesfois se fait inflamma- tion, apres la trépanation, à la Dure- mere, laquelle se leue et sort grande- ment par le trou qu’on aura trépané, au dessus du Crâne , dont plusieurs mauuais accidens s’ensuiuent1. Mais pour obuier à la mort, faut faire plus grande ouuerture au Crâne, auecques nos tenailles capitales incisiues , à fin de donner plus grande transpiration oueuacuation aux matières contenues sous le Crâne : et alors sera reïlerée la saignée ou purgation : ensemble con- uient ordonner vne diete tenue au patient, et tout par le conseil du docte Médecin : et appliquer remedes con- trarians à 1 inflammation , qui se fe- ront auec fomentation d’vne décoc- tion faite d’eau , en laquelle on fera bouillir :
Seminis fini, altheæ, fcenugræci, psillij, rosarum rubrarum, ana g.j,
Solani, plantaginis ana m.j.
Ou autres remedes propres à tels accidens : et instiller remedes anodyns et repercussifs dans les oreilles. Et si elle est grandement esleuée , pour la baisser et resserrer on y doit appli- quer de la farine de lentille ou feuilles de vigne broyées auecques graisse d'oye, ou autres semblables remedes. El si on voit qu’icelle tumeur ne se résolue, et que l’on eust soupçon qu’il y eust de la boue au dessous, alors on doit faire incision à la Dure-mere , auec vne lancette ou auec vne bis-
‘ Paul. Ægin., liu. 6, chap. 90. — A. P.
torie1, tournant sa pointe vers le ciel, de peur de toucher la substance du cerueau : et par tel moyen on don- nera issue à ladite boue. Ce que i’ay fait , et autres Chirurgiens , dont au- cuns sont reschappés , autres sont morts. Partant il vaut mieux tenter vn remede grand et extreme , ayant encore quelque esperance , plutost que de laisser mourir le patient sans essayer aucune chose.
CHAPITRE XVIII.
POVROVOY C’EST OVE LA DVRE-MERE SE NOIRCIT.
Il aduient aussi que la Dure-mere est noire par la contusion et vehe- mence du coup , et sang respandu et coagulé dessus , ou par alteration d’air froid , ou par application de re- medes non propres à sa substance et tempérament , ou par putréfaction. Parquoy il faut bien que le Chirur- gien ait esgard à corriger tels vices.
Doncques pour oster la noirceur faite par contusion , il faut appliquer olcum devilellis ouorum, auecques vn peu d’eau de vie, et saffran, et racine d’ireos de Florence subtilement pul- uerisée. Aussi faut faire fomentations de choses resolutiues et aromatiques, lesquelles seront bouillies en eau et en vin. Pareillement sera appliqué le Cerat de Vigo , que nous auons es- crit par cy deuant. Et si c’est par sang congelé et espandu dessus la Dure-mere, sera osté auecques tel re- mede :
i ici l'édition de 1561 donnait des figures de lancettes et de bistouris, reportées depuis au livre des Opérations, chap. 67 et 68 , et au livre des Tumeurs en particulier, chap. vm.
DES PLAYES EjY PART1CVLIEK.
49
2f. Aquæ vit® g . i.j.
Granæ finissim® subtilitei* triturât® 3. ij. fi.
Croci 3 . j .
IWcIlis rosati 5 . j. fi.
Sarcocollæ 3. iij.
Bulliant omnia simul parum, et colenlur :
Et soit appliqué dessus iusques à ce que la noirceur soit ostée. Et si c’est par l’alteration de l’air, sera appliqué tel remede :
if. Terebinlhinæ Venetæ § . iij.
Alellis rosati 5 . ij.
Vilellum vnius oui, farina; hordei 5. iij. Croei 3 . j .
Sarcocollæ 3. ij.
Aquæ vit® 5 iij.
Incorporentur simul, et bulliant paululum :
Et en soit appliqué sur la Dure inere iusques à ce que la noirceur et sa tem- pérature soit rectifiée,
Si c’est par application de remedes induement appliqués , il y faut met- tre d’autres contrarians. Comme si la noirceur vient par l’indue application des choses trop humides , seront ap- pliqués remedes desiccatifs , comme sont les poudres catagmatiques et cé- phaliques Si c’est par remedes acres, soient appliqués remedes doux et fa- miliers. Or si la noirceur vient à pu- tréfaction , de Vigo lotie tel remede :
2C. Aquæ vit® , § . ij.
Mollis rosati § . fi .
Et si par tel moyen la putréfaction 11e peut eslre ostée , sera appliqué re- nie de plus fort, comme cestuy :
Æijypliac pour osier la putréfaction.
2£. Aquæ vit® § . iij.
Mellis rosati 3 . j.
Pulueris mercurij. 3. ij.
Et uniea ebullilione adinuicem bulliant : misce ad vsum dictum.
si litre.
Aquæ vit® g . j. fi .
Syrupi absinthij, et mellis rosati ana 5. ij.
Vnguenti Ægyptiaci 3. ij. fi.
Sarcocollæ, myrrhæ, aloës, ana 5 j.
Vini albi boni et odoriferi g . j.
Bulliant omnia simul parum : deinde colcn-
tur ad vsum dictum.
Outre-plus si la putréfaction estoit si grande qu’elle ne peust estre ostée par les remedes que nous auons ià dit, sera appliqué egyptiac pur , fait en eau de plantain en lieu de vinaigre , ou poudre de mercure toute seule , ou meslée auec un peu d’alum. Et ne faut craindre appliquer tels remedes sur la D ure-mere, lors qu elle est pu- tréfiée : à cause qu'aux grandes ma- ladies il faut vser de forts remedes1. Ioint que comme monstre Galien à la fin du 6. de la Méthode , la Dure-mere peut de sa nature porter tels medica- mens forts desseichans , pour deux raisons : la première , que les corps secs et durs , quels sont les membra- nes, ne sont altérés que par medica- mens forts : l'autre, que le principal soin du Médecin doit tousiours eslre de garder la température de la partie par medicamens de semblable qua- lité. Que si le conduit de l’oüye, no- nobstant qu’il pénétré et touche ius- ques à la Dure-mere , et reçoiue le nerf qui luy vient du cerueau , porte et requiert medicamens de telle qua- lité: à plus forte raison les pourra porter la Dure-mere.
Et si par tels moyens la putréfac- tion 11e cesse, et que la tumeur fust si grande, que la Dure-mere sorlisthors du Crâne, sans aucunement soy mou- uoir , et qu’elle fust noire et aride , et
1 Hipp., aph. 6, lin. 1. — A. P. — Le reste de ce paragraphe manque dans l’édition de 1561.
il.
4
LE HV1TIEME LIVRE
les yeu\ du patient rouges et enflam- mes, sorlans comme hors la teste , sa veuë non asseurée , auec inquiétude et phrenesie , si tels accidens ne ces- sent bien lost , fais prognostique que le patient en bref mourra, pource que la Dure-mere est gangrenée et la cha- leur naturelle esteinlc. Au contraire, si la Dure-mere a sa couleur naturelle, et qu’elle ait son mouuement assez libre , la playe non aride et la sanie louable, et que le patient soit peu fé- bricitant, aye bon espoir qu’il gué- rira : ce qu’auons dit par cy deuant.
CHAPITRE XIX.
I'OVRQVOY ON TREPANE AVX FRACTVRES DV CRANE.
Or à présent conuient au ieune Chi- rurgien sçauoir la raison pourquoy ou trépané les fractures des os de la teste , et non des autres parties de noslre corps.
Ce qui se fait pour quatre causes : la première , pour esleuer les os et oster les esclats, fragmens et esquilles fracturées , qui compriment ou pic- quent les membranes , et quelquesfois la substance du cerueau. Seconde- ment , à fin qu’on puisse vacuer , de- terger et seicher le sang ou la sanie , qui sont ja tombés par la fracture, pour la ruption des vaisseaux semés entre les deux tables (dit Diploé), ou de ceux qui attachent la Dure-mere auecquesle Crâne, quipourroit pour- rir l’os, et les membranes et mesme le cerueau. Tiercement, pour appliquer remedes conuenables à la playe et fracture , selon qu’il est necessaire. Quarlement , pour suppléer à la li- gature repercussiue et defensiue de
lluxion et inflammation , laquelle si elle pouuoit y eslre accommodée , comme és autres membres , expelle- roit et prohiberoil les superlluilés du lieu affecté1.
1 L’édilion de 1561 ne distingue pas ces quatre causes; te paragraphe qu’on vient de lire est remplacé par celui-ci :
« le dis que c’est à cause que les supcrfl niiez ne peuuent estre expellees ny prohibées du lieu afl'eclé et des parties voisines par liga- tures, comme és autres membres: parquoy conuient au Chirurgien desnuer le crâne et ouurir la fracture : à celle tin qu’on puisse vacuer, detergerelseicherle sang ou la sanie qui pnurroit tomber sur les membres. Et si ne confluoit ou decouloit par fes fractures du crâne quelque superfluité aux parties in- ternes, ce seroit chose superflue au Chirur- gien d’exciser ou trépaner l’os : mais il n’est possible. Qui est souucnt cause que lesmem- branes se putréfient, et mesme la substance du cerueau ; parquoy donc il est necessaire d’ouurir le crâne par trépané ou autres in- struments, tant pour donner issue et éva- cuer les superfluilez , que pour esleuer les os qui compriment ou picquent les membra- nes , et quelquefois la substance du cerueau, ou pour autres causes qu’auons par cy-de- uant declarces. » fol. 180.
Nous voici arrivés aux indications du tré- pan , et il est essentiel de nous y arrêter quelques instants. On voit comment A. Paré ayant ébauché sa doclrine en 1561 , l’a com- plétée un peu plus tard; et le lecteur est à même déjuger de la valeur des raisons qu’il apporte à l’appui. Je n’en dirai rien de plus, sinon pour faire remarquer combien elle est éloignée de la doctrine de J.-L. Petit et de l’Académie de chirurgie, ce qui enlève à celle dernière l’argument banal de l’expé- rience des siècles. Or la doclrine de Paré, en partie puisée dans la tradition, en partie dans l’imagination de l’auteur, ne saurait non plus se prévaloir de sa haute antiquité, ni même d’une admission universelle.
Déjà il y avaiteu à cet égard dissentiment entre Lanfranc et les autres chirurgiens antérieurs à Guy de Chauliac; après Guy,
DES PLAYES EN PARTICVLIEB.
Or pourquoy les ligatures qui sont propres aux fractures des autres par- ties de nostre corps ne sont vtiles et
les opinions ne furent pas moins partagées.
Nicolas de Florence n’admettait que deux cas où l’on dût trépaner; premièrement, dans une fracture comminulive , pour enlever les c quilles; secondement , dans la fissure capillaire, afin d’ouvrir un passage à la ma- tière qu’il supposait devoir s’amasser par- dessous, et qui n’aurait pas trouvé une issue suffisante. Il y mettait encore cette restric- tion, qu'il ne fallait opérer qu’en cas de né- cessite démontrée.
Pierre d’Argelata est plus hardi ; il adopte la doctrine de Lanfranc, en conséquence il ne trépane que dans ces deux cas: enfon- cement de l’os , piqûre du cerveau et de ses membranes par les esquilles. Il s’écarte par là essentiellement de Guy de Chauliac qu’il ne nomme pas , de Galien , de Paul et d’Avi- cenne qu’il nomme ; et abordant directement la question de la fissure capillaire, il faut •savoir, dit-il, qu'elle peut guérir sans abla- tion de l'os, cotnme l’expérience le montre , comme je l’ai vu ; alors il suffit de pourvoir à l’incarnation de l’os, à l’aide de topiques convenables ou de la rugine ; et j’en ai fait l’expérience, ajoute-t-il, dans les petites fissu- res déterminées par un cltoc et accompagnées de contusion. Lib. I. Tract, vu. cap. 3 et 5.
Bérenger de Carpi ne parait pas si bien inspiré sur celte question que sur plusieurs autres; il adopte le sentiment de Nicolas , tout en citant des faits qui auraient pu le mener à une conclusion différente. Voici comme il expose sa doctrine.
Quand il y a des esquilles qui piquent ou compriment les membranes, il faut opérer dans la première heure ou peu après.
S’il y a une fissure capillaire , quand mô- me il n’apparaitrait encore aucun accident fâcheux, si le sujet est cacochymeet ne veut pas se soumettre au régime, il est essentiel d’opérer; et le plus tôt est le mieux. Si le sujet est fort et obéissantau médecin , il faut attendre les accidents, qui viennent en hiver d’ordinaire le quatorzième jour, en été avant le septième.
Les deux principales causes qui nécessi-
5 I
commodes à celles du Crâne , c’est à cause que la figure de la (este est ron- de, laquelle ne se peut bien comrao-
tent le trépan sont la présence d’esquilles et de corps étrangers, et l’amas de pus qui a besoin d’une libre issue.
Dans le premier cas , si les esquilles ou les corps étrangers causent des accidents par leur piqûre, il faut opérer immédiatement. S’il n’y a pas de piqûre, les uns attendent trois jours , les autres plus. A la vérité, il n’est pas autant besoin de se hâter; mais si la perforation est manifeste et si la plaie est telle que le pus doive s’amasser sous l’os, et que celui-ci ne lui offre pas une issue li- bre, il ne faut pas attendre au-delà du deuxième ou di^troisième jour.
Si l’on n’est pas bien certain de la forma- tion du pus, on pourra attendre jusqu’au septième jour en été, au quatorzième enhy- ver, et même plus tard, jusqu’à ce que lepus se révéle par les accidens qu’il développera. Alors en effet la dure-mère sera séparée du crâne ; condition sans laquelle il ne faudrait pas trépaner. Du reste dès que le médecin est arrivé à savoir que l’opération est néces- saire, le plus tôt est le mieux, sans attendre ni les accidents ni les jours indiqués.
« Remarque cependant, lecteur, que quel- quefois les accidents signalés arrivent, et qu’on ne fait pas l’opération, et que le malade n’en guéritpas moins. J’en ai vu un cassans le vou- loir. Je traitais, quasi malgré moi, à Bolo- gne, un certain Martin, messager des lettres, qui avait reçu sur la tête un coup d’une épée assez mal tranchante. 11 avait au crâne une fracture presque capillaire, plus grande toutefois et pénétrant jusqu’à la dure-mère , sans lésion de celle-ci. Vers le dixième jour, les accidents m’ayant démontré que la dure- mère était décollée, je voulus inciser l’os et agrandir la blessure, mais le blessé n’y vou- lut jamais consentir. Alors je piocédai avec des attractifs , et toujours il sortait du pus par celle fente en quantité notable quand je lui faisais faire des efforts d’expiration; toujours cependant il garda de la fièvre, des frissons, des inquiétudes, presque jusqu’au cinquantième jour. Enfin la nature sépara toute l’épaisseur de l’os, de la dure-mère à
LE HVITIKME LIVliE,
dement serrer et lier, tant pour tenir les os fracturés en leur lieu naturel , que pour exprimer et renuoyer le
la surface , dans l’étendue d'une petite hos- tie. La dure-mère apparut alors déjà cou- verte de chair, et le malade guérit. Il est vrai qu’il était jeune et d’une forte com- plexion.
* J’ai rapporté ce fait pour montrer ceque peut la nature quand on ne suit pas un Irai- tementrégulier; et j’en ai vu également d’au- tres exemples aussi heureux. »
Et enfin un peu plus loin il ajoute :
« On peut juger par tout ce qui a été dit que le temps d’opérer peut être bien connu. Je dis cependant avec Nicolas qu’il ne faut trépaner que quand la nécessité y oblige, car beaucoup ont été guéris sans trépanation , avec les remèdes convenables, que le mé- decin ne pensait pas pouvoir ainsi guérir; et je l’ai vérifié plus d’une fois, comme bien d’autres praticiens. » Fol. 82.
Enfin une doctrine plus complète et mieux raisonnée, bien que toujours empreinte des préjugés de l’époque, était professée par Fallope, et le passage où il en est question mérite d’être reproduit en entier.
« L’indication de trépaner se tire de ce qui est contenu dans le crâne et qui cher- che une issue; toutes les fois donc que dans la cavité crânienne il y aura quelque corps étranger, toujours il faudra diviser les os. Ces corps étrangers sont : 1° un fragment de l’instrument vulnérant, d’une flèche, d’un poignard, d'une pierre; et je n’aurais lias cru , si je ne l’avais vu , que la pointe d’une lance pût s'y briser : la pointe d’un es- ponton s’est rompue , il n’y a pas un an, dansla tête d’un individu de Padouc; quel- quefois enfin j’ai extrait des fragmens de pierres; voilà le premier cas; 2, , du pus (<x«p)> quand, après avoir mis l’os à nu, nous avons des indices qu’il s’amasse dans le crâne; 3o une esquille d’os détachée et qui pique la dure-mère; il faut dans ce cas en faire l’extraction; 4° un grand fragment d’os en- foncé , qui aura contus la dure-mèreetaura amené la stupeur par suite de la compres- sion du cerveau; alors il faut découvrir la dure-mère et relever l'os. Mais comment
sang loin delà partie vulnerée etfrar-
I ti nie, et aussi pou r empescher qu’il ne se face nouuelle fluxion : ce qui est im-
saurez-vous si la dure-mère est comprimée ou non? S’il survient subitement du vomis- sement et du délire; si le délire se déclare et que vous voyiez une dépression , la dure- mère souffre. Enfin vous devez savoir qu’il arrive quelquefois , dans les fractures du crâne , une indication spéciale de trépaner pour laisser s’écouler la matière. Dans ce cas, quand vous voyez une fissure qui vous cause des craintes, il ne faut pas tout d’a- bord en venir au trépan; que faire donc?
II faut en toute fracture rechercher si elle pénétre à l’intérieur ou non ; si elle ne péné- trait pas, il ne serait pas besoin de trépaner; car la trépanation est une opération mor- telle. C’est pourquoi , avant d’y recourir, prenez soin de ruginer l’os, et d arriver ainsi jusqu’au diploé, et enfin jusqu'à la table inter- ne; si en ctfct la table externe seule est frac- turée, il n’y a nul danger. N’allez donc pas ouvrir le crâne à moins de piqûre ou de pression; s’il n’y a qu’une fissure ou une marque, il faut essayer d’abord de la rugina- tion de l’os. » Op.omnia, p. C48.
Il est remarquable qu’en tout ceci il ne s’agit nullement des accidents produits par l’épanchement du sang sans fracture. On voit bien que Paré a songé à cet épanche- ment dans les cas de fracture; mais alors meme il lui fait jouer un rôle fort différent de celui qu’il a obtenu dans les théories modernes; et s’il veut qu’on l’évacue, c’est seulement parce qu’il pourroil pourrir l'os et les membranes et mesme le cerneau. J'ai cru un moment trouver cette lacune remplie, et c’était encore dans le livre de Bérenger, si sou- vent cité. Dans une sorte de résumé qui ter- mine l’ouvrage, il parle de la rupture des vaisseaux sans fracture, dans la dure-mère , et entre la dure-mère et la pie-mère. Le pre- mier cas peut rendre la trépanation néces- saire, mais on n’est averti de l’épanche- ment que par les accidents (pii résultent du décollement de la dure-mère ; dans le second cas la guérison est impossible, à moins que la nature n’évacue l’humeur par les narines ou par une autre voie; et dans les deux cas
DES PLATES EN PAHTICVLIER.
possible de faire à la teste tantà cause de sa figure, qui ne peut permettre telleligature,que pourceque les vais- seaux, àscauoir veines et arteres qui sont au dessous du Crâne ,ne peuuent estre serrées pour exprimer et ren- uoyer le sang, ains seulement les ex- térieurs , ce qui causeroit douleur et inflammation : d'autant que telle li- gature empescheroil par sa compres- sion le mouuemenl des arteres : pa- reillemen t arresteroi t l’eua cua lion des excremens fuligineux , qui s’euapo- rent par les commissures du test , à cause qu’elles seroient trop serrées : pareillement renuoieroit le sang du lieu blessé aux membranes et au cer- neau (comme nous auons prédit) , et seroit-on cause d’induire douleur, chaleur, fleure, aposteme, apoplexie, spasme, paralysie , et par conséquent la mort. Et partant pour euiter tels accidens, nous conuient faire ouuer- ture au Crâne, lors qu’il est fracturé ou contus , ce qu’il n’est besoin aux autres parties.
Et auparauant que l’on applique la trépané, faut bien serrer le patient, et luy mettre sous la teste quelque drap plié en plusieurs doubles , et presser sur le cheuet ou trauersin , à fin que lors qu’on fera l’operation , que la teste du patient n’enfonce sur la plume, mais qu elle soit stable, sans qu’elle tourne de costé ne d’autre, ny qu’elle enfonce, si ce n’est par le com- mandement du Chirurgien qui tre-
le danger vient de ce que le sang se tourne en sanie. — Il y a ici une réflexion qui n’é- chappera à personne : les symptômes de la compression par l’épanchement , si bien mis en relief par la théorie moderne, avaient donc échappé à l’observation de tous les chi- rurgiens antérieurs.
pane. Auec cela, luy faut bien esloup- per les oreilles de coton : à fin d’ob- tondre le bruit de la Trépané ou au très instrumens capitaux. Et auparauant que d’appliquer la Trépané , on doit commencer à percer l’os auec vn in- strument , lequel aura sa pointe de figure triangle, à fin qu’il entre mieux et plus subit, et n’aura sa pointe non plus grosse que le clou de la Trépané, à fin qu’elle ne vacille de costé ny d’autre. La figure est presque sem- blable à vn Foret, horsmis la pointe, comme tu vois par ce portrait.
Foret pour commencer à ouurir le crâne.
A Te monstre le manche.
BB Les pointes qui s’insèrent dans le man- che par vue viz.
Maintenant faut descrire les Tré- panés.
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LE IIVITIÉME LIVRE,
CHAPITRE XX.
DESCRIPTION DES TREPANES.
Trepanps sont scies rondes, qui cou- pent Foscirculairement plus ou moins, selon qu’elles peuuent eslre grandes ou petites : lesquelles doiuent auoir vn clou aigu, ou po'nle, au milieu de leur circuit , et qui passe vn petit ou- tre les dents de la Trépané : à fin qu’en trépanant soit stable et ne va- cille de costé ou d’autre iusques à ce qu’ellesaient fait leur circuit, et coupé pour le moins la première table ou enuiron. Adonc faut oster ledit clou , de peur qu’il ne touche (l’os .estant coupé ) la Dure-mere. Puis s’il est be- soin , soit continuée la perforation entière des deux tables.
D’auantage, faut qu’autour de la trépané y ail vn chaperon, à fin qu’elle ne puisse passer et couper l’os plus qu’on ne voudra: de peur aussi qu’en trépanant, onnel’enfonce sur la Dure- mere. Pareillement on doit vn peu huiler ladite trépané, à celle fin qu’elle coule mieux et plus doucement. Ce qui est conneu par les artisans, qui frottent leurs scies de choses oléagi- neuses , à celle fin quelles entrent mieux.
Semblablement fautsouuent en tré- panant leuer la trépané et la tremper en eau froide , à celle fin qu’elle n’es- chauffe trop l’os1, car toutes choses solides qui tournent auec vehemence s’eschauffenl: et par ainsi la trépané tournant en l’os s’eschaufl'e , et 1 os semblablement aussi s’eschauffe et desseiche, et par conséquent s’ altéré :
1 Hipp. de vul. cap. — A. P.
dont s’en pourroit séparer d’auantage apres ia trépanation.
Et ici ne faut ignorer que tousiours Nature iette vne ex foliation d’os où la trépané aura fait son circuit et aura touché, et aussi vne petite escaille de la superficie qui aura esté descouuerte et que l’air aura touché. Et pour ai- der à Nature à faire ladite exfoliation, on appliquera dessus poudre d’eruca, autrement dite roquette , bryonia , concombre sauuage , aristolochia et autres qui seront déclarées cy apres. Et alors qu’elles seront séparées, l’on appliquera cesle poudre , laquelle a faculté d’augmenter la chair sur l’os et l’endurcir.
if. Pulncris ireos illyricæ, aloës, mannæ, thuns, myrrhæ, arislolochiæ , ana 3. j.
Puis apres la génération de chair, soit faite cicatrice auec poudre d’es- corce de grenades bruslées et alun», cuit. Et ne doit le Chirurgien tirer lesdiles escailles et os par violence : mais faut attendre que Nature ait basti vne chair dessous et qu’elle iette l’os de soy-mesme : ou autrement se feroit nouuelle alteration et corrup- tion dudit os*. Ce qui sera cy apres plus amplement déclaré aux Caries des os.
Celuy qui (repane doit considérer que la figure de la teste est ronde, pareillement sa trépané , et par ainsi ne peut couper l’os egalement , com- me si c’estoit sur \n lieu plat .- aussi que l’os n’est pas tout d’vnemesme es- paisseur : et p triant faut qu’il regarde souucnt s’il coupe l'os plus d’vn coslé que d’autre, qui se fera en prenant garde souuent au circuit qu’aura fait
i Crunde annotation pour le ieune Chirur- gien. — A. P.
DES PLAYES EN PARTICVLIER.
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sa trépané, anec vne espingle ou chose semblable. Et où il sera trouué est re coupé plus d vn costé que d’au- tre , faut décliner et presser la Tré- pané sur iceluy qui sera moins coupé et plusespais.
Or quant à la Trépané, plusieurs en ont innouéà leur plaisir, de sorte que maintenant on en trouue de plusieurs et diuerses façons ; mais ie te puis bien asseurer que ceste cy qui est par moy inuentée, est plus seure que nulle au- tre (au moins quei’aye conneu) pour- ce qu elle ne peut aucunement en- foncer dedans le Crâne , et par con- séquent blesser les membranes et le cerueau , à raison d’vne piece de fer appellée Chaperon , lequel se hausse et baisse du tout à ta volonté, et garde que le Trépan ne pénétré et passe ou- tre ce que seulement tu pretens cou- per de l’os, lequel (comme nous auons dit) n’est d’vne mesme grosseur, es- paisseur et duresse: et par ainsi nulle Trépané ne peut estre faite de cer- taine hauteur ou petitesse sans iceluy chaperon, lequel se haussant et bais- sant , fait tel arrest à ladite Trépané qu’il te plaist , voire et fust de l’es- paisseur d’vne ligne. Et le danger de penetrer son Trépan aux membranes et au cerueau , n’emporte seulement que la vie du palient : ce que i’ay veu aduonir plusieurs Ibis, non seulement par la faute des iëunes Chirurgiens, mais aussi de ceux qui plusieurs fuis auoienl trépané. Auiourd’huy i’espere que ieunes et vieils voire apprenlifs pourront trépaner sans danger auec cesdites trépanés, desquelles tu as icy le poi trail.
1 Remarquez ce mot d’ apprêtai fs, employé dés 1 ôG i , époque où A. Paré était déjà mem- bre du collège de Saint-Côme , et conservé d’ailteurs dans toutes les autres éditions.
Figure de la Trépané desmontée *.
A Monstre le manche entier de la Trépané.
R Le Chaperon.
C La Trépané sans la pointe.
D La Trépané auee sa pointe.
E La Trépané auec son Chaperon.
F L’extremité de la Trépané qui s’insère dedans le manche.
I La Virolle.
JJ Les viz qui tiennent la Trépané e Virolle.
1 Les éditions complètes donnent en cet endroit quatre figures représentant deux trépans montés et démontés. Ces deux tré- pans ne diffèrent absolument que dans les ornements du manche; je me suis contenté de reproduire avec toutes ses pièces le tré- pan le plus orné, qui date delâ75.
La forme des trépans a singulièrement va- rié. Hippocrate en connaissait deux : le tré- pan à couronne et le trépan perforatif. Ce dernier seul paraît avoir été conservé dans la pratique vers le temps de Galien, et la crainte de léser la dure-mère en faisant pé- nétrer trop profondément sa pointe , avait engagé quelques chirurgiens à munir celle- ci d’un bourrelet circulaire qui ne lui per- mettait pas de s’enfoncer trop avant. Le trépan était dit alors immersible, abapiiston. On retrouve ce trépan abaptiste dans Albu- casis; et Guy de Cbauliac nous a transmis
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r.l£ HVITiK.
ligure de la Trépané maniée.
A Le manche.
BB La Trépané.
CC La viz qui lient ladite Trépané au manche.
D Le Chaperon qui prohibe et garde que la Trépané ne passe outre la volonté de celui qui trépané.
EF. La Virolle qui se hausse de telle hau- teur qu’il est necessaire que le Chape- ron donne entrée à la Trépané.
FF Vne autre viz qui tient ferme ladite Virolle.
GG La pointe triangulaire, laquelle doit vn peu passer outre les dents de la Tré- pané, à fin qu’elle puisse eslre tenue stable, ne vacillant de costénc d’autre; et doit estre passée droitement au mi- lieu de la Trépane : et en sa partie supérieure doit eslre en viz , comme tu vois en ceste ligure, à lin qu’on inséré autour d’icelle ceste petite Virolle, merquée par HH, pour l’extraire lors qu’on aura trépané iusques au Diploé.
les diverses formes que les chirurgiens de
son temps donnaient au trépan pour l’em- pêcher d’enfoncer; mais jusque là le trépan
A couronne n’était pas encore rétrouvé,
:ME El Vit F.,
Or loules les pièces de ladite Tré- pané te sont eu l'vne de ces ligures
et je ne sais comment Sprengel a écrit le contraire.
La première notion que l’on en retrouve appartient à Jean de Vigo , qui a décrit, dans sa Chirurgie abrégée , 1517 , son divinum in- slnimentum nespulalum. Cette description étant fort obscure , j’ai mieux aimé rappor- ter le texte que de me hasarder à le tra- duire.
« In primis adminislrando masculutninslru- mentum sive nespulam, eu jus ofjicium est tan- tum circulum in osse conficere usque ad spori- giosum. Deinde administrandum est instru- mentum cum nespulà feminà nuncupatum , cujus opérai io est simili et semel foramen et plaleairi usque ad vitriam secundœ tabulœ cum securitate conficere. Consequenler perforelur vilria usque ad lulus inlrinsecus cum tertio instrumenta quod instrumcntum securitatis dicitur. Successive deiude cum instrumenta noslro lenliculan perfuralio ossis ab omni aspe- riiale et aculeis mundetur et explanetur, »
Nicolas Godin , dans sa traduction un peu libre, dit que la figure de ces instruments n’est pas encore paivenuc en ses mains ; mais voici comme il les décrit :
«Le premier instrument, nomme iitstru- mentum masculum, doit estre de fin acier, de la longueur de huyt doitz ou enuiron, ayant audessus vng manebe, lequel puisse virer comme la tariere de laquelle on perce le bois, et en lautre extrémité il doit estre cannule et dente comme vne serre, laquelle cannule doit auoir enuiron cinq doitz de long, et au meii- lieu dicelle doit aooir vng fer carre et agu, lequel seruira seulement a faire vng cercle dessus los. Le second instrument doit eslre forge comme lautre dessus sans fer au meil- lieu , mais aux deux costez doit auoir vne nespule dentee en deux costez, laquelle , quant on tournera (instrument vers la par- tie dextre, il fera incision dicelle partie, et pareillement quant on la tournera vers la partie senestre : et lefl'et de cest instrument est de percer le crâne iusques a la seconde table et est cest instrument nomme nespulu femina. Le tiers instrument est nomme in- strnmenium securitatis, et doit auoir le man-
DES PDA Y LS EN PA RTICV LIER.
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poséesen leur propre lieu, et par ainsi j leué auec la présente Trépané, le sera l'onl la trépané eoniplette. auec cest instrument nommé Tire-
Kl où l’os estant coupé ne seroit es- fous, duquel poseras la pointe au trou
clic ainsi que est dict dessus, et doit estre cannule et dente sans nespule et sans fer au meillieu :et a vne petite cannule dargent ou de fer de la longueur de trois doitz , lequel entrera par lexlremile de la serre , en la fa- çon de vne vigne tournée en maniéré d’vng viz, lequel en tournant petit a petit viendra percer laseconde taldeseuremenl sansblcsser dura-mater, et quant il sera perce on lostera, et fauldra besogner auec le quart instrument lequel est nomme lenticula, etc. » Fol. 464, verso.
Tout cela n’est pas encore bien clair. Ma- rianus Sanclus , dans son Compendium de cupiiis tœsionibus,ne; nomme que trois instru- ments , raspalorium , terebella et Irepanum , sans les décrire, et ne donne aucun éclaircis- sement sur ceux de son maître, qui probable- ment neles avait pasencore inventés lorsque Marianusavait quitté Rome.Toutefois on peut juger d'après ce qu’il dit que le trépan abap- tiste était tombé en désuétude. Ce terebella et ce irepanum seraient-ils le trépan à cou- ronne et le trépan perforatif renouvelés de Celse, dont Vigo et Marianus connaissaient bien l’ouvrage? Il est difficile de l’affirmer; cependant il est à noter que jusqu'à Guy de Chauliac, le trépan abaptisie était seul adopté, et que les instruments de Marianus n’étaient point abaptistes. En effet, après avoir dé- claré qu’il préfère le terebella , il ajoute que cet instrument a cet inconvénient, que s’il n'est pas manié par une main habile , il trouera facilement le cerveau , et qu’il faut prendre garde de tuer ainsi le malade en voulant le sauver. — Coll. Fffembach., p. 897. Vigo dé- clare également que ce qui lui a fait imagi- ner son instrument, c’est la difficulté de per- forer le crâne avec les instruments anciens et ceux des jeunes docteurs, sans courir le danger <le léser les membranes cérébrales. Enfin, d’a- pres les épîtres de Langius , les chirurgiens allemands ne connaissaient pas non plus les trépans abaptistes. Ceux-ci du moins n’a- vaient pas pris les leurs dans Celse qu’ils ne lisaient point ; et je ne sais si Langius , en se moquant de leur ignorance , n’a pas plu-
tôt donné une preuve de la sienne. Il est très possible, en effet, et même probable que les barbiers de l’Allemagne eussent gardé les instruments de leurs pères, qui auraient été abaptistes en réalité , sans porter cette dénomination grecque. En effet si l’on re- trouve la chose dans les Arabes et les Ara- bistes , le mot n’y est pas : il a été traduit selon le génie de chaque langue ; et à l’é- poque môme de Jean de Vigo, Bérenger de Carpi faisait encore graver la figure d’un trépan perforatif abaptisie sous le nom de Terebrurn non profundans.
Pour revenir aux instruments de Vigo , il faut aller jusqu'à André de la Croix pour en avoir une idée un peu plus exacte. André delà Croix a figuré une quantité prodigieuse de trépans, malheureusement sans rappeler lesnomsdes inventeurs.cequiùle à son livre beaucoup de l’utilité qu’il aurait pu avoir pour l’histoire de la chirurgie. Toutefois nous trouvons un insirumentum securitalis qui est très probablement celui de Vigo ; c’est une couronne de trépan garnie à quelque di- stance au-dessus de la scie d’un bourrelet circulaire qui lerend véritablementaàapnAie. Au-dessus se trouvent figurés deux modioli mespilati , qui rappellent et expliquent le nespula de Vigo. Ils sont ainsi nommés, dit l’auteur, parce qu’ils ont la forme d’une nèfle, en latin mespilum. Ce sont des cou- ronnes de trépan dont chaque dent de scie forme la pointe d’une petite pyramide trian- gulaire à base supérieure, toutes accolées pa- rallèlement tout autour de la couronne. En sorte que nous pouvons assez bien mainte- nant nous figurer les instruments de Vigo : d’abord la couronne mespilée armée d’une pointe centrale, et appelée à cause de cela instrument mâle, pour frayer la voie; puis une couronnesans pointe, instrument femelle, pour continuer jusqu’à la table interne, et alors seulement la couronne abaptisie , ou instrument de sécurité.
Bérenger de Carpi, outre le trépan per- foratif déjà indiqué, ne figure pas moins de huit (répans sans couronne, dont quelques
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LE IIVITIÉME LIVRE
qu’aura fail le clou de la Trépané : les branches duquel peuuent aussi seruir d’Esleualoires.
Tire forts à trois branches.
Apres auoir esleué auec la Trépané ceste piece ronde de l’os, s’il y a quel- ques aspérités du reste en la seconde table, qui pourroient blesser la Dure- mere,lors qu’elle fait son mouue- ment, il les faut couper et applanir auec vn instrument nommé Lenticu-
uns, mais non pas tous, ont été reproduits sans nom d’auteur par André de la Croix. , sous les dénominations de trépan à deux et a plusieur s ailes, trépun à lime, trépan à image ; ce dernier est un véritable (rident. Mais de plus Bérenger avait un trépan à couronne , armé de deux ailes pour l’empêcher d’aller trop avant, et qui, moins heureusement imaginé peut-être que celui de Vigo, tendait cependant à remplir la même indication ; et enfin c’est dans Bérenger que je trouve pour la première fois l’arbre du vilebrequin ap- pliqué au trépan. On peut voir dans le Com- mentaire de Vidus Vidius sur le Truité des plaies de tête d’Hippocrate, ou bien encore dans André de la Croix, les moyens de ro- tation dont l’on s’était servi jusqu’à cette invention moderne, que Vidus Vidius ne parait pas même encore connaître.
On lrou\e dans l’ouvrage d'André de la Croix, comme il a été dit, une foule d’autres trépans qui appartiennent au xvr siècle , mais dont les auteurs sont resté- in- connus. Du reste ces richesses instrumentales
laire: ainsi nommé , parce qu’en son extrémité il ressemble à vit poix de lenlille mousse etpoly: de peur qu’en applanissanl les aspérités, on ne blesse la Dure-mere auec cest instrument lenticulaire.
Lenticulaire.
pourraient fort bien remonter jusqu’à Bé- renger de Carpi lui-mème, et jusques avant lui, car il déclare que les instruments pro- pres à trépaner sont si nombreux qu’il n saurait les décrire tous. F.t il ajoute ces pa- roles bi n remarquables: «Certes, il m’est plus d’une fois arrivé de faire faire ou de fabriquer moi-même de mes propres mains de nouveaux instruments pour les fractures du crâne , dont je n’avais jamais vu de mo- dèles, et qui depuis ne m’ont jamais servi. »
On remarquera que le trépan d’A. l’aré est aussi un trépan abaplislc, et qui semble calqué sur celui de Vigo. Les modernes ont rejeté ce point d’arrêt circulaire, et je crois fermement que l’instrument y a perdu.
Enfin , je ne finirai pas celte longue note sans faire observer qu’ André de la Croix ne reproduit pas le trépan de l'a ré, et que dès lors on peut présumer qu’il n’avait pas con- naissance de son livre. Il s’ensuit que toutes les figures d'instruments qu’il reproduit et quise trouvent également dans Paré ne sau- raient appartenir à ce dernier, mais faisaient
DES PLAYF.S EN PARTICVLIEll.
Et où ledit Lenticulaire ne peut couper l’os qui pourvoit eslre trop espsis, on vsera de ciseaux, frappant dessus auec maillet , lequel sera de plomb, de peur d’estonner le cerueau que le moins qu’il sera possible. Et se- ront oslées les esquilles et petits frag- raens auec petites pincettes.
Et quand le lieu où sera la fracture ne permet faire section pour descou- urir l’os, ù fin d’appliquer la trépané, comme lors que la fracture est près du muscle temporal ou près des com- missures: lors au lieu d’vne , en faut appliquer deux ou trois (s’il est besoin) bien petites, etpluspres l’vne de l’au- tre qu’il sera possible: de façon que le circuit de la seconde ou tierce prendra sur le circuit de l’autre. Et si la frac- ture est sur vne commissure, ne faut appliquer sur icelle la trépané (comme nous auonsdit) , mais sera appliquée des deux costés d’icelle, en laissant la commissure entière , de peur de cou- per et dilacerer les fibres nerueux, veines et arteres , par lesquelles la Dure-mere est suspendue au Crâne. Pareillement si l’on ne faisoit apertion que d’vn costé de la commissu e , le sang et autres matières ne pourroienl entièrement estre euacuées , à raison que la Dure-mere est entre deux ‘.
partie de l’arsenal chirurgical de l’époque. Quelquefois seulement Rare les a nioditiés. Ainsi son élévaloire à trois pieds (voyez p 1 3; paraitavoir été copié surcelui du feuillet 60, recto, d’André de la Croix. Les secondes te- nailles de la page IC représentent le mordent figuré au verso de ce même feuillet; le lire- fond de la page 12 ressemble presque aliso ■ lument au lerebrum non profundaii , de Béren- ger. Il faut en dire autant du couteau enti- culaire , du marteau , de plusieurs pinces et rugines, etc.
1 Cette manière de faire remonte aux an- ciens ; et c’était la pratique de Jean de Vigo,
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Or au lieu de trépaner, on peut vser aux cas susdits (pourueu que l'os soit suffisamment descouuert) de cet instrument , qui est en maniéré de compas, lequel se dilate et serre ainsi qu’on veut , par le moyen d’vne viz. Aussi on pourra changer les pointes d'iceluy selon la nécessité , lesquelles seront tenues fermes par vne viz.
Compas pour couper l'os du Crâne.
A Le pied du compas qui coupe l’os.
B La petite viz qui lient la pointe.
CC Deux pointes differentes, lesquelles se peuuenl insérer dans le pied du Compas merqué A, ainsi que l’affaire le requiert. D La grande viz qui tient vne piece de fer, merquée par E, par laquelle le Compas se dilate et serre comme il est besoin.
Or il est necessaire qu’vne iambe du Compas soit appuyée fermement pour couper de l’autre iambe. Au moyen de quoy l est necessaire auoir v ne piece de fer trouée de petits trous,
qui s’appuie de l’autorité deCelse. « J’ai fait souvent cette opération dans mon temps, dit-il, à la cour de Rome, ( rincipalement sur le seigneur Marcello de Fregiapanis, citoyen romain, où elle m’a bien <