co V7é 1/ HISTOIRE DU THÉÂTRE EN PICARDIE NOMBRE DU TIRAGE 100 exemplaires sur papier vélin. 25 — sur papier teinté. 10 — sur papier de Hollande. i35 exemplaires. GEORGES LECOCQ HISTOIRE DU THÉÂTRE EN PICARDIE DEPUIS SON ORIGINE JUSQU^A LA FIN DU XVI« SIÈCLE PARIS LIBRAIRIE H. MENU 3o, RUE JACOB 1880 p AVERTISSEMENT ^r 'est à tous ceux qui , comme nous, iif aiment le théâtre, que nous dédions ^Xk^L^ÂT^ ces pages. ?P%^^^«|^ A la fin de l'année 1878, nous avons " l)ublié un volume, assez court d'ailleurs, bien que relativement très-complet, sur V Histoire dit Théâtre de Saint - Quentin. Le succès que ce travail a obtenu nous décide aujourd'hui à étendre notre étude et à écrire une Histoire du Théâtre dans la province de Picardie. Que le même sujet soit traité dans chacune de nos anciennes provinces et on pourra enfin savoir exactement ce qu'a été le théâtre en France. Il y a là matière à i)lusieurs monographies curieuses, pleines de faits nouveaux et inattendus. Nous désirons, pour notre part, contribuer, dans la plus large mesure possible^ à ce monument qui sera élevé un jour, nous l'espérons, à la gloire des acteurs et des auteurs des siècles passés. 0 C'est une histoire crautant plus iutéi^essaute à étudier qu'elle forme uu des priueipaux chapitres de riiistoire littéraire (l'une nation. Connaître les goûts de nos pères à ce sujet, c'est connaître leurs mœurs, pénétrer dans leur intimité et suivre le développement de leurs pensées jusque dans ses phases les plus intimes. Nous avons voulu vivre quelques instants avec nos bons aïeux, pleurer avec eux aux Mystères ; rire, du franc et large rire gaulois , aux Farces et Moralité.:^ ; admirer les luxueux tableaux vivants des Allérjories; être admis au sein des joyeuses sociétés littéraires, des Putjs d'Amour qui, avec les Ménestrels et les JonfjleurSy contribuent à divertir le peuple. De recherches en recherches nous avons passé dans rintimité des braves gens des xv^ et xvi* siècles de longues et bonnes années. Nous résu- mons ici les impressions que nous avons ressenties dans ce milieu si différent du nôtre. Nous sou- liaitons au lecteur autant de plaisir à les lire que nous en avons éprouvé à le's écrire. C'est donc seulement le court espace de deux siècles qui va nous occuper d'abord. Plus tard — et nous pensons que ce sera bientôt — nous irons nous asseoir aux distributions de prix des collèges, écouter les jeunes gens jouer de beaux drames latins que nous ne comprendrons pas toujours; nous irons ensuite dans les granges et les au- berges applaudir les comédiens nomades, troupes courageuses et modestes, dont l'existence précaire CDmmande la sympathie. Enfin , nous verrons s'élever de vastes salles de spectacle où nos oreilles 7 charmées enlendroiil les oHivrcs de Muliùre, le grand Maître, de Regnard, de Gresset, de Marivaux et de bien d'autres, tro}) dédaignés de nos jours. Nous nous réjouirons des succès de nos conci- toyens, auteurs et acteurs, nés dans cette })rovince de Picardie si fertile en hommes de talent et de génie. Ce voyage à travers les âges ne i)eut se faier rapidement , il faudra au lecteur une grande l)atience jxjur nous suivre. Nous voulons lui éviter, autant que possible, les ennuis de la route. Notre première étajje ne nous conduira donc pas au-delà du commencement du xvii" siècle. Puissc-t-elle s'effectuer sans trop de fatigue ! Pour chaque époque , nous consacrerons des chapitres spéciaux aux monuments dans lesquels se donnaient les représentations, aux pièces qu'on y jouait, aux acteurs qui les interprétaient, aux auteurs qui en écrivaient le texte, aux directeurs qui se chargeaient de V exploitation des villes et des provinces, etc. Nous avons dû consulter de nombreux ouvrages, et ici, comme toujours, nous indiquons nos sources : De Beau ville : Histoire de la Ville de Montdi- dier ; Recueil de do eu mentît' inédits concernant la Picardie. E. Delgove : Histoire de la ville de Doullens, A. Dubois : Les Mystvros à Amiens dans les xv"^ et x.\f siècles. H. DusEViO. : Xotice sur les documents relatifs aux mystères et Jeux de pei'sonnaxjes représentés 8 à Ainiciis pendant le x\^ siècle ; les représentations des mystères de la Passioî} à la fin du xx" siècle ; Histoire de la rille d'Amiens. Exposition Universelle de 187R : Catalor/tie du ministère de l'Instruction pablique, des cultes et des beaux arts, t. II, 2\fasc. : Exposition théâtrale. Edouard P'leury : Antiquités et monuments de V Aisne ; les trompettes jongleurs et les singes de Cliauny ; les jeux de Dieu. DoM Grenier : Introduction à V Histoire de la Picardie (1). Paul Lacroix : (Bibliopjhile Jacob). Catalogue de la bibliothèque de AI. Soleinne. C. LiBERTHAis et Louis Paris ! Toilcs peintes et tapisseries de la ville de Reims ou la mise en scène au théâtre des confrères de la Passion, Charles Louandre : Histoire d'Abbeville et du comté de Ponthieu. Matton : Extrait des comptes de la ville de Lnon, concernant la royauté des D rayes. Les frères Parfaict : Histoire du Théâtre- François. Gaston Paris et Gaston Raynaud : La Passion, pjar Arnoul Gréban. Emile Picot : Notice sur Jehan Chaponneau, docteur de l'Eglise réformée, metteur en scène du Mystère des Actes des Apôtres, joué à Bourges en 1536. RiCH : Dictionnaire des Antiquités romaines. A. RoYER : Histoire universelle du théâtre. (1) Important recueil que l'on consulte toujours avec fruit. 9 Francisque Sarcky : Feuilletons du TEMPS, ÏS78, P(fssiin. Sok!-:l : Les mystères à Cujnjjirfjne. BlIH.IOTHÈQUES KT COLl.F.rTIONS PrRI.IQlKS i:T PRIVKKs; ARCHIVES DES DÉPARTEMENTS DEL'AisNE ET DE LA Somme, etc. Avant de tcrniiurr, un dernier mut et une })ri("'re. Quelque temps que ron conserve un manuscrit dans ses cartons, quelques soins (|ue Ton prenne de réunir les renseig^iements utiles, il y a forcément des notes qui échappent. Nous nous proposons d(jnc de consa- crer un chapitre spécial aux documents que nous aurions omis et qui nous seraient signalés. Pour cela, nous avons besoin de la collaboration bien- veillante de nos lecteurs : nous espérons qu'elle ne nous fera pas défaut. Pour que ce su[)plément soit aussi court que possible, nous leur serions très reconnaissant de nous signaler, dès à présent, pour les parties encore en préparation, les faits qui leur paraîtraient de nature à être analysés. Nous les en remercions d'avance. Ainsi donc, nous supplions le lecteur de ne prendre cette étude que pour ce qu'elle est : un simple essai. l\ai)peler ce qui nous a paru devoir ne pas rester dans l'ombre, multiplier les textes officiels, les correspon- dances, les citations de tous genres; en un mot, faire œuvre, non d'érudit, mais de chroniqueur, tel est le but modeste que nous avons poursuivi. Puissions- nous l'avoir atteint ! Amit'us, ce 1-2 JMiivipr l^^SO. INTRODUCTION E Tliéâtre est, tout ensemble, le plus uûljle pluisir et ki/ plus vive mnni- festation inte]le(^tuelIo (ruii peuple civi- lisé ; il y a donc longtemps qu'il a dû faire, pour la première fois, sou apparition dans notre antique province. Cependant, pour ne pas remonter très haut dans la suite des siècles, et dans la crainte de nous entendre adresser certaine apostrophe célèbre, nous pren- drons comme point de départ de cette étude l'époque Gallo-Romaine. Nous y sommes conviés par les découvertes iiué- ressantes faites en ce siècle à ^^ervins et à Sois- sons ; mais avant de nous arrêter aux heureux résultats qu'elles donnèrent, il est bon de rappeler brièvement ce qu'était un théâtre chez les Komains. Généralement on le construisait, comme de nos jours, dans les villes, vers un point central. Exté- rieurement, il montrait un ou j)lusieurs étages 12 cVarcade? ?upcrpo?éoi=i ^ formant ciii^emble une enceinte semi- circulaire et livrant passage à un nombreux public. Contre le nuu^ principal se dres- saient, en lignes concentrinues les unes aux autres, de nombreuses rangées de sièges formées par de liantes marches {gradas) sur lesquelles les specta- teurs venaient s'asseoir. Les divers étages {mœniana) étaient divisés horizontalement par de larges corri- dors {prœci/îctiores) et verticalement en comparti- ments cunéiformes {eunei) par des escaliers (scalœ) permettant aux auditeurs d'arriver aux places qui leur étaient réservées : ce qu'ils ne pouvaient faire qu'après être entrés dans l'enceinte par les portes {comitoria) qui se trouvaient au haut de chaque escalier. Au bas de la Cavea on voyait V orchestra « formant une demi-circonférence exacte et qui conte- nait les sièges destinés aux magistrats et aux personnes de distinction, au lieu de servir, comme l'orchestre des Grecs, aux musiciens et aux évolu- tions du chœur. Un peu en arrière de l'orchestre il y avait un muv hii^ (ptil pi tiun ou proscenii pu Ipi- tiun) qui formait le devant de la scène du coté des spectateurs et les séparait de l'orchestre (1). » La scène, faisant en quelque sorte la corde de l'arc dessiné par le demi-cercle, avait à sa droite et à sa gauche les bâtiments réservés aux acteurs, et les magasins (postrenia). A cette partie du théâtre, était joint un portique richement décoré, où les élégants se réunissaient, donnant ainsi une nou- velle comédie au sein môme du tliéâtre. De chaque (1) A. \\\r.n Dirtionimirc di-s Anli'/nilrs Roinuincs. s 13 coté du prosccninrn , doux pctilCF^ constructions avançaient sur la scène, et ressemblaient assez à nos loges officielles. Dotées d'un escalier spécial conduisant au portique, elles étaient, selon toute vraisemblance, destinées à de riches abonnés ou à des personnes de distinction. En face du i)ublic, se dressait un grand mur (sccncf) qui était , d'une façon permanente , le fond du théâtre et offrait toujours le même décor. Un maître en l'art de bien dire, grand amateur des choses du théâtre, AI. Francisque Sarcey, rendant compte dans un de ses feuilletons (1) de l'exposition théâtrale — si intéressante en son état embryonnaire (.2), — consacre à la période qui nous occupe un article fort complet dont nous détachon ce qui suit (3) : « Un premier regard jeté sur la réduction du théâtre d'Orange vous avertira que la décoration était fixe. Le fond de la scène représente, en effet, un palais d'une architecture magnifique ; mais ce fond n'est pas comme chez nous une toile qui change selon le lieu où le drame se transporte ; non, c'est un vrai palais, avec de vraies colonnes de marbre s'étageant les unes par-dessus les autres. Il forme le mur de fond... C'était dans la décoration ii) Le Temps du lundi -26 août 4878. (2) Exposition Universelle de 1878. Minislùre de rinslruction publique et des Beaux-Arts : p]xposition théâtrale. (3) 11 s'ag-it de la restitution du théâtre d'Orange dont il reste encore de si magnififjues ruines, mais ce qui est vrai pour Orange Test pour les autres localités comme Soissons, Vervins, etc., <|ui possèdent des monuments de même nature, 14 formée pnr co pnlai>i que se jouaient toutes les pièces données (Unis le théâtre d'Orange. C'est cette décoration rpie les spectateurs avaient devant • les yeux, et il l'allait absolument qu'ils en fissent abstraction toutes les fois que l'action ne se passait l>oint dans un palais. C'était affaire de convention. « Cette décoration est percée de trois portes : Tune au milieu, qui était la porte royale et repré- sentait rentrée du palais ; la porte de droite qui était le logement des hôtes, et celle de gauche qui désignait, suivant les nécessités du drame, un sanc- tuaire, une prison ou tout autre lieu du voisinage. A droite et à gauche, deux autres portes sont percées dans les ailes en retour du palais : l'une donnait accès aux personnages qui, par convention, venaient de l'intérieur de la ville; l'autre à ceux qui venaient de la campagne ou de l'étranger. » A côté de ces deux portes, une espèce de châssis à trois faces, sur chacune desquelles est peint soit un paysage, soit une maison, etc.; ce châssis, bien entendu, est monté de telle sorte qu'on peut le faire tourner de façon à montrer aux spectateurs celle de ses trois faces que l'on veut leur faire voir. A quoi servait ce châssis ? C'est ce que nous allons savoir : « Les anciens avaient senti le besoin d'in- diquer le lieu où se passait l'action du drame; que faisaient-ils ? Ils avaient deux périac-tes : c'était le nom donné à ces châssis. L'un à la porte de droite, celle qui indiquait les gens venant de la ville ; l'autre à la porte de gauche, celle qui était réservée aux gens venant de la campagne. Quand ils tour- naient le premier, cela signitiait, ]^ar convention. 15 que ractoiir <^g trouvait A toi point do la ville déter- miné par la peinture du châssis; quand c'était le second, c'était le point de la cani})a£ine qui se trou- vait indiqué. Ces châssis ne servaient donc pas à la décoration proprement dite, ils n'étaient pour ainsi dire que des écriteaux peints, qui tournaient sur eux-mêmes; delà leur nom de sema vcrsilis... A ces deux périactes devaient se joindi-e des engins dont l'ensemble constituait ce qu'on appelait jadis la scena ductilis^ comme qui dirait : la scène qu'on peut remuer, la mise en scène. C'étaient des acces- soires tels que le Rochrr, la Tour, le Rempart sur lesquels l'on montait soit à l'aide d'une échelle, soit par un i)lan incliné, comme sur \c>^ jjraticahlcs d'au- jourd'hui. C'était encore la distccjic (double étage) qui simulait un faîte ou une galerie du haut de laquelle on parlait, comme dans le balcon de Don Juan (1). » Entin il est probable qu'il y avait dans la scena dactilis tout un svstème de décors mo- biles fort semblable à celui de nos coulisses modernes. Sur ces vastes scènes, où les proportions du palais étaient si grandes, où les représentations se donnaient de jour, en plein air, où le bruit du veluni^ qui abritait le théâtre, agité par les bourrasques et le vent couvrait la voix de l'acteur, celui-ci devait paraître bien petit et avoir grand'peine à se faire entendre. Il luttait cependant contre ces inconvénients et parvenait à les atténuer dans une large mesure (1) Fr. SnrcHv. Iljid. IG de la façon suivante : il cxhaii^^sait sa taille, grâce à des eluuissiires dont les semelles étaient incrova- blement épaisses ; il se garnissait les jambes, la poi- trine et k\^ bras, comme en ce moment encore certains actenrs trop maigres mettent des faux mollets ; enfin un énorme masque, terminé par une chevelure luxuriante, achevait de composer son costume et lui permettait, par les dispositions mêmes données à la bouche du masque, de se faire entendre des auditeurs. Dans de semblables conditions, l'acteur dispa- raissait en grande partie, on peut dire complètement, dans la carapace qu'il revêtait ; nous le trouverions aujourd'hui assez grotesque : il n'en était rien alors. Le public, qui n'était pas toujours facile, savait, sous le travestissement, distinguer et reconnaître les artistes de talent. Ceux-ci, d'ailleurs, se faisaient déjà largement payer et l'on cite une actrice, nommée Dyonisia, qui n'était pas engagée à moins de 200, OCO sesterces (50,000 francs). Ces notions sommaires étant rappelées, nous pouvons maintenant revenir aux théâtres de Pi- cardie. Le premier dont nous ayons à nous occuper, d'après l'ordre chronologique, est celur de Soissons, mis à jour en 183G. INL de la Prairie, président de la Société Archéologique de Soissons, aidé d'un ingé- nieur et d'un conducteur des ponts et chaussées, lui a consacré un travail très-complet publié seulement en 1848 dans le Bulletin de la Société que nous venons de citer et résumé d'une façon remarquable par ]\L Kd. Fhnu'y, dans les Antiquités du départe ment de l'Ais/ff. 17 C'es( à une collino, (N)niprise dans le- jai'diiis du Sémiuniro,.(|UC le théâtre était adossé. Nous n'entre- prend l'ons pas de le déerire i)our ne pas l'aire double em|)loi avec les détails que nous avons donnés plus haut ; d'ailleui's, nous aurons tantôt Toceasion d'en- trer dans (|uel(|ues développements. Les dessins de ^I. Fleurv, que nous reproduisons ici , i^ràce à sa bienveillante obligeance, sont, i)ar eux-mêmes, une description complète et des meilleures. Disons cependant, avec le savant auteur dont le nom revient si souvent et si justement sous notre plume, que le théâtre de Soissons « avait des proportions considérables : le grand bâtiment de la sccna^ 144 mètres de long sur 12 à 15 de large ; le pros- cenium^ pulpitum, espace séparé de la c'avea et où l'on jouait les drames, 14 mètres; Vorchestrum et la cavea^ qui ensemble étaient toujours égaux à la moitié du diamètre de la scène , 72 mètres de rayon. M. de la Prairie ne nous a point parlé du postcemuni, ou endroit dans lequel se retiraient les acteurs sortant de la scène; il faut supposer qu'on doit le prendre dans la largeur indiquée par la scène toute seule. Les 72 mètres de rayon, partant du point central du mur qui soutenait la scène à sa muraille extérieure, doivent se décomposer ainsi : pour l'orchestre, 32 mètres; pour 48 degrés ou gradins, 35; pour les trois précinctions ou espaces réservés à la circulation entre les quatre groupes de gradins, 4; pour la galerie entourant toute la cavea, 5; total égal, 72 mètres. » Le théâtre de INlarcellus, à Rome, mesurait 140 mètres de diamètre : il contenait 22,000 spec- 18 tateurs ; oelui do Soissons, un peu plu?^ vaste, pouvait recevoir quelcjues centaines de spectateurs en plus, • e • 8 e • 09 0 0 a e it 6 9 9d misjn Ivoris-oAial du TKèalre rcmaitx fî^e feS'âSSSÏ'SS. 1. leurs serjajx\ oLescali-ers C) ùreAx.n3 î^.EscaUers exlért-e-Lvrs, 13. precvrict-toru. 5.Êsca.llers i-rvt^'rig-urs . n Po-rtîXjue. A-Constructujns d/? la Dcetve. O. IFrckestre. 8. Cl a-le/r .;« ^1 m m. Il M J o/il cJee ÔTQcitfvJ aux aboixts du. 'Xlaealre < ce qui semble permettre de conclure, non pas i)réci- sément à un chiffre de population urbaine en rapport 10 exact avec le nombre fie |)lace'=^ fin théâtre, mais, pour la ville, à une importance polilifjue et adminis- trative telle ffiTil i'allait compter en certains moments avec des ai'Iluences énormes de visiteurs toujours si amis des jeux scénifjues. » Rappelons que les habi- tants de la campagne devaient accourir avec d'autant l)lus (rempressement que les rei)résentations étaient })lus rares, éloignées les unes des autres par de longs espaces de temps, et non fréquentes et pério- diques comme celles de notre époque. i\I. Fleury, dans son même ouvrage élevé à la gloire du département de l'Aisne, s'occupe aussi du théâtre de Vervins, découvert tout dernièrement et sérieusement étudié depuis par la Société archéo- l(j(jiquc de Vc/'ci/iSy qui a dépensé en fouilles heureuses beaucoup de temps et d'argent. Après avoir indiqué que ce monument « n'avait que GO mètres à son plus grand axe et au pied de la scène; qu'il ne pouvait guère contenir qu'en- viron G, 000 spectateurs », M. Fleury en publie le plan et donne l'explication de la légende. Lais- sons-lui la parole : « L'égoût E se formait de deux murs en pierre et de grand appareil, espacés entre eux et hauts de 0"\ 40, et sur lesquels étaient posées de grandes dalles épaisses et brutes, formant voûte. a Dans la vase du fond gisaient de nombreux ossements de bœufs, de cochons, de chiens, qui paraissaient avoir été entraînés par les eaux dans l'égoût lorsqu'il fonctionnait. A la sortie du monu- ment, le cloaque se poursuivait sur une longueur de quelques mètres. 20 « Les décombres du point P étaient très-proba- blement ceux d'une porte pour le service du ,ot<^^ S^ Mai. ^'^W. scène: $CENE. Ço'^vîCI^UvAna B •fe q:::..Ç^:^.v..\-5wJi-. B portiq.ue:s . Plan du Théâtre Romain de Ve^vins B A A. Murs circulaires. B13. Portiques dans les fondations desquels ont été décou^'erts des débris de colonnes et de panneaux taillés. A à C. Murs à contreforts découverts en 1870. D. Quatrième contrefort découvert en 1874. E. Eg-out traversant le théâtre. F. Fondations près du mur d'enceinte. G. Sépultures Franco-Mérovinj?iennes. H. Bloc de pierre appartenant a un ciiucus ou escalier. I. Limites de l'orchestre. tI. Mur du pulpitnm. L. Point où a été rencontré le sol de l'orchestre à une profondeur de 2 m. 50. M. Traces peu accusées de murs. NX. Parties de murailles circulaires renversées sur la face. 0. Carrelag-e et ciment ou terri à la rencontre de quatre murs. P. Amas de claveaux et carreaux d'une voûte elïondrée. postceniiun et de la scène, et dont la euni'bnre m cintre se reconnaissait à la coupe des claveaux en coin unis à des carreaux de terre cuite pourvus, sur un de leurs côtés, d'un bouton ou ai)i)endi('e en relief pour parer au glissement ; dans le mortier épais qui reliait le tout, se remarquaient de nombreux fragments de tuiles servant comme coins do serrage. « Le pavage du point 0 avait cela de particulier qu'il se composait d'éléments trés-comp]i(|ués : 1" un stratunien à deux assises de grands carreaux de terre cuite sillonnés, sur leurs faces plates, par des stries ondulées et gravées sans doute par le moule avant la cuisson ; 2*" d'une couche épaisse de ciment très-solide et retenue par les stries du carrelage inférieur. « La cavea n'ayant point offert aux recherches de traces de galeries couvertes ou de gradins, on en avait conclu que le théâtre de Vervins n'aurait pas été garni de gradins, ou que ceux-ci et la galerie auraient été construits en bois et auraient ainsi disparu facilement pendant la destruction du monu- ment. Cependant, les substructions du point F et quelques blocs de pierre brute et dure font songer, les unes à un mur de support de la galerie, les autres à ceux des scalœ conduisant aux cunci. » Le théâtre de Champlieu près Compiègne, date de la même époque. Les fouilles commencées en 1850 ont été continuées pendant plusieurs années et ont donné lieu, en 1858 et 1859, à une intéressante polémique entre M. Peigné - Delacourt et divers savants. Aujourd'hui , le point en litige semble 2, •i-> parfaitement éclairei ; il irest pas contestable que Toii soii en présence tle ruines gallo-romaines. D'autres cités de Picardie étaient en(^ore dotées de monuments de ce genre : Amiens devait néces- sairement en posséder un d'une grande impor- tance, qui se dressait, d'après ]M. Dusevel , sur remplacement acHuel de la citadelle. A Saint- Quentin et ailleurs, les édiles en avaient construit de dilïérentes dimensions, suivant la richesse de la municipalité, mais toujours semblables, dans leur ensemble, à ceux que nous venons de décrire. Quant aux pièces qui y étaient représentées, aux acteurs qui y jouaient, etc., nous n'avons, on le comprend de suite, aucun détail, aucun rensei- gnement ; force nous est de terminer ici ce qui concerne cette éi)oque i)rimitive. PREMIERE PARTIE LES MYSTÈRES LES THEATRES -c<:?ulation, toujours plus avide de ces réjonis- sances, de s'y porter tout entière, c'est en plein 27 air, devant le portail de l'église, dans la cour de révèché ou même (]An< les eimetières que les jeux auront lieu désormais. A Abbeville, les mystères sont donnés, de 1451 à 1450, derrière Saint-Gilles, en un emplacement, dési^uné sous le nom d(^ Cdiap Cn tribunal et lui dessus étaient portés par huit rois captifs, qui étaient dedans, desquels on ne voyait que les tètes couronnées... La femme d'Antipas était habillée de veloui\^ cramoisi doublé de drap d'or, parhlé de broderies d'or, découpé et bordé de chaînes et de boutons d'or. Elle avait par-dessus un manteau de satin cramoisi, doublé de toile d'argent, tout brodé. La chaîne dont elle était ceinte pesait plus de trois cents écus, à laquelle pendaient toutes sortes de petites gentillesses. Elle tenait un plumail en sa main où pendaient de petites perles. Elle avait quatre laquais vêtus de satin blanc et bleu, qui étaient à l'entour d'elle. » Ces magnificences s'observent partout. M. A. Rover (1) cite â ce sujet trois éditions de Térence : de Grïminger (Argentinae 1499), de Roigny (Paris 1522) et d'Antoine Vérard. Dans la première, « chaque pièce est accompagnée d'un dessin colorié représentant la principale scène. On sait que le Mystère et la Comédie latine se jouaient indis- tinctement avec les mêmes habits, toujours taillés à la dernière mode. Les personnages saints et les rois de la Grèce portaient le manteau et la robe. Le précieux in-folio nous montre le jeune Pam- philus de VAndn'a vêtu d'un beau pourpoint vert et se drapant d'un manteau bleu céleste, sous ili Histoire universelle du théâtre, l. l®"" p. '220 et suiv. 33 lequel on aperçoit ses grègues de couleur rosée et ses souliers de velours. La suivante Mvsis %■' porte une double jupe rouge sur bleu ; Symo est coiffé d'un chapeau de velours noir et s'enveloi)pe dans les plis d'une longue cape de couleur azurée. Davus est court vêtu ; Chramès traîne derrière lui la queue d'une robe à fourrures. Dans V Eunuque^ nous voyons Parmcno coiffé d'un chapeau à longues plumes. Le vieux Lacliés porte une perruque avec front de carton, dont on aperçoit la suture marquée d'une raie noire à l'endroit de la jonction avec le front naturel. Les costumes des personnages hors nature permettaient seuls aux acteurs de donner carrière à leur imagination, et ils en usaient largement. Les diables surtout excellaient dans l'invention de leur pnrure infer- nale. Ils abusaient des masques dont ils se coiffaient plusieurs parties du corps, afin de mieux l)rèter à rire. La queue qu'ils traînaient derrière eux, et sur laquelle les camarades marchaient à tout propos, pour provoquer le brouhaha, affectait les formes les plus bizarres. » Mais laissons de côté cette partie de la mise en scène, le costume, dont on peut se former une idée suffisante d'après les citations qui précèdent, et préoccupons-nous d'un point, jusqu'ici assez obscur, subitement éclairci par le MysU;re de Valcnciennes. La miniature de Hubert Caillau a permis à deux artistes de talent, MM. Duvignaud et Gobin, déco- rateurs de la Comédie-Française, de reconstituer le maquette du décor dans lequel se jouait ce drame religieux. « Si vous voulez bien jeter un regard ) ^ ;u ^111' In ninriiiotto, dit M. Francisquo Sarcoy — un maiiiv aii<|iu^l on no saurait avoir trop souvont ro- iMurs il), — \ous M'i'iv/ que la scrnc ne représente pas, comme les nnires, un seul lieu, celui où se passe l'action, mais qu'elle fii^ufe à la fois et simnltanémenl plusieurs endroits, dans lesquels Tactinn devra tour à tour et successivement se transporter. Ainsi, à l'exti^émitc n .avauclie, vous apercevez le })aradis, avec une sorte de tour où Dieu le père se montix^ sans doute escorté de ses an""e< : >uivc/ de gau<'lie à droite, la scène, à (pielque distance du pai'adis, vous présente Naza- reth, puis le temi)le des Juils, puis Jérusalem, puis un palais, i)uis la maison des évéques, puis la mer avec un bateau flottant sur les vagues, puis les limbes et enfin renfer, dont la porte est une affreuse gueule entr'ou verte. « De cette disposition de la scène, nous pouvons certainement inférer que le décor restait fixe durant les vingt-ciufj jours de la représentation, mais que l'action se transportant vers un point, les acteurs s'y transportaient avec elle, et que si, par exemi)le, le drame conduisait la sainte Famille à Nazareth, «•'était devant la })artie du décor affectée à Naza- reth que les personnes se i)laeaient pour jouer leurs rôles. Le reste de la scène ne comptait plus ; il éfait su])i)rimé par convention. € 11 nous est assez malaisé d'entrer aujourdliui dans le sens de cette convention depuis longtemps abrlic. .]r l'ai déjà fait remarquer : rien ne nous i\) Fouillplon du Ttuijis «lu IuihJi '2-i sf'pteml)rp 1818. 35 semble ])lus difïieile à admettre et })lu> ridicule qu'une convention dispai^ue. Il faut jk)u riant bien reconnaître (jtie celle-là ne choquait point nos pères, que leurs yeux s\v étaient habitués, et qu'après tout elle n'est pas beaucoup pins extraor- dinaire qu'une foule des nôtres, avec qui l'accou- tumance nous a si bien familiarisés qu'il nous est presque impossible aujourd'hui de les distinguer de la réalité vraie, k) Un mystère n'était jamais joué sans avoir été précédé d'une annonce ou cry fait à gi^and fracas dans les rues, places et carrefours de la ville. Les jeunes gens qui se sentaient une vocation i)oin' l'art di^amatique se faisaient inscrire, ils passaient un examen devant un jury spécial qui décidait de leur admission. L'annonce n'allait pas sans un certain appareil : des trompettes, suivis de sergents et d'archers, ouvraient la maix'he; venaient ensuite les directeurs et entrepi^eneurs de la fête, enfin un nombre aussi considérable que possible de bour- geois, tous montés. L'un des directeurs prononçait une hai^angue, en prose ou même assez souvent en vers, pour exciter le zèle des habitants. (1). Il faut se garder de coiifondre le cnj avec la monstre qui se faisait quelques jours avant la première représentation et dans laquelle tous les acteurs figuraient dans les costumes de leurs rôles. Toufe la ville assistait au spectacle, on aban- donnait entièrement la cité; les gardes, les sergents de la vingtaine à Abbeville faisaient le ^uet et des ('1) A. Rover, op. cit. t. 1", p. -22."). •1/» ou rondes c3ntiiuiello> piur voilier ù la sûreté générale (1). Il en était do même à Amiens et partout. Les oftîciers municipaux , les seigneurs se faisaient apporter à manger sur leurs hourds (2), car des ^daces particulières étaient réservées aux principales autorités du pays pour qui on con- struisait des échafauds. C'est du haut de ces tribunes improvisées que les grands personnages de la localité écoutaient la pièce qui se déroulait devant eux. Ceci est vrai pour toute la France; les exemples abondent tout particulièrement en ce qui touche Abbeville , Amiens et le reste de la Picardie. Si les détenteurs de l'autorité et du pouvoir étaient de la sorte absorbés par ces fêtes, quelle n'était pas l'anxiété du peuple attendant une représentation ! Nous comprenons facilement les longs préparatifs qu'il faisait d'avance; le jour venu, chacun partait de bon matin pour être bien placé et ne perdre aucun des cinq ou six mille vers qui seraient dits dans la journée. On emportait à manger et aussi à boire : des buffets devaient , d'ailleurs , être dressés et tenus en plein vent comme nous le vovons encore dans certaines foires. Toute la ville était hors la ville, et les habitants d'alentour se joignaient aux citadins pour augmenter le nombre des curieux : c'est que Ton n'avait pas alors théâtre plusieurs fois par semaine. Mais aussi comme on (1) Voir les Comptes des Argentiers crAbbeville de lio2 à lo31, cités par M. Loiiandre. (-2) Registre aux délibérations d'Abbcville, année 1463, cité par M, Louan(hv, 37 regagnait, quand l'occasion se présentait, le temps l)erdu, et comme on se réjouissait : c'était une véritable fête i)ubiique. Nous avons tantôt, à i>ropos du mystère de Valenciennes, rappelé comment les diverses pai'ties du théâtre représentaient les endroits où l'action se passait. Un même plancher reliait entre eux tous ces décors, tour, ciel, paradis, etc., dont l'ensemble composait la scène. Peut-être n'en était-il pas partout de même. C'est, du moins, ce qui paraît résulter d'une délibération du corps de ville d'Amiens à la date du 2 juillet 1500 , que nous empruntons à Dom Grenier : « Messieurs ont ordonné, sur ce en conseil et advis ensemble, qu'ils délaisseront encore le lieu fait jiour le paradis et celui fait pour infer au Mystère de la Passion naguères joué aux festes de la Pentecoste dernière passée, audit Amiens, avec le hourt du Déluge en l'état qu'ils sont à présent, jusqu'à ce que, environ le Noël prochain venant, l'on pourra avoir advis que l'on jouera en l'an prochain venant le jeu de la Vengeance Nostre Seigneur Jésus- Christ que plusieurs désirent estre joué en icelle année. » En tout* cas, ceci nous prouve que, probablement en raison des dépenses considérables de leur construction , la scène ou les scènes élevées pour une représentation restaient en place pendant une ou plusieurs années et servaient à donner au public le spectacle de différentes pièces. Il y avait bien quelques changements à effectuer suivant que l'on donnait tel ou tel drame, mais c'était relativement peu de chose. 3. 88 Est-ce pour faire entrer un peu d'argent dans la Caisse municipale, est-ce pour toute autre cause, nous l'ignorons; toujours est-il que le 6 décembre 1501, la ville d'Amiens, ainsi que l'atteste un passage fort curieux récemment découvert par M. Dubois, met en vente tout le matériel si précieu- sement maintenu par la délibération de l'année précédente. Voici cet intéressant document : a Les hourds du Déluge, celluy des gens du Roy et aussv celluv de Messieurs les Maïeur et Eschevins ont été mis à prix à 36 livres 20 sols au vin pour chacun renchier (enchère) qui sont demourez par fin de chandeille à Jacque de May le Josne par ung renchier. « Le hourt du paradis, mis à prix à 20 livres 20 sols au vin, 20 sols de renchier et demeure à Estienne le Vasseur par 2 renchiers. « Le pinacle et l'arbre de Judas, mis ensemble à 100 sols, 5 sols au vin et 5 sols de renchier est demouré à Jacques de May sur la mise à prix. « Le hourt de l'Enfer , sans comprendre les chaisnes et chaire de fer, mis à prix 20 livres 20 sols au vin et 20 sols de renchier, est resté à Guillaume Trudaine pour la mise à prix. 0 La porte estant dedans l'enclos du champ, bois et ferrailles y servant, mis à prix par Regnault Lesueur à 50 sols , 5 sols au vin et 5 sols de renchier, luv est demouré. « Les estâmes estant à l'entour estimés 70 sols, estâmes grandes et petites, mis à prix à 6 livres, 5 sols au vin et 5 sols de renchier, ont demouré audit Regnault pour ung renchier. 39 « 20 clayes mis à prix chacune à 14 deniers et 2 deniers pour renchier vendus à Jehan Le Caron par trois renchiers. » Il ne faudrait pas inférer de ce texte, comme le fait M. Dubois, que les Mystères sont abandonnés, que le goût se porte vers un autre genre de spectacle et qu'on veut du nouveau, mais bien plutôt que l'on a renouvelé le matériel, car, à la fin de l'année 1502, un inventaire constate que « l'on a mis en la tré- sorerie de la ville d'Amiens deux figures du Paradis et Enfer , et du Parcq du lieu et aultres choses servant audict ^Ivstère, en la huche estant en la trésorerie de la dicte ville avec les cahiers dudit Mystère et aussy de la Vengeance , qui sont en icelle huche. » Nous voyons aussi par là que le manuscrit des pièces était non moins précieusement conservé que les décors et accessoires. Longtemps encore on donna des représentations de ce genre. De tout ce qui précède , nous savons, en résumé , en quels endroits se jouaient, de préférence, les Mystères, de quels éléments se composait la mise en scène; nous connaissons les costumes brillants que revêtaient les acteurs, les décors multiples qui facilitaient le développement de l'action. Le chapitre suivant va nous fournir la liste des principales et des plus brillantes représentations en Picardie. PRINCIPALES REPRÉSENTATIONS ■ j L est intéressant de noter au passage les principales représentations de mys- tères et « pyeusetez » qui eurent lieu pendant de longs siècles. Ce chapitre, à vrai dire, est certaine- ment le moins original de ceux qui composent notre étude : il ne peut, après les nombreux ouvrages publiés sur les représentations de mystères, y avoir place pour un travail personnel d quelque importance. Nous n'avons eu qu'à prendre, chez les auteurs que nous avons consultés , particulièrement Dom Grenier, Ch. Louandre et Dubois, les dates qu'ils ont men- tionnées et y ajouter celles que nous avons rencon- trées dans nos propres recherches. Une assez longue énumération, comme celle à laquelle nous allons nous livrer, est toujours assez sèche et peu agréable à lire. Cependant le précis historique que nous écrivons serait fort incomplet si nous ne donnions la nomenclature suivante, où nous nous 41 sommes efforcé de laisser aussi iieii de lacunes que possible, de réunir les fêtes les plus notables, en omettant volontairement les moins dignes de retenir notre attention et ne prétendant pas, d'ailleurs, ne commettre aucun oubli. Le premier mystère qui nous apparaisse remonte à l'année 1402 ou 1403, d'après Dom Grenier (pii cite ce passage de lettres de rémission : « Comme la veille de Saint-Firmin les jeunes gens de la ville d'Amiens ont accoustumé de soy jouer et esbattre et faire jeux de personnages, Jehan Le Corier se feust accompaigné avec plusieurs jeunes enfants de ladite ville qui faisoient jeux de personnages.... l'un desdits jeunes gens, déguisé, tenoit, comme un messagier, un glaviot en sa main, etc. » Viennent ensuite, par ordre chronologique : Pentecôte 1413. — Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, et sa Résurrection, mystères joués à Amiens. Juin 1425. — La ville d'Amiens offre au Régent et au duc de Bourgogne le spectacle de la Passion. 10 juin 1427, Amiens. — En ce jour, qui est celui de la Pentecôte, sont joués les Alystères de la Création du monde, la Nativité et la Passion. 5 août 1443, Amiens. — Représentation en l'hon- neur du Dauphin. 1445, Amiens. — Nouveaux Mystères, et cette fois nous sommes en présence de plusieurs docu- ments sur lesquels il nous faut nous arrêter un instant ; aussi bien couperont-ils la sécheresse d'une trop longue série de dates, de titres et de noms de ville. C'est ce que nous nous proposons de faire de temps à autre pour rompre la monotonie inévi- table de ce chapitre. Dom Grenier nous apprend qu'en 1445 il y eut un autre spectacle aux tètes de l'Ascension et de la Pentecôte. Suivant les registres aux délibérations de la ville, dès le 25 de janvier 1444 (1415), plusieurs notables bourgeois demandèrent aux maire et éche- vins, et obtinrent de représenter la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le 9 de mars, « mes- dits seigneurs ont parlé ensemble pour le fait du jeu de la Passion de Notre-Seigneur qui, au plaisir Dieu, sera démontré au peuple o festes de Pente- coustes prochain venant. » Il fallait que cela se fit avec grand appareil puisqu'on s'y prenait de si loin (1). Le 11 de mai, le corps de ville décida que Messieurs « dineroient ensemble sur leur liourt (échafaud) fait au jeu de Dieu le jour que on jouera ledit jeu aux dépens de ladite ville, et feront la plus gracieuse dépense que faire se porra. » Il nous faut rappro- cher de cette délibération une mention des registres de l'argentier : « à Ricart de Bougrainville, pasticier, payé treize livres dix sous deux deniers parisis pour dépense de bouche faite par Messeigneurs mayeur et eschevins de la ville, es 17, 18, 19 et 20" jour de may 1445, en veant le mystère de la Pas- sion et Résurrection de Nostre Seigneur , faicte et monstre au peuple es dict jour, en la dicte ville, par plusieurs des habitans dudict lieu. » A ces documents si précis , ajoutons le suivant (1) Dom Grenier, op. cit» p. 40-2. 43 que nous trouvons dans le travail de M. Duhuis : « Des mesures de police sont nécessaires pour contenir la foule immense amenée des villages situés autour d'Amiens, par l'attrait des scènes qui vont se dérouler. Le conseil de ville décide que « pendant que l'on jouera, les portes de la ville seront fermées, excepté les portes iNIontrescu et de Beauvais, et mettra t'on une guette au Beffroy de ladite ville, et y ora huit sergents de nuit qui garderont par la ville. » Jehan Marguerie fut récompensé pour ses peine et salaire, d'avoir fait le guet au BeftVoy pendant ces jours de fête. € On paye deux kanes de vin montant à 6 sols 8 deniers aux diables du jeu de Dieu qui liront le présent au hourt du maïeur. « Jehan Douchet, marchand de toiles, fournit trois bennes de toiles pour couvrir le hourt du maïeur, et cette dépense nous fait connaître le nom du pro- priétaire du champ où a eu lieu le spectacle : il s'appelait Bernard Blondin. » 1445, Péronne. — Le iNIvstère de la Nativité est joué le jour de la Pentecôte. 1446, Amiens. — Jeu de la vengeance de la mort de N. S. J. C. ou la destruction et punition des Juifs. 1448, Amiens. — Le frère Michiel, Jacobin, joue le Mystère de Sainte-Barbe, une autre représenta- tion a lieu devant l'Eglise Notre-Dame. Il faut éviter de confondre le frère Michiel avec « très-éloquent et scientitique docteur, Jehan Michel, » auteur de la Passion de Jésus-Christ, jouée à An- gers, lequel avait pour proche parent un autre Jehan 44 Michel, éveque c^A^gc^^i , à qui Boucliet attribue ladite pièce : Maistre Jehan Miohel Qui fut d'Angers, evesque et patron, tel Qu'on le dit sainet, il fit par personnages La Passion et aultres beaux ouvrages (1). Mars 1450, Amiens. — Représentation dans le cellier du Marché aux Herbes. Juillet 1451, Amiens. — Jeux sur chars en « Thon- neur du Roy nostre sire qui avait conquis le pays de Guyenne et Bordelois sur les Englois ses anciens ennemis. » 1451, Compiégne. — Mystères de saint Pierre et saint Paul; de sainte Agnès. 1451, Abbeville. — Passion Nosti^e Seigneur Jésus- Christ. 1451, Abbeville. — « Le gS*" jour de juing. Tan 1451, a esté conclud que la somme de six livres qui a esté despensée par plusieurs eschevins, conseillers, procureui\s, clei^s de la ville et plusieurs sergents qui ont tenu compagnie audit sii^e Jehan de Llmeu, maïeur, a garder par trois jours les jus de Monseigneur Saint-Quentin, mystère de plusieurs autres sains... sera baillée cédule adressant aux argentiers pour ce faire. » 1452, Abbeville. — Jeux de la vie Monsieur Saint-Quentin; Purification de Notre-Dame. 1453, Abbeville. — Pantominc ou tableaux vivants (représentations sans parler) de la Passion de Jésus- Christ et de la vie de plusieurs saints, en réjouissance (1) Catalogue Soleinne, 1, n°^ 525 et suiv. 45 de la conquête de la Guyenne et de la mort de Talbot. 1455, Abbcville. — Mystère de la Passion. 1455, Compiègne. — Jeu et Mystère de Berthe et du roi Pépin. 5 mai 1455, Amiens. — Le corps de ville permet de représenter le mystère de la Passion aux fêtes de la Pentecôte ; le mayeur et les échevins décident, en outre, qu'ils auront « un liourt pour voir le dict mystère. » Comme d'usage aussi, il y aura un banquet dont le menu est confié à Nicolle de Lully sous la recommandation expresse d'être économe des finances de la \"ille, vu la misère du temps présent. 1457, Abbcville. — Le corps municipal donne une gratification à un 'sieur Dieppe pour avoir apporté t tant par bouche que par écrit, les joyeusetés et mystères qui avoient esté faictes à Rouen » à l'entrée de Charles MI. 1457, Compiègne. — Vie et invention de saint Antoine. 1458, Abbcville. — Jeux de Monsieur saint Adrien. 1458, Amiens. — Invention du Benoist saint Firmin le'martvr. 1459, Amiens. — Vie et martvre de Monsieur saint Christophle. 1460, Amiens. — Mystère de sainte Barbe. 29 janvier 1402, Abbcville. — Requête est pré- sentée « par Guillaume Bournel, lieutenant général de monseigneur le seneschal de Ponthieu ; sire Jehan Landi-er ; Maiheu de Pont ; Bernard de May et IMaiheu de Beaurains, commis à la conduite et 4G gouvernement du jeu de la vengeance de la Passion Nostre-Seigneur-Jésus-Christ, qui naguerres a esté ordonnée estre jue en ceste ville aux festes de Pentecoste prochainement venant, ad ce que on voloit donner aulcune somme de deniers de la ville pour aydier à supporter la dépense qu'il convenra faire cà cause de ladite mystère. » La ville offrit de contribuer à la dépense pour la somme de cinquante livres. 30 mai 146.2, Amiens. — Le mvstère de saint Firmin est représenté en rimes. 1403, Abbcville. — ^'engeance de la mort de Notre- Seigneur- Jésus-Christ. 1463, Laon. — Le chapitre de Laon, assemblé le 23 mai 1463, consent que l'on prenne les tapisseries de l'église et tout ce que l'on a coutume de prêter pour jouer le mystère de la Passion. Le 3 juin suivant on accorde une gratification de huit livres parisis aux acteurs. 1463, Amiens. — Le 23 septembre, d'après dom Grenier ; le 12 du même mois, d'après M. Dubois, l'échevinage décide qu'en l'honneur de l'arrivée de Louis XI et pour le recevoir dignement « seront faicts des mystères beaux et honnêtes, scuis parler. » 1464, Amiens. — Le 16 janvier 1463 (1464), la reine Charlotte de Savoie fait son entrée et « si furent toute la nui et chansons et jeux de person- nages pour la joye d'elle dont toute la ville fut fort réjoye. » Notons en passant, quitte à y revenir plus en détail, ce fait important d'une représentation de nuit au lieu de jour, ainsi que cela avait lieu d'ordinaire. 47 Le 9 juin de cette môme année, on joue le Mys^tèrc de Jonas sortant de la baleine ! 1464, Laon. — Le 10 mai, le chapitre accorde les tentures de la Cathédrale pour jouer la Ven- geance de la Passion et décide que le jour de la Pentecôte et les jours suivants, où ce drame sera représenté, l'office divin commencera plus tôt que d'habitude. Juillet 14(34, Compiégne. — Vi(^ do saint Chris- tophe. 23 mai 14G5, Laon. — Le chapitre prend la mémo décision que l'année précédente, et ce à l'occasion du mystère Madame sainte Barbe. 1466, Abbeville. — A l'occasion de l'entrée solen- nelle de Charles-le-Téméraire, il est joué les histoires de Job, de Gédéon, la Passion, le Jugement dernier et l'Annonciation. Les personnages représentant les diables étaient préalablement barbouillés de noir, ainsi que le témoigne cet extrait du compte de l'échevinage : « A Waitier de Vismes, estuvier, pour ceulx qui firent Thistoire en diables, à l'histoire du juge- ment... au hourt du marcliié, lesquels s'en alércnt netover et estuver aux estuves dudit Waitier. » 1406, Amiens. — Mystères représentés i)our la même circonstance. 1466, Compiégne. — Au mois de juillet, mystéro de sainte Jehanne, « joué en personnages », selon sa légende; au mois de septembre, vies de sainte Virginie et de sainte Catherine. 1467, Compiégne. — Mystère de saint Laurent. 48 1468j Abbcville. — Vengeance de la mort de Notre- Seigneur-Jésus-Christ. 1469, Corbie. — L'Apocalypse saint Jehan est représentée à la Pentecôte. Il est donné ce jour-là t à Jehan Fouache le jone par le commandement du prévost de la ville, la somme de un livres xvii sols VI deniers, et ce pour garder les portes de la ville de Corbye. A Gilles de Brye a esté payé XVIII livres qui luy ont esté ordonné ballier pour aidier à porter les frés du jeu de l'Apocalypse, par commandement de Monsieur et de plusieurs habitants. > 1473, Amiens. — Jeu de Odengier. 1475, Noyon. — Le chapitre de Noyon permet à quelques chanoines et aux chapelains de se joindre aux bourgeois pour jouer le mystère de la Passion. 1475, Compiègne. — Le mystère de sainte Barbe est joué en trois journées. Juin 1476, Compiègne. — Mystère de sainte Barbe ; la même année, est jouée la vie de sainte Alexis, l'un des thèmes les plus populaires du moyen-âge, où l'on voyait le fils d'Euphénien aban- donner sa jeune femme, dès le jour même de son mariage, pour conserver sa virginité. 1476, Laon. — Le chapitre s'assemble le 26 août et décide que le jeudi suivant, jour où l'on repré- sentera le jeu de saint Denis, on chantera la messe avant huit heures et les vêpres avant une heure. 1176, Amiens. — Le 13 octobre, jour de son mariage, Miquiel Roye, un riche personnage évidemment, fait représenter un mystère. 1477, Abbeville. — Histoire de Daniel. 49 1478, Novoii. — Par décision en date du 30 mars, les enfants de chœur de la cathédrale sont autorisés par le Chapitre à jouer, dans la cour de TEveché, le mystère de l'Annonciation. Ils reçoivent, pour cette représentation, de riches vêtements et les joyaux d'une béguine. 1480, Amiens. — Vie de saint Denis. 1481, Amiens. — Vie de saint Fuscien. 1482, Laon. — Mystères et « pyeusetez », ainsi que les deux années suivantes. 1483, Péronne. — Jeu de saint Sébastien. 1483, Amiens. — Des jeunes gens sollicitent la permission de « jouer le mystère des dix mille martyres, composé en rhétorique (pièce d'éloquence) par Fr. Michel ou Miquiel le Flameng religieux de l'ordre des Jacobins en la dite ville d'Amiens. Il fut fait droit à leur requête par délibération du 9 avril, considéré le temps de paix et aussi ledit mystère qui est chose de bon exemple. » Ces pièces, jouées en temps ordinaire étaient surtout représentées — ainsi que nous l'avons déjà vu — lors des visites des grands personnages, et même plusieurs jours après. C'est ainsi qu'en cette année 1483, à la visite de la Dauphine, Marguerite d'Autriche, on donna de nombreuses pièces telles que l'histoire de Salomon, « l'anchienne hystoire dont jadis vint Franchies et la noble maison de Franche », et plusieurs autres. Le P. Daire, en son histoire d'Amiens (t. II, p. 141) nous apprend que la vie de saint Nicolas de Tolentin fit partie des programmes de cette époque. 1487, Amiens. — Jeux « pour la prisedeThérouane 50 et la rencontre advenue auprès de Béthune, par M. Deskerdes et autres capitaines, à rencontre du duc de Guelde, du comte de Nassot et aultres » partisans du duc d'Autriche. 1488, Abbeville. — Mystère de Jonas, du vieux et du nouveau Testament. 1488, Compiègne. — Jeu de la vie et du martyre Nosseigneurs saints Crespin et Crespinien. 1489, Amiens. — Débat de l'âme et du corps; mystères de sainte Colombe, de sainte Marguerite. 1489, Laon. — Jeux de personnages par les compa- gnons de Soissons. Ceux-ci reviennent l'année sui- vante avec les joueurs de Saint-Quentin. 1490, Compiègne. — La Passion de Nostre- Seigneur-Jésus-Christ. 1493, Abbeville. — Jeu de la vie monsieur saint Roch. 1493, Amiens. — Mvstère en l'honneur de l'entrée du roi Charles VIII. 1494, Amiens. — 6 avril et 27 mai représentations données par les bourgeois d'Amiens et d' Abbeville devant les maïeur et échevins. 1495, Amiens. — Le 10 juin, les acteurs de Tournai viennent jouer. A'ers la même époque et à l'occasion de la naissance du Dauphin, des mys- tères sont représentés par les compagnons des paroisses Saint-Souplis et Saint-Firmin-le-Confes- seur : la fête se donne en avant de la ville, sur des chariots; la ville accorde 50 sols de subvention, 1498, Doullens. — Passion et Résurrection de N.-S.-Jésus-Christ. 1499, Abbeville. — Jeux de Monsieur saint Quirien. 51 1499, Amiens. — Nous empruntons à M. H. Dusevel, la citation suivante : Eschevinage tenu le 28* jour de janvier 1499. « Sur ce que Pasquier de Béthembos, Nicolle Capperon, Pliilippc Marchant, prebtres, Jehan Menchon , maistres des enfants, et sire Pierre Long, aussi prebtre, Jehan Ostien et Jehan Legrant, demeurant à Amiens, avaient fait cejourd'hui pré- senter à Messieurs certaine requeste, en leur esche- vinage, contenant que de longtemps ne avoit point esté joué en ceste ville d'Amiens le mistère de la Passion de Nostrc- Seigneur- Jésus-Christ, combien que en icelle ville y eust plusieurs honnestes compai- gnons et gens de bien qui à ce faire s'exerceroient volontiers; considéré que. Dieu merchy, le roiaulme de France estoit en bonne paix, et aussi que pain et vin estoient à bon marché et y avoit abondance de tous biens, qui est à loer Dieu; et à ces causes requéroient les dessus només qu'il nous pleut leur permettre et accorder qu'ils peussent jouer ou faire jouer ledit mystère de la Passion, tel que ils le avoient veu autres fois qui contenoit trois journées et tel qu'il avoit esté joué à Doullens ; et leur con- sentir qu'ils peussent fouir, heuser et picquer au champ où l'on a acoutumé faire et jouer le dit mistère ; faire courir les personnages des diables, tailler les devantures en la terre qui est à Tenviron dudit champ, ainsi que l'on avoit accoutumé faire; et, à l'aide de Dieu, ils offroient en bien faisant leur debvoir en édiffier le peuple et les habitants de la ville et àUadtres lieux qui vouldroient voir ledit mistère. 52 « Veii laquelle requeste et sur ce, en conseil et adviz, mesdits sieurs, en considération que l'on ne jouera ledist jeu dès longtemps — à en ladicte ville, et aultres considérations telles que dessus, et aussi que l'on avait conclud l'année passée de jouer ledict mistére, ont les plusieurs esté bien de cet avis; mais toutes foies ont déclaré avant que du tout conclure que l'on parlera et communiquera tou- chant ceste matière aux gens et officiers du roy, à révérend père en Dieu Mgr l'évèque d'Amiens et aux Doyen et Chapitre, pour sur ce avoir leur advis et ayde se mestier est, ainsi que autre fois a esté faict; et que mesdicts sieurs le feront jouer par tels qu'il sera advisé et ne donneront point ceste autorité aux dicts suppléants. » 1500. Amiens. — Le mvstère de la Passion est joué à Amiens, et D. Antoine de Caulaincourt con- signe ce fait en ces termes dans sa chronique de Corbie « in anno Jabilei 1500 celebrati sunt ludi Passionis Christi in Anibiano, cuni maxinio trium- pho et apparatu in festis Pentecostes. » 1501. Saint -Quentin. — Mystère de la Passion Monsieur sainct Quentin, à l'entrée de l'archiduc d'Autriche. 1501. Senlis. — Mvstère de la sainte Hostie, 1501. Amiens. — Vente du matériel servant aux représentations. 1502. Compiègne. — Miracle de Monseigneur sainct Jacques. 1506. Fourcarmont. — Le 14 juillet les Bernar- dins de Foucarmont demandent aux habitants de Corbie « de leur prester les cayers contenant le 53 mystère de la Passion Xostrc-Seigneur-Jésus-Clii-ist poiu' la joiior et déduire à la Penteeousle prorhaino audit lieu, à riionueur de Dieu et au salut du l>euple. » 1512. — Mystères et histoires pour rrutrcn» de François P''; la même année, mystère de Saint- Quentin. 17A7). Compiègne. — Encore un myst^'re, dont le titre ne nous est pas conservé. 1518, Coroie. — Dom Antoine de Caulain^ourt, dans sa chronique de l'abbaye de Corbie, dit qu'en l'aimée 1518 on joua, en cette ville, le Mystère de l'Apocalypse aux fêles de la Pentecôte et en -ni te le jeu de l'invention de la sainte croix qui l'ut donné sur la grande place. Le bon mjine cintril^ia pour la somme de quatre écus d'or à ce divci'- tissement. 15:27, Senlis. — Une délibération du Chapitre de Senlis autorise Jehan de la Motte, Pierre de Brave et autres « lulendi vitam san^Ji Ri.'îii absque insolentiis faciendis ». Dom Grenier ajoute (pie les acteurs s'adressèrent au Chapitre i)robablemc'nt parce que le théâtre était près de l'église. 1528, Soissons. — Le jour de la Pentecôte, on joue la Passion sur un théâtre dressé dans la cour de l'Evèché. 1530, Soissons. — Nouvelle représentât ii)n de la Passion, suivie de l'organisation d'une troupe régu- lière sous le nom de confrérie des Apôtres. 1531, Compiègne. — Mystère pour célébrer Tar- rivée de la reine Eléonore. 1533, Péronne. — ^'ie de sainte Barbe. 4 1533, Amiens. — Mysirro do sniiit Josopli. ir);>S, Compiègno. — Le 14 oelol)ro, un ]\Iystèro est joué pour eélébivr Tentrée de la reine de Hongrie. lolT, Amiens. — Le 17 août, d'après M. Dubois, « à la rentrée du roi, on re})résente encore des mys- tiM*es à la porte d'entrée et dans les rues où il passe, on n'ose pas devant le roi sortir des repré- sentations reliaieuses. » 1547, Montreuil. — A partir de l'année 1547, nous dit M. Charles Louandre (1), on voit mentionnées les dépenses que n .xe:^sita à ^Nlontreuil la repré- sentation des Mystères et moralités. On sait que « eliaque année, au renouvellement de la loi, le jour de saint Simon et saint Jude, les enfants de la grande école jouaient ung moral en l'échevinage et ils recevaient pour leur peine 40 sols tournois. On trouve des traces de cet usage au xiif siècle. Les pèlerins de Saint- Jacques, dont la confrérie était instituée à ^lontreuil, dans la paroisse de ce nom, fii^urent également comme auteurs drama- tiques dans les comptes de l'échevinage. « Au xvf siècle, les écoliers jouent encore des Mvstères sous la conduite d'un nommé Jean de Sains, directeur des études, que l'échevinage avait chargé de la mise en scène. » 1550, Péronne. — Le 5 mai, trois clercs habitués de l'église de Péronne sollicitent, mais en vain, la permission de jouer pendant les fêtes de la Pentecôte, sur la place publique, l'histoire de Joseph vendu par ses frères. < 1 > Oj,. cit. . 1, 3-2."). r).) 17k)'3, Soissons. — Le niyslèro de Xoli-c-Djuiic- (le-Liesse fut donné lo j)uis (jud- (jucs temps déjà, Péronnc possédait une Confiu-ric des Apàti'CH ou de la PasHioii^ l'opi'ésoiilaiii (\v^ mystères, notamment i\ la Fête-Dieu, ir)()r), Soissons. — Mystère de la Passion. Lm mort subite do \\\\\ des acteurs })roduit, au milieu de la représenlalion, une doLdoureuse émotion. lôGT, Saint- Quentin. — Le ,20 juin « sni' la requesto présentée par les maistres procureurs, confrères et compaignons de l'iiospital Sainl-Jac- ques, requérant qu'il four fut permis faire quidqne histoire de Sainct Jacques le jour de Sainct Jacques prochain, comme ils ont de tout tems accoustumé faire, Messieurs ont permis de jouer, à la chari-e que lesdits supplians leur monstreront ce qu'ilz doibvent jouer pour seavoir s'il y a aulcunes choses doffiMidues. » 1579, Soissons. — Le jeu d'Elysée, d'Acar et de Jézabel, de la composition de Sébastien Petit, fut donné le mercredi après Pâques. 1597, Amiens. — Le 3 mars, les grands vicaires jouent lo mystère de saint Joseph, après avoir ])romis d'observer en toutes choses la plus grande décence. xvif siècle, Péronne. — On représente des Mys- tères à réglise Notre-Dame au faubourg de Bretagne. Dom Grenier nous apprend que le Thapitre de la même ville faisait « lo :24 de mars, veille de l'An- nonciation, après complios, la solennité du Mystère du lond( main. Le ehantro et le sous-<;lianlre, l'ovèliis 5G en (?hape, précédé> des missiers, d'un choriste, de la eroix et des cliandeliers venaient entonner au chœur le répons Gcmde Mai'ia que Ton continuait en fleurti en allant faire une station dans la nef. De là, quatre enfants de clicrur montaient au jubé pour représenter Tun la A'ierge, Tautre Tange Gabriel, et les deux autres pour chanter en plein chant le Mystère. Le même jour, a Amiens et peut- être dans les autres églises de la province, on chan- tait à la grand'messe le Kyri', fo:}s bonitatis et Gloria in excclsis farci. 1770, Abbeville. — La Présentation de la sainte \'ierge au temple fut jouée, à la grille du chœur de l'église Saint-^'ulfI^an de la chaussée par les petites filles de l'école paroissiale. Enfin, à notre époque, les Mystères n'ont pas complètement disparu. Nous les retrouvons peut- être bien changés, bien tombés, se survivant à eux-mêmes, mais en tout cas très-reconnaissables dans certains tableaux vivants, et les représentations de VAncien et du Xouveau Testament^ la Tentation de saint- Antoine, V Enfer et autres spectacles sacro- profanes qui, de ville en ville, réjouissent les enfants à l'époque de la Foire. LES DRAMES AXS \r chapitre précédent, nous avons indiqué les princi[)ales représentations et, par cela ménie, les titres des Mys- tères joués en Picardie. Nous ne revien- drons pas sur ce sujet; cependant au moment d'analyser quel(|ues-uns de ces drames, il n'est pas inutile de rappeler brièvement les plus importants d'entre eux. Ce sont : \.^ Passion de Xotrn Seigneur Jésus-Christ, le Jeu de la Vengeance de lu Passion, le Triomphant Mystère des Actes des Apôtres, V Annonciation , la Xaticitê,h\ Puri/lcatio/t de Notre-Dame, Notre-Dame-de-Liesse, la Création du Monde et le Jugement dernier, V Apocalypse, Jos(p)h. vendu par ses frères, Daniel, Gédéon^ Job, Jouas sortant delà baleine, Bert'ie et h roi Pépin, en lin la vie des saints, plus spéeialement de Ht- Adrien, Ste- Agnès, St- Alexis, St- Antoine, Ste-Barbe, Ste-Ca- therine , St-Christophe, Ste-Colombe, Ste-Fog, St- Crépin et St-Crépiinen, St-Denis, St-Firmin martijr, St-Fuscien, St- Jacques, Ste- Jehan ne, St- Laurent, Ste-Marguerite, St-F^i^rre et St-Paul, St-Quentin, St-Sébastijn et bien d'autres encore. 58 Xous sommes for^èmont ds.\\^ robligitioiide laisser de coté le plus grand nombre de ces mystères, nous allons toutefois étudier rapidement les plus remar- rpiahles et ceux qui ont réjoui le plus souvent nos ancêtres. En première ligne et avant tous autres vient la Passio/i. Plusieurs drames portent ce titre, le plus ancien en date est évidemment celui d'Arnoul Greban, acheté en 145,2 par la numicipalité dWbbeville (1), et représenté à Amiens en 1455, les deux cités voi- sines s'étant évidenmient piquées d'émulation. Il a été })ublié en 1878 d'après trois manuscrits conservés à la Bibliothèque Nationale (fr. 8.2(3 anc. 7206; et 825, anc. 7206) et à la Bibliothèque de l'Arsenal (B. L. Fr. 260) par MM. G. Paris et G. Raynaud (1). Cette œuvre jouit d'abord d'une popularité considéral)le sans doute parce que, en outre de talent réel, si on la compare à ses prédécesseurs, qu'y avait montré l'auteur, elle inaugurait la grande mise en scène (2) et déployait un luxe inusité; elle faisait voir, chose jusque-là inconnue, un mystère de 34,574 vers, dans lequel, pendant quatre jours, s'agitaient plus de 22i) personnages. Contrairement à ce qui arrive assez souvent, les savants éditeurs d'Arnoul Gréban ne se sont pas j)ris (\\\n entliousiasme sans limite pour leur poète, ils (1) Le Mystùre de l:i Passion, d'Arnoiihl Greban, pultlié d'après les .Manuscrits de Paris avec une introduction et un Glossaire par Gaston Paris et Gast jn Pinynaud. Paris, Wiewij, 1878, granus S3mble neuve et qui m manque pas de gi-an leur. Dans la nnse en scaie de la Wv du ('hi'ist, Arnoul Gréban suit rM\amiik\ non-seulement san- invcn- tion, mais avec une remanjuable faiblesse. Les miracles divers qui, sous une main habile, auraient |)U donner li(ai à tant de scènes charmantes ou l)alhéti([ues, sont })latement dialogues, et b 'aucoup des plus intéressants sont omis. L'absence complète de cai'actère pia'sonnel chez Jésus était im[) )Sv'(; au poète par la façon étroite d »n' \) moyen-âge coi-u- prenait la figure d(3 riIomme-Dieu, mais connue cette ligure occu[)e près pie tout V) temps le t!i'j.\li'e, il en l'ésulte une froideur constante. Les person- nages accessoires ne sont guère-; plus \i\ants. lis débitent juste ce qui est nécessaire pour exj)liquer leur intervention et leur action, sans {\u.\)\\ irauve chez le poète une trace d'effort ]>our les rajeunir GO ou les caractériser. Quel parti, dans la dounée où l'auteur était nécessai remeut assujetti, ue pouvait-il eu tirer!... Seule, Marie a été traitée avec uue prédilectiou particulière et qui a parfois porté bou- lieur au poète. La complexité uiystique de ce caractère de ^'ierge-MiMv, de ce cœur qui daus le môme être aime sou 111s et véuère sou Dieu, do cette âme qui, tout éclairée des prescieuces de la gloire future, n'en est pas moius meurtrie par les augoisses de la douleur présente, cette complexité-qu'il est impossible de saisir et de représenter réellement, Aruoul Gréban a eu le mérite d'* l'imaginer et parfois, si nous ne nous trompons, de Fin liquer avec un certain succès. Marie est la figure la plus pure et en même temps la plus vivante de son œuvre (1). » Nous ne })Ouvons nous arrêter longtemps à Fétude de ce mystère ; toutefois, comme il a été joué dans notre contrée, qu'il est un des premiers qu'on y ait représentés, nous croyons devoir en citer quelques passages. Nous n'entrerons pas dans le drame même et, pour rester en quelque .sorte sur le seuil, nous nous occuperons seulement du PROLOGUE DE LA PASSION d'arnott. OnÉRAX Voni nd Jiberandinn nos, Domino Dons yiriutnw. Pour rulTciice du premier père (Jue tout le genre humain compère En servitude très grevaino Volt le fils (le Dieu })ar mistèro (1) Le Myslàre do la Passion, introduction, p. xvi. Gl Couvrir sa divinité clère Du voille de nalure Inimaine Quanti (le la majesté liaultaiue En la i)ovi'e vie mondaine Vint pour devenir nostre frère Ou sa personne d'honneur i)laine Soubmist à traveil et à paino Et en lin à mort très amère. Long temps fut humaine nature Soubmise à trop dure peinture De puis eelluy transgrès eommis, (ïar l'essenee qui toujours dure Et en qui n'a lin ne mesure Avoit cest edit ainsi mis Que mesme ses meilleurs amis En ténèbres feussent soubmis Sans terme de gloire eonclure Et fut tel discort entremis Qu'il ne pooit estre demis Par angle n'aultre créature. Quant à ce discort subvenir Remède ne pooit venir Si non de Dieu tant seulement : Homme n'y pooit advenir, Pechié l'en avoit fait banir ïCt forclorre totallement; L'angle n'y pooit bonnement Pour le vice ({u'aucunement Infiny se vouloit tenir, En tout que son dérèglement S'estoit adressé ithiinement Uonti-e cil «pii ne peust fenir. Et ainsi durant ccste guérie A qui Justice tenoit serre. Humanité trop se douloit, Car pour supplier ne requerrç 62 Xe pooit avoir ne acquerre Félicité ({irello vonloit; Le supi)liei" ne luy VMlloit, Miséricorde luy falloit, Qu'aullre aide n'avoit en terre. Et ce (luelifue espoir liiy l»ailloit, Rigueur de Justice y sailloit; S'en estort j)rivée j^'-rant erre. Ainsi tous les humains descendoijnt En enfer, et là se rendoient Privés de consolacion, Sinon de Tespoir ifu'ilz avoient Et que [tar vrayp. foy savuient En fin avoir rédemption: Mes la i^rande délacion De la pacification Moult tristes et pensifz plaindoient, Car la maie transgression Leur caiisoit la privacion De la g-loire qu'ilz attendoient. Tant prrevalde estoit ceste offence Que Justice de la sentence Ne vouloit à mercv traire Et tenoit la cause suspence, Se du fait n'avoit recompense A qui qu'il tournast à contraire L'homme n'avoit de quoy la faire, Angle n'y pooit satisfaire : Q;ry restoit il mes d'apparence Fors que Dieu, qui tout peust reffaire Venist la nature [jarfaire (Jui de son hi;'n ot tel carence ? Les patriarches à hault son Demandoient ceste ranson Pour parvenir à vray repos, Eux gémissant en la prison, 03 El l)anis sous leur inespiisuu De béalitudo forclos, Iceulx en si (lesi)liHsaiîl clos Par lig.icur de Justice enclos Crians sans cessée à liailt Ion Poe il pr jférer telz mos : « Veni nd lihcrnittliiin nos, « Domino Dons virtuluin ! .( Ne nous laisse plus icy vivre .< Bon Dieu, mes visn, si nous délivre :( Qui lait désirons ta venue ; (( Vien de fait et œuvre le livré « Ou ti sces noslre debte esuyvre « Par qui prison avon tenue. » Quaud la journée lut venue. Leur requeste fut obtenue E^t de servi' ude délivre ; Lors fut la finance randue, Quand en croi.v fut morte estandue La char de cil ([ui tout livre. Lors paya le da-igereux pris C.clluv ou tous biens sont comi»ris, C'est Jliesus, nostre doulx sauveur: Lors celluy qui prenoil fut jiris, Lié, conlTondu et surpris Sans jamés espoir de vigueur : p:t c'est la cause sans faveur Qui nousmeust pour bien et lioneui- D'avoir cestuy mistére empris, De vous demonstrer par doulceur La passion et la douleur Que pour nous tous a entrepris. Monstrer voulons par personnages Aucuns des principaux ouvrages Que fist nostre Seigneur pour nous. G4 Les peines, Iravnulx et oiiltrn'^es, Tempfacions et griefs dommages, (^Hi'il vuiilt endurer pour nous tous. Se la reverance de vous Faulte y voit dessus ou dessoubz, Trop dit ou faulte de langages, Soiez aimal)Ies et doulx Et nous eorrigez sans courroux : N'en serons aullreffois plus sages. Prenez ce que l)on vous sera F^t le surplus l'en laissera. Car tout ne poons attaindre: Notre procès mieulx en vauldra Et le plus grant proftit en sauldra, Sans nostre matière contraindre : Mes pour nostre ignorance estaindre Ou presumpcion pourroit maindre, Vng chacun de nous requerra La Vierge qu'el ne veille faindre A nous bien régir et constraindre Kïi disant Ave Maria Ave Maria, Voiii ail lihcraudiiii nos, Domino IJeus rirtiituni ! Je dis encore à mon propos Par le thème de mon sermon Que les prophètes de renom Ou limbee attendans la journée VA la venue désirée Du doulx Messias nostre sire Pooient tels paroles dire : <« Bon Dieu, pour nous confort livrer « De ceste chartre griefve et lante a Vien icy pour nous délivrer (' Par ta puissance precellante. » G5 A cestiiy point commancerons Et premier nous vous monstrerons Les plaintes que faire pooient Les pères qui ou limbes estoient, Attendons leur rédempcion Par la haulte inrarnacion Du doulz et benoit lilz de Dieu Qui leurs plains en temps et en lieu Kntendit et amodera Par la mort qu'il endura ; Illa vouldrons laisser l'istoire Par moyen d'interlocutoire VA moraliser un petit Pour contenter vostre appétit. Nous metterons cinq personnaj^es De cinq dames haultes et sa<^es Es quelles paix sera propice Miséricorde avec Justice, Vérité et puis Sapience ; Et ce pour juger de l'offense D'Adam qui fut le premier homme, Quelle elle fut et de quelle somme, Et s'elle est digne de pardon Ou d'avoir si mauvais guerdon Que jamès ne soit retournée. Après la sentence donnée Orrez raisons haultes et bonnes A laquelle des trois personnes Père, Filz et Saint Esperit, Pour le genre humain qui périt Loist faire repparicion En souffrant mort et passion ; Et pour quoy ce divin mistère Appartient au Filz plus qu'au Père Ou au saint Esperit de nom ; S'arguerons que si, que non, {>3mme saint Thomas l'a traictéf» (36 Soubtileniont on sou Iraiotéo Sur ]o tiers livre de sentences. Si orrez argus et defïences PourquoY le faulx péché dampuable Du diable fut irréparable, Condanipné eu Téternel fu Et pour quoy Thomme allégié fu Non obstaut son péché très gri^f i Et le fait déduit assés brief, Verre conclure en audience Par la divine Sapience : Le vrai fdz de Dieu ordonné Divinement estre incarné Ou très saint ventre virginal; Et puis message especial Commis pour annoncer ralTaire A la très doulce et débonnaire Vierge qui mère devoit estre Pour porter le doulz fruit eelestre Venant du trosne supernel. Lors vendra l'angle Gabriel Faire l'Adnunciation Et après ferons mencion De la doulce Nativité, Poursuyvans sans prolixité I/euvangile a nostre sçavoir Sans apocriphe recevoir. Si vous prions, seigneurs et dames, Conjointement hommes et famés. Que silence vueillez garder. Et brief nous orrez procéder A Tayde du créateur. Le quel nous doint par sa doulceur Si bien faire et vous bien ouir Qu'a la parfin puissions jouir De la vision éternelle De Dieu en gloire supernelle. Amen. 07 ( )jvi-oz vos vcuK cl rt'uanloz Dévotes gens ([ui atleiidez A ovr eliose saluluii-e : Veillez vous pour vos salut taire Par nue amoureuse silence ; Si verrez en ])rief sentence Le fait de la création Vit la noble plasmaeion Du ciel, terre, angles et humains Va\ bricf (car cecy, c'est du mains) Et comme incident lifterai A nostre propos principal : Xostre especiale matère Est de Iraicticr le liault mislere De Jhesus et sa Passion Sans prendre aullre occu| a-siou, Mes la creacion du monde Est vng mistere en quoy se foude Tout ce qui deppend en auprès : Si la monstrons par mos exprès : Car la manière de pi'oduyre Ne se peust monstrer ne déduire Par effect, si non seulement Grossement et figuraulment : Et selonc qu'il nous est ])ossilde En verrez la chose sen.'-i'Dle. Nous assistons alors à une série de scènes curieuses, dont les plus intéressantes sont la créa- tion de l'homme et de la fenniie, la tentation d'Eve par Satlian, la faute do nos [)Peniiers parents, leur expulsion du inu-adis terres^tre, la joie des diables (pli l'ont « une bien grant tenipesle en leur enfer, » puis Vactetir reparaît devant le public et rappelle tant ce qui vient d'être joué que ce qui va être représenté : 68 Or, vous avons en brief comprise La nialière hauUe et féconde De la créacion du monde ; Puis comment homme fut formé Et comment de Dieu informé Inobedience commist, Pour quoy Dieu tantost le desmist De Paradis en aultre terre Pour sa vie en grant labour querre. Son labour, sa dure grevance, Sa très amere penitance Que depuis Adam Ion": temps fit, Passerons oultre, et nous soufilt Monstrer, pour depescher matière, Comment Cayn oecit son frère Par envye : et le traicterons Tout le plus brief que nous pourrons. Et les acteurs tiennent parole, car il ne leur faut que 342 vers pour raconter le crime de Caïn, après quoi une nouvelle annonce et 391 vers nous mènent jusqu'à la mort d'Adam. L'Acteur. Or avons monstre, beau seigneur, Le trespas de nos premiers pères ; Mes pour abréger nos materes, D'Abraham, Isaac et Jacob Laisserons, qui nous tiendroit trop A ce que nous avons à faire. Souffice vostre doulx affaire Qu'après celle transgression. Voyez la repparacion Par la puissance precellante ; C'est nostre singulière entente, La se tourne tout no désir ; Pour le traictier plus a loisir Nou8 ne voulons pas tout comprendre 69 De fais que chacun en soit mendre, Ou limbe nous commencerons Et puis après nous traicterons l^a haultaine incarnacion Pour venir a la passion De nostre sauveur Jhesu Crist; Après, sa résurrection Et l'admirable ascension Et mission de saint Esprit. Tel est le prologue de la preinicre journée et de tout le mystère. Les extraits et l'analyse que nous en donnons suffisent pour permettre au lecteur de se rendre compte du gein^c et de l'esprit de cette œuvre plus importante par ses vastes dimensions que par la valeur des détails. D'autres di^imes, avons-nous dit, portent encore le titre delà Passion ; de ceux-ci, l'un des meilleurs, le plus célèbre, celui qui a eu le plus de vogue est de Jehan Michel d'Angers. Il est postérieur au pré- cédent, puisque la première eut lieu seulement en 148G ; les 87 tableaux (40,000 vers) se divisaient en huit journées de cinq mille vers chacune ! Le spectacle com- mençait à huit heures du matin pour ne finir chaque jour qu'à sept heures du soir. Quelques acteurs avaient des buffets recouverts de vaisselle plate et offraient aux spectateurs des vins et des fruits : nos contemporains n'ont plus d'aussi délicates attentions ! Les frères Parfaict d'abord, (1), ^L Louis Paris (2) ensuite ont publié des analyses fort étendues et fort complètes de ce drame qui comprend toutes les Ecri- (1) Histoire du Théâtre François. (2) Toiles peintes et tapisseries de la ville de Reims, par Leberthais et L. Paris. Paris, 1843, 2 vol. in-4°, et 1 album i>rand in-t^. 70 turo:^. Xous lie rocommeucerons pas après eux ce travail qu'ils ont mené à bonne fin et qui nous en- tra înei'ait au-delà des limites que nous impose le cadre de Tliistoire que nous écrivons, nous allons seulement nous arrêter à quelques épisodes saillants. Il en est un qui a une certaine valeur historique : St-Jean vient d'apprendre tous les désordres du Tétrarque de Galilée. Il se rend chez Hérode et lui tient ce courageux langage : Sire, Dieu te doint l)onne gràee ! (1) Je viens devers ton ti-iljunal Pour te remonstrer le granl mal Où ta folle plaisance tend Dont tout ton peuple est mal coulent Et Dieu premier: car quant au point Je te dy qu'il n'apartient point La femme ton frère tenir. Tu te veulx prince maintenir, Tétrarche, de justice chief, Et réputerois grant meschief Si vng de tes sujets le faisoit, Ta justice le jougniroit Comme un vice ort et infâme. Doncques toy que Tétrarche on réclame, Que noblesse doit introduire, En qui justice doit reluire Comme en Fair le clerc diamant Ton frère ne es pas vray amant Quant par cautelle et tyrannie Luy as son épouse ravie ! Tel cas n'est pas fraternité. Mais plus que bestialité. Tu voys bien les oyseaux petits Qui en soy ont cueiirs si gentils ieii désigner le Jésus dont Lucifer se i)laint : Car plusieurs gens bien renununi'z Jadis furent Jliesus nommez, « Satan répond que c'est Jésus, fils de Marie, de l'éoéclié de Nazareth. Là-dessus, Moïse, procureur de Jésus, prend la parole et défend son divin niaitre. On comprend que cet étrange procès a pu susciter les scrupules des d(jcteurs en théologie qui n'ont pas souffert que Jésus fut mis en cause pai' Lucifer. Quoiqu'il en soit, les feuillets supi)lénieiitaires ne se trouvent dans aucun autre exemplaire, et l'on doit présumer (ju'ils ont été empruntés à une édition j)lus ancienne, que nous ne connaissons pas, ou imprimés ex})rès pour un bibliophile de ce temps, sinon pour le réviseur du mystère, Pierre Curet lui-même. Ce qui nous fait croire de préférence à l'intervention d'un ancien bibliophile dans cette affaire, c'est que l'exemplaire est plus grand de marges que tous ceux qui existent. Enfin, pour ne pas oublier une observation littéraire que nous a suggérée la lecture de ces scènes, probablement con- damnées par la Sorbonne, nous trouvons une certaine ana- logie de création entre l'assemblée des diables du mystère et le pandemonium du poème de Milton. » Consacrons un instant à ce mvstèrc : il a d'autant plus droit à notre attention qu'il fut joué as.sez sou- vent en Picardie. Cet ouvrage fut comi)osé vers 1450 ; d'apivs les frères Parfait (1), « c'est le mystère le plus beau et le mieux versifié après le poème de la Passion o. La représentation la i)lus importante en fut donnée à Bourges, ainsi que nous l'avons déjà dit; Amiens le vit plus d'une fois et lui accorda quelque faveur. (L) Histoire » -. ..^^. .. 105 Simon Gréban qui, de son propre aveu, florissai^ sous Charles VII ? C'est ce qu'il est inqwjssible de deviner : le livre qu'il avait sous les yeux ne prête en aucune façon à cette confusion. Cette identitication absurde est cependant la seule preuve qu'il appuno à l'appui de son dire. Pour rendre possible un rapprochement que rien au monde ne justifie, il s'est avisé de supposer une faute à l'impression, mais cette hypothèse est tout à fait inadmissible. Non- seulement le L/6VV c/j PMÏo^jp'uj porte après le titre : Translaté de latin en franc. lis à la retjaeste de Philippe-le-Bel, rotj de France ; non-seule- ment Vexplicit répète la m mu- formule, non- seulement dans sa dédicace, évidemment remaniée par celui qui a procuré l'édition de \'érard, mais authentique i)ar le fond, Simon do Compiègne s'adresse à son « souverain seigneur, Philippe-le- Bel, roy de France », nuis le style, malgré le maladroit rajeunissement qu'il a sabi, porte, autant que les idées, le cachet du temps de Philippe IV ou de Louis XI. On no peut pas davantage sju- tenir, comme l'avait imaginé Pr )S.)or Muvhan 1, et comme l'a fait M. A. S^rel, que Sini )n Greban n'aurait été que le réviseur d'un liv['e [)lus an -icn, du à maître Aignon et dédié par lui â Philippe-le- Bel. C'est bien Simon de Compiègno qui [)arle dans la dédicace, et quant à la notice où il est \ydv\é de ce « maistre Aignan » à côté de « maistre Svmon de Compiègne qui fut moine de Saint-Richier-en-Pon- thieu », il faut l'entendre en ce sens que Simon de Compiègne traduisit une partie de sa compilation, celle qui est relative au C un put et nu K d."ndi''r, du 106 latin d'un maître Aignan qui vivait peu de temps avant lui, et dont Touvrage est arrivé jusqu'à nous (1) » En présence des arguments fournis de part et d'autre, devons-nous renoncer aux Greban pour la Picardie ou simplement dire avec le philosophe : Que sais- je f Notre province, d'ailleurs, compte d'autres poètes que l'on ne peut lui contester. C'est ainsi que les frères Parfaict citent encore JeanMolinet ou Moulinet, qui naquit à Desvrennes « en Picardie, fit ses études à Paris et devint, par la suite, gard'e de la biblio- thèque de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, et chanoine de la Collégiale de ,Valen- ciennes, ville du Haynaut. Il composa entre autres ouvrages, un recueil de choses arrivées de son temps, depuis 1474 jusqu'en _15Q5, qui n'a point été impri- mé (2). » On a de lui (3) : Histoire du Rond et du Quarré, à cinq personnages, et imprimé par Antoine Blanchard, sans lieu ni date; les Vigiles des Morts, par person- nages, imprimées à Paris' par Jean Janot, sans date. (1) Le Mystère de la Passion cVArnoul Greban, publié par G. Paris et G. Raynaud. Introduction, p. X et XL (2) Les frères Parfaict, op. cit. ['i) Du Verdier, Bibliothèque françoise. LES ACTEURS L n'y avait guère au xv° siècle de pro- fession d'acteur à proprement parler; ceux qui acceptaent de jouer un rôle dans un mvstère étaient des habitants de la ville où la fête se donnait, avant leurs travaux professionnels et occupant leurs loisirs à apprendre les vers qu'ils devaient réciter non-seulement pour la réjouissance de leurs conci" toyens, mais aussi pour leur agrément personnel. Quelques-uns le faisaient bien par pur dévouement ; mais quel que soit le motif qui les guidait et malgré la rétribution qu'ils recevaient il n'y avait pas, au début surtout, de comédiens par métier. Aussi ne serons-nous pas étonnés de voir des prêtres remplir, tantôt le rôle du Christ, comme à Metz où l'un d'eux faillit périr sur la croix (tant ceux qui jouaient avec lui avaient pris la chose au sérieux et croyaient que cétait arrivé) tantôt, comme à Amiens, les rôles les plus singuliers, même ceux de diables ! Dès 1402 ou 1403, nous trouvons établi le vieil usage des représentations à Amiens. Dom Grenier 108 signale (1) le passage suivant de lettres de rémission qui ne laisse aueun doute à cet égard : « comme la veille de Saint-Firmin, les jeunes gens de la ville d'Amiens ont accoustumé de sov jouer et esbattre et faire jeux de personnaiges, Jehan le Corier se feust accompaigné avec plusieurs entants de ladite ville qui faisaient un jeu de personnaiges... L'un desdits jeunes gens déguisés tenant, comme un messager, un glaviot en sa main,... etc. » A Xoyon (1475) la Pa^sio.i est jouée par des habi- tants auxquels, par permission du chapitre, se joignent des chanoines et des chapelains. A Abbeville (.29 janvier 1402) Guillaume Bournel, lieutenant de monseigneur le seneschal de Ponthieu, sire Jehan Landier, Maiheu àd Pont, Bernarl de Mav et Maiheu de Beaurains sont commis à la conduite et gouvernement du jeu de la Vengeance. Sont-ils là simplement comme organisateurs et metteurs en scène, n'ont -ils pas plutôt, tous ou presque tous, ajouté à ce titre, ainsi que cela arrivait souvent, celui d'acteurs chargés des prin- cipaux rôles, afin de mieux surveiller la représen- tation i C'est ce qu'il est impossible de préciser d'une façon absolue ; mais la seconde hypothèse nous semble assez vraisend)lable. A Xoyon (30 mar.s 1 17n, Jehan Destrée et autres, célébrait la i)rise de 'i'hei\)uanne et la rencontre advenue auprès de Bethune par M. Deskerdes et aultres capitaines, à l'encon re du duc de Gueldre, du comte de Naussot et aultres tenant le parti du duc d'Autriclie (2). » En li:jy, Jehan Delaby, Miquiel Deleane, Guerard (1) Tous ces noms sont cités par M. A. Dubois. (2) Dubois., op. '-il. 110 de Fiers et autres racontent T histoire de Saintes Marguerite. En 1494, les compaignons d'Abbeville viennent en représentation à Amiens. C'est la première troupe nomade que nous rencontrons, mais en réalité ce n'est de sa part qu'une excursion, presque une politesse à une ville voisine, sans doute à charge de revance : nous verrons le même fait se reproduire plus d'une fois. En effet, l'année suivante, Amiens reçoit les acteurs de Tournay; ceux-ci ont accompli un plus long trajet, c'est un véritable voyage, pendant lequel ils ont dû s'arrêter en diverses localités pour la plus grande joie des habitants. Les grands vicaires jouent le mystère de Saint- Joseph, le 3 mars 1597 à la charge par eux d'ob- server en toutes choses la plus grande décence. C'est ce qui résulte du texte suivant, cité par Dom Grenier : « Magni vlcarii Ecclesiœ Ambianensis petierunt et obtinueriuit a dominis licenticun ludencU in choro hujus ecclesiœ Imlum Joseph, proviso quod ipsi vicarii nec non pmeri choriprofetœ Ecclesiœ non discurrant per vicos et plateas civitatis Ambianensis de nocte neque die, faciendo dissolutiones cdiquando per eosdeni fieri solitas. » Cette pièce se jouait, comme nous l'avons dit plus haut, sur le parvis de la Cathédrale ainsi que le prouve cet autre texte : « Domini licentiam et congerium donaverunt vicariis ecclesiœ ludendi hoc anno die doniinica Lœtare Jérusalem supjra parcisium ludum seu mysterium de Joseph . » En 1499, « Pierre Bonnart, preotre, faict, au jeu 111 de Dieu, le personnage de Lucifer. » (1) Ce n'est pas sans étonnement que l'on voit un membre du clergé chargé d'un rôle aussi peu en rapport avec le carac- tère dont il est revêtu ! A Doullens, la même année, Pasquier de Béthem- bos, Nicolle Capperon, Pliilippe INIarchant, prêtres, obtiennent un vif succès avec la Passion et la Résurrection de Jésus-Christ. A Senlis, en 1501, les habitants jouent le mystère de la Sainte-Hostie ; en 1527, Jean de la Motte, Pierre de Brave et autres jouent la vie de Saint- Roch. A Soissons, en 1530, Albin de Avenelles, chanoine et chantre de la Cathédrale, Adrien Lecocq, chape- lain, Crépin Hourdes, prêtre religieux de Saint- Crépin-le-Grand et autres, fondent la Confrérie dite des douze apôtres, composée, nous dit Dom Gre- nier, de quatre-vingt-six personnes, dont quatorze représentant Jésus-Christ, Saint-Jean-Baptiste et les douze apôtres, et soixante douze, le nombre des disciples ; que les premiers assistaient à la procession le jour du Saint-Sacrement, en habits conformes aux personnages qu'ils représentaient. L'évêque leur permet de faire célébrer solennel- lement, le dimanche dans l'octave du Saint- Sacrement, la mémoire de la Passion, à condition qu'après l'office, ils se retireraient modestement, deux à deux, pour dîner honnêtement sans ivro- gnerie, sans murmures et à frais communs, tant des absents que des présents; enfin, il leur accorde {l) Dubois, op. cit, 115 quarante jours d'indulgence, aux jcHirs des fêtes de la Confrérie qu'ils s'approcheront des sacre- ments (1). Dans la même ville, (en 15G5) Pierre Lesueur meurt subitement en scène. A Péronne (en 1533) quatre bourgeois et des prêtres jouent « la vie de Madame vSaincte-Barbe ». En 15G3, ils seront organisés en Confrérie des Apôtres ou de la Passion. Enfin, à Saint-Quentin, (en 1567) les confrères et compagnons de l'Hôpital Saint-Jacques, jouent, pour célébrer la fête de ce saint, l'histoire de sa vie. Ce qui précède nous permet d'établir une liste des principaux acteurs de la Picardie au xv' et XVI** siècles. Ce sont, pour : Abbevillk 146^. Guillaume Dournel; Jehan Landier ; Mahieu de Pont; Bernard de Mav ; Mahieu de Beaurains. 1491. Les Compaignons d'Abbeville ; Amiens 1^02 ou 1403. Jehan le Corier. 1413. Les Confrères du St-Sacremenl. 1443-1450. Guillaume Sauwalle. 1443. Jehan Léman nier. Adrien le Painctre. 1448 Les Compagnons de la Paroisse St-Firmin-le- Confesseur. (I Doin rtienier, Introduction k i"Hi>foir'^ de la Pirprdie. 1 1 :>. 14r>0. Jehan îSaguit'r. 1480. Jacques le ^lessicr. Pierre Du ry; Pasquier de Béthembos ; Robert le Manguier ; Mercher. 1481. Jehan Renault ; Les Compaignons des paroisses Saiut-Leu, >Saint-Firmin, Saint-Germain, Saint-Remy, Saint-Martin, etc. 1187. Pierre de Durv ; Jacques Randon; Jehan Destrée. 1489. Jehau Delahy ; Michel Deleane; Guérard de Fiers. 1498. Pierre Bonnard, prêtre. Les membres de la Confrérie de Xotre-Dame-du- Puy ne doivent pas, non plus, être oubliés ; nous ne faisons que les mentionner ici pour mémoire, devant consacrer un chapitre spécial à leur puissante société. DOULLENS 1499. Pasquier de Béthembos; NicoUe Capperon ; Philippe Marchant, prêtre. NOYON 1475. Des habitants de la ville, les chanoines et les chapelains. 1478, Les enfants de chreur. 114 Péronne 1533. Quatre bourgeois et des prêtres. 1563. Confrérie des Apôtres ou de la Passion. Saint-Quentin 1567. Les confrères et compaignons de l'Hospital St-Jacques. Senlis 1501. Des h'àhiianis^ no nmdli habitantes; 1527. Jehan de la Motte. Pierre de Brave. SOISSONS 1530. Albin de Avenelles, chanoine ; Adrien Le Cocq, chapelain; Crépin Hourdei, prêtre. 1565. Pierre Le Sueur. Les acteurs étaient luxueusement vêtus, ainsi que nous l'ont prouvé les descriptions de leurs costumes; plusieurs d'entre eux faisaient les frais de ces cos- tumes et, sans doute aussi, payaient ceux de quelques- uns de leurs camarades moins fortunés. Enfin, nous avons vu que les plus riches ne reculaient pas devant la dépense d'un buffet où les spectateurs pou- vaient se rafraîchir aux frais de la troupe. Ce goût des habitants de la province pour le théâtre se manifestera encore très vif au xviii^ siècle où les comédies en chambre obtinrent un assez grand succès ; mais au xix*" siècle il dipsaraîtra complète- ment des villes de Picardie. Subventions et dépenses diverses Droit des pauvres. — Censure ouu avoir la satisfaction d'entendre des mystères, les villes subventionnaient des troupes. Un chapitre précédent -^ nous a appris qu'Amiens, par exemple, possédait au début du XYf siècle ses décors, ses échafauds nommés hoiuxls^ etc.; nous allons maintenant constater un fait nouveau : les municipalités paient les acteurs. Pour cette étude, que nous ferons le plus rapidement possible, nous citerons quelques textes relatifs à plusieurs localités, les groupant par région et suivant pour chaque pays l'ordre chronologique. Abbeville, 1451. — Les artistes chargés de jouer le Mvstère de Saint - Quentin reçoivent cent sols parisis. 1451. — Un compte de l'église, ainsi conçu : A capellanis hujus ecclesiœ pro parte sua hourdi, liidi Passionis et dont lusoribus dicti ludi dati IIII lib. XVI sol,,., item lusoribus ludi Passionis, nous fait connaître la part prise par le Chapitre, à côté de la ville, aux dépenses résultant du jeu de la Passion; 1 10 l^itin, rii 14(j.'2, la numioipalitô vote5(Mivros pinir l'aire représenter la ^'engeance de la Passion. Amiens, 1413. — L'échevinage accorde aux con- frères du Saint-Sacrement « une amende de LX sols parisis pour eulx aider à supporter les grands frais qu'ils avaient eus et soutenus à faire, es lestes de Pentecoustes dernières passées, le mystère de la Passion X. S. J. C. et de la Résurrection, meisme pour les frais et despens des hourds où furent logiés Messieurs les bailli, mayeur^ esclievins et plusieurs conseillers de ladite ville. » 1427 _ i^e 11 août 1127, dit M. Dusevel, il est" alloué 20 livres parisis nesse, tonnelier, 16 sols parisis pour plusieurs tretteaux par luy baillez tant à faire le Paradis comme le Gouffre, jouer icelui mystère (1) » ; d'autres fois il faut payer aux étuciers le nettoyage des personnes chargées du rôle de diables ; ces acteurs qui se noircissaient la figure et les mains allaient ensuite se laver aux frais de la ville (2). Il ne faudrait pas croire que les villes seules aient fait la dépense des mystères ; de riches personnages s'offraient aussi ce luxe. Ainsi, le 13 octobre 1476, jour de son mariage, ^lichel Roye donne à ses invités le plaisir d'assister à une représentation de ce genre. Le droit des pauvres était-il perçu en Picardie? nous en doutons. Certes, il existait, en France, à l'époque qui nous occupe, et l'on connaît l'arrêt du Parlement (27 janvier 1541) par lequel il est permis (1) Archives municipales de Compiègne — Sorel op. cit (2> t< A VVaitier de Vismes, estuveiir, pour ceux qui firent les diables à Thistoire du jugement... au hourd du marché, lesquels s'en allèrent netoyèr et estaver aux estuves dndict Waitier. » (Comptes des Argentiers (rAl)l)eville, année 14()6, cités par M. Louandre.l 121 à Cliarles Le Rover et autres, entrepreneurs du jeu et mystère de VAncie/i Testament de jouui- à Paris les pièces de leur répertoire, et dans lequel il est dit : « et à cause que le peuple sera distrait du service divin et que cela diminuera les aumônes, ils bailleront aux pauvres la somme de 1000 livres tournois, sauf à ordonner une plus grande somme, t> Par arrêt du 10 décembre suivant (1), cet impcM fnt rendu proportionnel en ce sens qu'il devait être prélevé seulement sur les bénéfices de la troupe et non sur la recette brute. Mais ces textes semblent ne s'api)liquer (ju'à Paris et do nulle manière à notre province. Il est, d'abord, îi remarquer qu'il n'est fait uni le part mention chez nous de la perception de ce droit ; en outre, le motif invoque dans l'arrêt ci-dessus n'existait pas en Picardie; le i)ublic n'était pas dis- trait des offices par cette bonne raison que le jour où un mystère était joué, on chantait la messe de grand matin et les vêpres pendant l'entr'acte de midi. Plusieurs délibérations, notamment celles du cha- l)itre de Laon (1(3 mai 14(34, 14r)5, et 2(3 aont 147(3) sont formelles sur ce point : « on chantera la messe avant huit heures et les vêpres avant une heure. » Le motif de l'impôt en faveur des pauvres n'existant pas, il était logique que l'impôt lui-même ne fut pas établi. , (1) Jules Bonnassies. Les spoclacics forains ri lu romcclio française. — Paris, 1875, in-12. !. 122 Quant à la censure^ elle fonctionnait, déjà sévère., mais cependant libérale, si nous en jugeons d'après les livrets admis par elle. Il est vrai que notre époque est beaucoup plus prude et se scandalise bien plus facilement que le xvf siècle, sans être pour cela plus morale. Les preuves de Texistence et du fonctionnement de la censure abondent. Dom Grenier, après nous avoir dit que les habitants de Guise représentèrent le mystère de saint Jacques, ajoute que : « les habi- tants de Vadencourt (1) firent une supplique au cha- pitre de Laon pour jouer publiquement une prière en rhonneur de sainte Foy. Le chapitre exigea que cette pièce serait, pendant trois mois, entre les mains du butillier, afin d'être examinée. » A Senlis, le chapitre sachant que l'on devait jouer le mystère de la Sainte-Hostie, députe deux de ses membres « ad visitaridiun ludain seu niysteriain Hostiœ Sacrœ queni ludere intendant nunnidli habi- tantes hiLJus villœ », (2 septembre 1501). Vingt-six ans plus tard , il autorise « ludendi vitam sancti Rochi absque insole ntiis faciendis. » De même à Péronne, en 1533, on ne laisse jouer la vie de sainte Barbe qu'après en avoir examiné le manus- crit et avoir fait promettre aux prêtres qui figurent dans le drame de montrer leur rôle « permissuni est presbyteris ludere^ pronusso quod presbyteri luden- tes ostendant suuni rotulum doniinis. » Jusqu'ici, c'est le clergé seul qui exerce la cen- (1) Il s'agit ici de -Vadencourt, près Guise (Aisne\ et non du hameau du même nom, commune de Maissemy, arron- dissement de Saint-Quentin (Aisne). 123 sure. Eu 1567, uous la voyous aux mai us du corps muuicipal do Saiut-Queutiu qui, à la date du 20 juiu, permet aux coufrêrcs do riiopital Saint-Jacques de jouer la fête de ce saint « à la charge que les dicts suppliants leur monstreront ce qu'ilz doibvent jouer, pour sçavoirs'il yaaulcunes choses deffendues (1). » Que la censure ait été plus ou moins large, c'est ce que nous ne pouvons dire puisque nous serions forcément amené à la juger d'après les idées de notre temps plutôt que d'après celles de l'époque où elle Jlor'issaié déjà; mais ce Cjui est certain et incon- testable, ce qui nous sufifit, c'est son existence aux mains du clergé et des municipalités, c'est-à-dire des autorités même de qui on dépendait, et qui accor- daient ou refusaient les permissions de jouer les, mystères. Le sort des pièces était entièrement remis à leur discrétion. (1) Registres de la Chambre du Conseil de la ville de Saint- Quentin. — iVo/fs et documents sur la ville de Saint-Quentin dans la seconde moitié du XVI^ siècle, par Georges Lecociî- — Amiens, 1879, br. in-S". DEUXIEME PARTIE ALLÉGORIES. FARCES ET MORALITÉS SPECTACLES POPULAIRES ALLÉGORIES "*»&• ES grands mystères ne furent pas la seule réjouissance du peuple; outre les fêtes ordinaires, les feux de la Saint- Jean, etc., dont nous n'avons pas à parler ici, il trouva bientôt dans le théâtre d'autres distractions qui exigeaient une moindre dépense de temps et d'argent que les longs drames qui viennent de nous occuper; ce sont les farces^ les moralités et les allégories. Ces dernières étaient simplement des tableaux vivants expliqués par des inscriptions; quelquefois le commentaire était donné par une actrice, réminiscence du conteur que nous avons déjà rencontré , notamment au prologue de la Passion d'Arnoul Gréban. Bien que ces allégories fussent presque toujours à la louange d'un roi ou d'une princesse, on comprend que le nombre des échafauds sur lesquels on les représentait pouvait s'accroître ou se restreindre selon la fantaisie ou le bon vouloir des villes. Il v avait bien une idée commune présidant à l'organi- sation générale, mais rien n'empêchait d'ajouter 123 ou de retrancher des tableaux. En réalité, le res- pect dû au personnage que l'on recevait, le temps qu'on avait devant soi, les fonds dont on pouvait disposer étaient les seuls guides en semblable ma- tière. Les allégories durent être en honneur dans toute la Picardie et nous avons déjà signalé les tableaux vivants. Cependant c'est surtout à Abbeville que, grâce à M. i.ouandre, nous les voyons d'un usage fréquent; aussi nous allons suivre pas à pas l'his- torien du Pontliieu et lui faire plus d'un emprunt. La première allégorie que nous puissions citer ne remonte pas au-delà de la fin du xv*" siècle. En 1493, le 17 juin, Charles MI faisait une entrée triomphale dans Abbeville merveilleusement décorée pour la circonstance. Huit échafauds, construits en plein air, montraient des alléjjorics par tableaux vivants. Sur le premier de ces échatauds, dit ^L Louandre, on remarquait une jeune fille habillée en moyen estât, figurant une marchande, ou pour mieux dire la cité d'Abbeville accompagnée de trois autres filles Humble Service, Jocundité, et Léaidté. Ces person- nages tenaient des écriteaux sur lesquels on lisait Ave Maris Stella. — Domine, salvum fac Regem) au sommet du théâtre on avait mis en inscription : .1 vc Ilex Xoslcr O Charles, roy surtout très catholique Je qui me dis estre AhhaiisviUa A son retour joyeusement m'applique Toy présenter Ave Maris Stella (l) (!) Nous donnons le texte de ces vers d'après M. Louandre 1-29 Le second cclicifaud montrait une jeune tille coiffée d'un diadème. D'une main elle taisait voir une étoile de mer tournant sans cesse, de l'autre des marins en prière placés au-dessous d'elle. Ou lisait : Avo Maris stolhi A toy salut, estoille de la mer, Mère de Dieu, souveraine et très forte, etc. Plus loin, rAnnonciation ; « des filets d'iiypocras, d'eau de Damas et de vin clairet jaillissaient de chaque fleuron d'un lis qui décorait la scène. Eve, accompagnée d'une multitude de pauvres femmes, qui faisaient semblant de travailler avec beaucoup de peine, apparaissait au rez-de-chaussée. » On voyait : S Limons ilhid Ave En reoordant le salut angelique Que Gabriel prononcha de sa bouche, Entretiens nous en estât pacificquo A ceste fin que guerre ne nous touche Voici maintenant la Vierge tenant un cierge d'une main, deux clefs de l'autre. Sous elle des prison- niers dont plusieurs aveugles. Comme légende : Solvo vincla rcys Aux prisonniers deslie leurs loyens. Aux aveugles restitue lumière. Garde le roy de tous maux terriens. Requiers qu'il aist par toy grâce i)lainière, Nous arrivons au cinquième théâtre où nous attend un autre spectacle, non moins curieux. Jugez-en : la Merge « pr assoit le bout de sa mamelle, et Je toit \ 130 lait T> sur un berceau richement décoré aux armes du Dauphin. C'était TexpUcation de Monstra te esse mat rem Monstre toy estre amyable mère ; Pour le Dauphin rechois notre requeste, Prie celhii lequel sans paine amère Fust ton fils de virginal acqueste. La Vierge se montre à nous sous un nouvel aspect, couverte d'un manteau rouge. Sur la frise on lit : Virgo singularis Vierge dicte sur toutes singulière, Plus que nulle très doulce et amyable, Entretiens nous, par ta digne prière, Avec le roy en amour charitable. Un autre échafaud nous fait admirer « une fille bien acoutrée, debout sur une montagne de fleurs et de verdure, tenant un enfant somptueusement vêtu, et la tête ceinte d'un diadème de grande valeur, avec ces mots en lettres d'or : Ego suin vita. Sous la montagne et sur ses flancs, on remarquait une foule de pèlerins et de voituriers auxquels la jeune pu- chelle^ qui représentait la Vierge, montrait le che- min qui conduit au salut. » Ce théâtre avait pour inscription : Vitam presta piwam Ottroye nous vie parfaicte et pure, Dresche le roy en chemin qui soit seur, Là où il puist, en joyeuse ouverture, Avoir Jésus pour son vrai directeur. 131 Enfin, on voyait dans le Paradis, la Trinité, neuf chœurs d'anges, tout un orchestre céleste, avec cette légende : Sit laus Deo Pair y Louons de cœur la sainte Trinité Que nostre roy est en cest territoire, Auquel Dieu doinct vivre en prospérité Et obtenir des ennemys victoire. Amen. Il nous semble convenable de placer ici le récit d'un petit acte qui fut donné à la même date et qui ne doit qu'à cette circonsiance sa place en ce cha- pitre. Cela nous évitera d'y revenir. Ainsi que le lecteur le verra, c'est une poésie de circonstance, qui fut très vraisemblablement com- posée par un auteur du pays. Nous laissons ici la parole à M. Louandre : « ... Il y eut encore après le départ de Charles VIII, le soir, sur le marché, divers spectacles et des mystères qui devaient être représentés devant lui ; mais ce prince ne fit que passer. Les registres des délibérations de la ville contiennent une espèce d'intermède fait en cette occasion. Chief souverain, Abbevîïle, Bon Désir Jocundité, Humble Service figurent dans ce petit drame. Abbeville ouvre la scène et dit : Oncques depuis que je suis née N'eus telle récréacion, Voichy une belle journée Plaine de consolation. Louange et jubilacion En soit au benoit créateur ! 132 Quand j'ai de mon chief vision, Lequel est mon vrai protecteur, Bon désir, seigneur débonnaire, Comment le dois-je recepvoir! Vous connaissez mon ordinaire.., Bon Désir répond : Je te Tamaine par la main, Doulce Ab}3eville, prends léesse; 11 estdoulx, begnin et humain, Fort, puissant, remply de proesse. C'est le chief de toute noblesse : Ton espérance doit en lui Estre mise pour ferme adresse ; Grand honneur te fait aujourd'hui Ta maison de jocundité Lui doit ouvrir premièrement. Et ta salle de beaulté Ornés de beau parement... Le chief souverain remercie Abbeville , et la conversation continue sur le même ton et avec les mêmes agréments. » Franchissons rapidement un espace de vingt-et un ans. Nous serons encore dans la même localité, c'est encore un roi que l'on va magnifiquement accueillir, mais cette fois il sera accompagné d'une jeune prin- cesse de la maison d'Angleterre, qui venait de traverser la ^Manche pour régner en France. Nous voilà donc en 1544, à l'époque du mariage de Louis XII, avec Marie, sœur du roi d'Angleterre. Abbeville, qui reçut les deux époux (c'est dans ses murs qu'on leur donna la bénédiction nuptiale) 133 Abbeville assista encore à de nombreuses réjouis- sances. M. Louandre, le guide excellent que nous suivons fidèlement dans cette partie de notre étude, nous apprend que « la reine entre dans la ville au bruit des cloches et du canon. Les rues où devait passer le cortège avaient été nettoyées avec le plus grand soin, et, de distance en distance, on avait dressé des théâtres où les comédiens de la fosse aux ballades représentaient plusieurs beaux -et joyeux mystères et des allégories en l'honneur de la reine et du roi. Sur l'un de ces théâtres, l'on avait construit un navire avec ses mâts, ses hunes, ses avirons et son gréement complet, pour lequel on avait employé deux cents brasses de cordes. — Ici, c'est un serpent à sept têtes qui jetait en abon- dance du vin blanc, à l'heure un petit devant et après que icelle dame passait. Là, c'était un lis entouré de roses, duquel lis sortait comme dessus vin blanc et vermeil. Plus loin, on vovait un beau verger, nommé le Verger de France, et de ce verger sortaient deux enfants habillés en lans- quenets, qui portaient à la main des bannières de taffetas blanc fleurdelisées, et conduisaient deux porcs-épics au devant d'une belle jeune fille qui représentait Marie d'Angleterre. Sur un autre théâ- tre, Eve, vêtue d'une longue robe, se promenait dans le paradis terrestre, et en sortait par une porte dorée. » C'était ainsi une longue suite de merveilles, accumulées pour le plaisir des yeux : triste consolation offerte à une jeune fille sacrifiée par les besoins de la politique et mariée à un vieillard goutteux ! 9 134 Encore une allégorie, en 1527, pour l'entrée du cardinal d'Yorck, ministre de Henri VIII (1). Enfin, c'est le dernier exemple que nous ayons à citer. Lors du passage de la reine Eléonore à Abbeville, on joue encore une allégorie. Le Seigneur souverain s'adressant à la reine lui tint ce langage : Abbeville beaucoup famée, Et de nous grandement aimée, Toute prompte à gendarmerie. Donne grands coups d'artillerie, Nous recepvant en ses atours. Elle ne a chasteau ni tours Que poumons n'aist toujours gardé Est ofgneusement regardé. La reine réplique par ces deux vers : A bon droict dit grand bien d'elle, Regardez, elle vous salue. Abbeville, sous les traits d'une jeune fille, s'avance vers eux et les complimente; à quoi la reine répond : Si ne me aimiez de corps et d'âme Vous n'eussiez faict tels appareulx ; Vos mystères, qui n'ont pareulx, Me plaisent fort et me récréent. Elle demande l'explication qui leur est aussitôt donnée des diverses allégories qu'elle aperçoit. (1) Nous avons volontairement omis à la date de 1430 le théâtre élevé sur la place St-Pierre, contre les murs du prieuré de ce nom, lors de l'entrée d'Henri VI, roi d'Angleterre. Ce théâtre montrait plusieurs sirènes. C'est là un simple tableau, plus ou moins féerique, que l'absence de légende, devise ou inscrip- tion ne nous permet pas de classer parmi les allégories. Nous ne pouvions cependant le passer absolument sous silence. 1?,5 A la fin du xvi* siècle, nous trouvons encore une allégorie, et cette fois, à Amiens. A l'occasion de l'entrée en cette ville du roi Henri I\' (1594) on vit, nous dit La Morlière, « hercule combattant, cha- maillant et mettant à mort l'hydre fameuse par tous les livres. » Un passage des Mémoires histo-. riqucSj manuscrit de Décourt, cité par M. Dusevel, nous donne de plus amples détails sur cette repré- sentation et nous montre, pour la première fois, l'in- tervention du Collège dont nous aurons à parler avec tant de détails, un peu plus loin. Decourt raconte qu'on « avait élevé des théâtres dans tous les quartiers par lesquels Sa Majesté devait passer. La décoration de ces théâtres était de l'invention de Louis Andrieu, chanoine et principal du Collège de cette ville. Le roi s'arrêta au premier, qui était vis-à-vis la maison des douze pairs de France, et où se trouvaient deux belles tilles, habillées en nymphes : l'une représentait la France, l'autre la ville d'Amiens ; elles répétèrent quelques vers à sa louange ; il s'arrêta ensuite à un autre théâtre, proche des halles, où il y avait cinq jeunes gens qui récitèrent des vers sur ses principaux exploits ; à un autre, dans le Marché-au-Blé, Sa Majesté se vit représenter en Hercule domptant la ligue et l'hé- résie. Celui qui faisait l'hercule répéta des vers sur ce sujet. On y voyait, dans une cartouche, cet ana- gramme sur le nom du roi : Henricus Borbonius Héros, robur, vincis. Enfin Sa Majesté fit halte à un autre théâtre qui 136 était à l'église Saint-Martin. D'un côté, on voyait Apollon avec les neuf Muses, qui chantaient ses plus beaux triomphes; de l'autre était Bacchus ; il cou- lait d'une de ses mamelles une fontaine de vin, et de l'autre du lait. » Tel est ce genre de distraction qui pouvait un instant charmer les yeux par l'éclat des décors, la richesse des costumes, la beauté plastique des figu- rantes, mais qui ne devait présenter, somme toute, qu\m attrait médiocre et un intérêt relatif. FARCES ET MORALITÉS ^,,^^-s^ lEN que nous ayons parcouru la plus .^^J; grande partie de l'Histoire du Théâtre ^^^^ dans notre province pendant les xv' et xvi^ siècles, il nous reste encore à nous occuper de divers sujets et tout d'abord des farces et moralités, auxquelles nous ajouterons, au fur et à mesure que nous pourrons les rencontrer, les autres spectacles qui se présen- teraient à nous sans mériter un chapitre spécial. Nous verrons ensuite quels étaient les auteurs et les acteurs des pièces données au public, enfin nous nous arrêterons aux particularités dignes de retenir un instant notre attention. Principales représentations Nous allons procéder en cette étude, comme nous avons fait précédemment pour les mystères : 1449, Amiens. — Jehan Lemonnier et Jehan le 138 Bourgeois font « jeux de personnages et par signes. » 1456, Amiens. — Jeux de farce pour célébrer la défaite des Turcs. 1464, Amiens. — Le 16 janvier, lors de l'entrée de la reine Charlotte de Savoie « si furent toute la nuict,.. chansons et jeux de personnages pour la joye d'elle, dont toute la ville fut fort rejoye. » 1468, Amiens. — Le Maître des farces s'appelle Jehan Ostren. C'est à cette époque que l'on voit le théâtre, dit M. Dubois, se rapprocher de la vie intime, représenter des scènes du monde au milieu duquel on vit. Le genre pastoral, le vaudeville, si on peut appliquer ce mot à cette époque, sont inaugurés en 1481. 1481, Amiens. — Le 2 janvier, on donne Viiiche- net et Rosette à la Taverne de famille; le 27 février, Peu de grains et largement eau. 1482, Laon. — Il est payé « deux escus d'or aux Compaignons de Saint-Quentin pour leurs peines et salaires d'avoir, durant la feste bourgeoise des vingt jours, venu dudit lieu de Saint-Quentin en la ville de Laon et illuy joué plusieurs jeux de per- sonnaiges. » 1483 et 1484, Laon. — Les a compaignons et autres joueurs de personnaiges » de Saint-Quentin viennent à Laon pour la fête des rois des Brayes. 1489, Laon. — « Certain nombre de compaignons de la ville de Soissons vindrent jouer de personnages du xx^ feste de cette ville. » 1490 , Laon. — « Certains compagnons tant d'église que séculiers estant en nombre de vingt- quatre personnes de la ville de Saint-Quentin et 139 ceulx de Soissons en nombre de douze personnes vindrent jouer plusieurs moralisez, farces et autres esbattemens durant trois jours. » 1496, Laon. — Les acteurs de Saint-Quentiu viennent encore pour la fcte du roi des Braves. 1497, Laon. — Visite des joueurs de Péronnc, Saint-Quentin et autres villes « lesquelz estoient venus de chacune des dites villes dix ou douze personnaiges. » 1498, Laon. — Nouvelle visite de la troupe de Saint-Quentin. 1500, Laon. — Représentations données par les Compagnons de Noyon (douze personnages) et Chauny (dix). 1501, Laon. — La ville reçoit « une compagnie de la ville et cité de Noyon de douze personnages, une autre compagnie de la ville de Chauny de dix personnages et deux compagnies de la ville de Saint-Quentin de vingt-quatre personnages. » 1502, Amiens. Vingt-deux sols six deniers sont donnés « à six compaignons et une fille pour avoir joué aulcuns esbattements devant ^Messieurs. » 1611, Laon. — Chauny, Soissons et Saint-Quentin contribuent encore à la célébration de la rovauté des Braves. 1516, Laon. — Même fait touchant Soissons, Chaunv et Ham. 1517, Laon. — Le 15 janvier, il est donné à Jehan Prévost, roy de la feste des Bourgeois de Laon 100 sols pour les ménestrels, etc., 40 sols à « une compaignye de gens d'église de Soissons, nommée Rhétoricque » et autant « à une autre compaignye de 140 Bohain qui vieudrent jouer des jeuz de personnages » à cette fête. 1518, Laon. — Cette ville reçoit la visite des troupes de Chauny, Soissons, Saint-Quentin, Wailly et Liesse. 1524, Laon. — Réception par le corps de ville des deux bandes de Soissons, celle de Chauny et celle de Vaillv. 1525, Laon. — Les praticiens viennent de Soissons t cuydant faire les esbatemens par eulx accous- tumez, ce qui leur a esté deffendu pour ce qu'en la dite ville on ne faisoit aulcun esbatement » et re- çoivent, comme indemnité, 40 sols. 18 juin 1529, Montdidier. — A la suite du traité de Cambrai, la ville accorde une gratification à Jacques Platel, Jacques Harlé et autres qui jouèrent, ce jour-là, plusieurs moralités et farces pous récréer le peuple à l'occasion de la paix. 15 janvier 1529, Laon. — M. Mathon signale à cette date les documents : « Payé à Jacques Delobbe, prêtre, 50 sols pour les compagnons et adventuriers de Chauny qui ont venus jouer à la feste du roi des Brayes, vendredi après la feste 1529. Antoine Barat, demeurant à Soissons, 50 sols; Guillaume Hilleba, demeurant à Pinon, 50 sols tournois ; ceux de Vailly, enfans de Malvisson, 50 sols. — Nous, les enfan» de Malle — Buissons de Vailly, 50 sols tournois, pour et à cause d'avoir servi le roi des Brayes au jour accoustumez , Robillard clerc adoc comis done quittance. — Nous, adventuriers de Chaulny, 40 sols parisis pour nos gaiges accoustumez de venir au XX' visiter le roy des Braies. Georges du Fraisne, 141 capitaine de la bande. — Robert Boucher, sergent, pour la bende des praticiens de Soissons, 40 sols parisis. Antoine Barat, 50 sols tournois. » 1531, Laon.- — A « Pierre Charnier, praticien en court lave à Soissons 50 sols tournois pour le droit et gaige d'avoir joué » à la royauté des Brayes. Les enfants de Malvisson de Vailly et la bande de Chauny sont aussi présents. 1537, Laon. — Quatre troupes reçoivent douze livres. 1538, Laon. — Des farces sont jouées en la ville, toujours pour la même fête. 1538, Amiens. — Le 15 février, une troupe d'en- viron quatorze joueurs de moralités demande la permission de jouer, à la Pentecôte, la vie de saint Firmin ; elle l'obtient à charge de montrer ce jeu au corps de ville. D'après dom Grenier, une telle condition n'était pas imposée quand les bourgeois devaient être acteurs dans la pièce. 1539, Compiègne. — « Donné vingt sols à no mère sotte Jehan Jennesson et à ses enffançons sotz, sottelettes et sotteletz... pour aider aux frais par eulx faictz à jouer plusieurs belles moralitez et farces joyeuses pour réjouir la population. 1539, Laon. — Visite des troupes de Chauny, Soissons et Vaillv. 1540, Laon. — Deux bandes de Soissons, une de Chaunv, une de Reims et une de Vaillv viennent célébrer la royauté des Brayes. 1541, Laon. — Cinq bandes viennent en excursion à la même occasion. 1541, Amiens. — Le 29 octobre «les joueurs de 142 farce de cette ville ont baillé requestes, veus lesquelles il est permis âFillibertetsescompaignons de achever l'histoire de l'Anchien Testament qu'ils ont com- menché jouer en dedans le premier jour de janvier prochain venant, et pareillement a esté permis aux aultres farceurs de jouer l'histoire de l'Apocalypse, à la charge que lesdits joueurs ne polront jouer aux chandèles, ni durant le service qui se fait en l'église, assavoir messe et vespres et ne polront prendre pour chascune personne plus grant pris que de deux deniers. » 1542, Amiens. — Demande, dans les mêmes termes, pour jouer les actes des Apôtres. 1545, Amiens. — « Les principes de la Religion, dit ]\I. Dubois, ne sont plus mis en avant avec autant d'assurance ; on n'y retrouve plus la foi naïve des siècles passés. Déjà l'élément religieux ne suffit plus à l'intérêt de la scène, il faut quelque chose qui sente moins la dévotion. Les Antiquailles de Rome, que l'on représente en janvier 1585 à l'Hotel-de- Ville, annoncent l'apparition de l'élément profane. » Les textes que nous citons plus haut, notamment celui relatifà la ville d'Amiens en 1468 et que nous avons emprunté au même ouvrage du même auteur, montrent assez que M. Dubois se trompe ici et qu'il y a beau temps que l'élément profane a fait son apparition. 7 avril 1547, Amiens. — Des joueurs de farce sollicitent, mais en vain, l'autorisation de donner une représentation en chambre. 1549, Abbeville. — A maistre Charles Ducrocq, sire Nicolas Robert et sire Nicolas Cache, la somme 143 de XL VI livres tournois pour leur aydier à sup- porter les fraictz qu'ils ont mis en jouant ung moral subz ung charriot, au parvis les rues de cette ville. 1555 et 1559, Amiens. — Nous avons déjà eu recours plusieurs fois aux documents publiés par INI. Dubois. Mais notre concitoven est meilleur cher- cheur que commentateur car il dit : « Le théâtre va bientôt paraître à Amiens, premier théâtre où rien ne manquera, il est organisé, non point par les habitants de la ville, car ils ne l'ose- raient, mais par des étrangers. « Voici la délibération de l'Echevinage qui l'auto- rise : « Echevinage du 2 janvier 1555. € Sur la requeste présentée audit Echevinage « par Anthoine Soene, enfant de Ronain en Dau- « phiné, et ses compaignons joueurs d'histoires, « tragédies morales et farces ad fin qu'il leur fut « permis de jouer en ceste ville lesdites moralités « et farces; sur icelles et advis audit echevinage il « leur a été permis de jouer en chambre, moralité « honneste et non sentant aucun point d'hérésie, « l'espace de six jours seulement à la charge qu'ils « ne joueront pendant le service divin, aussi que « par devant jouer aucune moralités ni farces ils « seront tenus de nous les exhiber et apporter pour « les veoir et visiter, mesme qu'ils ne pourront « sonner le tambourin, mais bien poulront attacher « ccffixes es carfour et à l'huis de la porte ou ils t joueront lesdites moralités et farces. » « L'étranger, celui qui ne fait que passer, est 144 plus hardi que l'habitant d'Amiens : il ose repré- senter des tragédies et des farces tandis que le citadin qui se trouve sous l'œil de l'administration hésite : il ne demande, ainsi qu'on va le voir, que l'autorisation de représenter un mystère. « Echevinage du 15 juin 1559 : « Audit Echevinage les joueurs et enfants de ceste « ville ont représenté certaine requeste par escript « tendant ad ce qu'il pleust à Messieurs leur octroyer « permission de jouer en chambre de ceste ville, les « festes et dimences seulement, le mystère de M. Saint « Jehan Baptiste, veue laquelle requeste leur a esté « permis de jouer en chambre lesdits jours de festes « et dimences seulement à la charge qu'ils ne joue- « ront aucune chose mal sentant de la fov et durant « le Saint Service divin. » « Ils ne sont point toujours admis cependant, car les 7 septembre et 4 janvier 1559 on leur refuse l'autorisation de jouer en chambre l'Ancien Testa- ment les fêtes et dimanches. » Or il y a longtemps que le théâtre existe à Amiens, théâtre auquel rien ne manque, décors, mise en scène, riches costumes, bruyantes et brillantes annonces, c'est celui des mystères sur lequel nous nous sommes déjà expliqué dans la première partie de ce travail. Il n'est pas exact non plus de dire que l'étranger est plus hardi que le citadin et que celui-ci hésite sous l'œil de l'administration, puis que nous avons vu avec Dom Grenier les bourgeois d'Amiens dispensés du contrôle de la censure qui pèse sur les étrangers et devant laquelle ils n'auront à s'incliner que plus tard. 145 1559, Amiens. — Le 3 août, autorisation est ac- cordée à Roland Guibert et ses compagnons de jouer moralités, farces, jeu de viole et de musique, pendant l'espace de dix jours seulement, à condition de jouer d'abord en la chambre du Conseil et à la charge de faire voir les moralités, un jour au moins avant de les donner. 1560, Amiens. — Délibération importante qui prouve que les magistrats municipaux n'accordaient pas à la légère les autorisations qu'on sollicitait de leur bienveillance : « Veu la requeste de Jacques Macron et ses autres compaignons joueurs de moralitéz, histoires, farces et violles, tendant par icelles ad ce qu'il leur fust permis de jouer en ceste ville l'Apocalyse et autres histoires, moralitéz et farces honnestes et non scan- daleuses, par tel espace de temps que bon leur sem- bleroit. « Sire Adrien Vilian a esté d'advis que avant leur accorder ladite permission, ils doibvent monstrer les jeux qu'ils entendent jouer, pour les commu- niquer aux docteurs, attendu que par la Sainte Escripture, il est défendu que telle mannière de gens jouent publiquement la parole de Dieu. « Watel a esté d'advis de leur octroyer ladite permission pour huit jours, attendu que les joeux qu'ils vœuillent jouer sont imprimés avec privilèges du Roy, à la charge toutefois qu'ils ne joueront rien contre l'honneur de Dieu et de l'Eglise, et de leur déclarer que s'il est trouvé qu'ils ayent enfreint, qu'ils en respondront. 146 « Dubéguyn a esté d'advis de ne leur donner aulcune permission, attendu qu'ils ont jà estez reffusés par deux fois depuis huit jours « Oy lesquels advis a esté conclud et arresté que il sera dict aux suppliants qu'ils aient à mettre es mains de M. Jehan Rohault, avocat de la ville, l'apocalyse et tous les autres jeux qu'ils entendent jouer pour iceux communiquer à M^ Noé, ]\P Adam ou à autre docteur, affin se on n'y trouve à dire auront leur permission iceux jouer en chambre durant l'espace de huit jours, sans pouvoir jouer les festes et dimanches durant les vespres. » 1560, Amiens. — Le 5 décembre , Philippe Douchin et ses compagnons ne peuvent obtenir de jouer des moralités, histoires bouffonnes, les forces d'Hercule, etc. 18 septembre 1561, Amiens. — « Veue la requeste présentée à Messieurs au dit eschevinage par Jehan Poignant dit l'abbé de la Lune et ses compaignons, joueurs de tragédies, moralités et farces , tendant par icelle ad ce qu'il plaise à Messieurs leur permettre jouer des dits jeux en ceste villô en toute honnesteté et modestie suyvant les lettres de permission qu'ils en avoyent du roi par lesquelles il permit aux dits suppliants jouer des dits jeux par toutes les villes, bourgs et bourgades de son royaulme en monstrant et exhi- bant seullement les dites lettres du dit sieur le roy et sur tout prins les advis des eschevins présents a esté ordonné que ce aujourd'hui au dîner de la bonne venue de Pierre Roussel eschevin, qui se fera en l'hostel commun de la dite ville, seront 147 les dites lettres communiquées à Messieurs les lieutenants civil et criminel et aux advocats du roy pour eulx oy, en ordonner comme de raison et ce nonobstant les advis de Mahieu Ledoux, Philippe de Béguin et Pierre Roussel, eschevins, qui ont dit qu'ils ne sont d'advis de permettre aux dits suppliants de jouer en ceste ville encore qu'ils ayent lettres du roy, pour éviter aux séditions. » 31 juillet 1567, Amiens. — Délibération assez sem- blable à la précédente ainsi que l'on peut en juger par ce passage : « Sur ce que Samuel Treslecat et ses compai- gnons, joueurs et réciteurs d'histoires, tragédies et comédies, se sont présentés par devers Messieurs et ont requis permission de jouer et réciter en ceste ville lesdites histoires, tragédies et comédies, suivant qu'ils en ont la permission de Monseigneur le prince de Condé, gouverneur et lieutenant-général pour le Roy en ce pays de Picardie, dont ils ont fait ap- paroir. a Après que Messieurs ont mis cette affaire en délibération audit échevinage, ils ont conclu et dé- libéré de ne permettre quant à présent aus dits joueurs de jouer et réciter leurs dits jeux en icello ville pour obvier à toutes noises et débats qui sou- \'€nt se sont faites en pareilles assemblées et aux malladies qui en peuvent advenir par les chaleurs où nous sommes, attendu mesmement les édits du Rt)y, les arrêts de la Cour, la cherté des vivres, la pauvreté du menu peuple d'icelle ville qui y poulvoit perdre du temps, les troubles et levées de gens de guerre qui se font de par delà et pour plusieurs aultres bonnes 148 raisons et considérations qui ont esté amplement déduictes audict échevinage. » 26 janvier 1571, Saint-Quentin. — « Messieurs ordonnent que deffences seront faictes aux joueurs en chambre quy sont en ceste ville de plus jouer. » Ceci doit-il s'entendre simplement de joueurs ris- quant et perdant leur fortune aux cartes, aux dés ou autres jeux de hasard, ou plutôt de farceurs en chambre ? Les deux hypothèses semblent également admissibles ; mais nous penchons pour la dernière, en présence du texte daté d'Amiens 1547 que nous citons plus haut. 7 décembre 1576, Saint-Quentin. — « Messieurs ont faict et font deffences aux joueurs de comédies et histoires de ceste ville de jouer en icelle; la- quelle deffence a esté prononcée ledict jour à Jacques Crespeau et Adrian Mairesse. 2 juillet 1579, Amiens. — Vie de saint Jacques jouée par les habitants, après avoir fait visiter la pièce par les docteurs en théologie. Ce qui prouve que la ville est alors moins libérale qu'en 1538. 6 juillet 1581, Amiens. — Décision semblable pour la vie de Tobie. 1583, Montdidier. — Le clergé s'alarme des liber- tés des acteurs et les chasse de la ville ; mais cet exil semble n'avoir été que de très courte durée. 9 février 1596, Amiens. — Les comédiens français sont autorisés à jouer jusqu'au dimanche suivant, sans sonner la caisse. Juin 1625, Montdidier. — Les représentations en l'honneur du passage de la reine d'Angleterre attirent un grand concours de spectateurs. 149 Auteurs et acteurs. Bien petit est le nombre des auteurs dont les noms Bont parvenus jusqu'à nous. Nous avons vu à la date de 1456 que la ville d'Amiens paya seize sols à Guillaume Sauwalle, Colinet Mouret et Betremieu Midi pour avoir fait et joué sur chars quelques pièces qui divertirent le peuple. Ce sont donc des compositeurs, et aussi des comédiens. Beaucoup de localités, et non pas des plus gran- des, avaient des acteurs, des « bandes de compai- gnons » dont les noms nous sont malheureusement inconnus. Citons surtout Bohain, Ham, Liesse, Novon et Péronne. L'importance politique et industrielle de ces villes a singulièrement varié depuis trois siècles; mais, bien qu'alors leur rôle, au point de vue littéraire, fut modeste il a encore diminué, sinon disparu complè- tement : Bohain, Liesse et Noyon n'ont plus do scène; que dire de celles de Ham et de Péronne! Cette décadence — toute relative d'ailleurs — est fort regrettable ; elle est la conséquence de la substi- tution des troupes nomades aux bandes locales : celles-ci avaient du bon. Quoi qu'il en soit, bornons- nous à constater le fait et à émettre le vœu de voir redevenir florissant et prospère en toutes nos villes de Picardie, si intelligentes et si bien faites pour saisir les beautés de nos chefs-d'œuvre littéraires, le Théâtre jadis en honneur chez elles et depuis trop longtemps délaissé ! Voici la liste des acteurs dont nous avons pu retrouver les noms : 10 150 Abbeville 1549. Charles Diicrocq; Nicolas Cache; Nicolas Robert. Amiens 1449. Jehan Le Bourgeois ; Jehan Lemannier. 145G. Betremieu Midi; Colinet Moiiret; Guillaume Sauwalle. 1468. Jehan Ostren. Vers 1490. Jehan Fresne; Robert Granthomme. 1541. Fillebert. 1555. Anthoine Soene, enfant de Ronain, en Dau- phiné. 1559. Roland Guibert. 1560. Philippe Douchin; Jacques Macron. 1561. Jehan Poignant, dit VAbbé de la Lune. 1567. Samuel Trelescat. Chauny 1529. Jacques Delobbe; Georges du Fraisne , capitaine de la bande des Adventuriers. COMPIÈGNE 1539. Jehan Jennesson. MONTDIDIER 1529. Jacques Harlé ; Jacques Platel. 151 PiNON 1529. Guillaume Hilleba. Saint-Quentin 1567. Jacques Crespeau; Adrien Mairesse. SOISSONS 1517. Compaignye des gens d'Eglise nommée la Rhétoricque. 1525. Les Praticiens. 1529. Antoine Barat; Robert Bouche. ^^\ILLY 1529. Les enfants Malvisson ou Malleduisson. En résumé, il existe des troupes (1) à Abbeville (1549); Amiens (1449); Bohain(1517); Chauny,où nous voyons les compaignons (1500) et les adventu- riers (1529) ; Compiégne (1539) ; Ham, (1516) ; Liesse (1518); Montdidier (1529); Noyon (1501); Péronne (1497); Pinon (1529); St-Quentm, où dès il480 sont organisés les compagnons gens d'église et autres joueurs de personnages, et qui compte deux bandes en 1501 ; Soissons, qui en 1489 possède une troupe de douze compaignons tant d'Eglise que séculiers, aura bientôt plusieurs bandes : la rhétoricque et les praticiens; Vailly (1518). Les troupes étaient assez nombreuses et compre- naient en moyenne douze acteurs. (1) La date entre parenthèses après le nom des villes, indique Tannée où pour la première fois nous apparaissent les joueurs de farces ou moralités. 152 C ensuite. En règle générale, la censure exerçait dans toutes les villes de Picardie son rigoureux contrôle sur les farces et moralités. Dom Grenier nous dit, il est vrai, qu'en 1539, à Amiens, les étrangers seuls y étaient soumis; mais nous voyons qu'en 1579 elle s'impose également aux bourgeois. Particularités diverses. Les représentations avaient lieu le plus souvent en plein air, devant un grand concours de peuple. Cependant, elles se donnaient aussi dans des mai- sons, notamment dans les tavernes, et même en chambre, ainsi que cela résulte de deux délibé- rations (Amiens 1547 , Saint-Quentin 1571) que nous avons rappelées plus haut. Lorsque les comédiens et les spectateurs n'étaient pas garantis par une salle close et bien fermée, ils jouaient de jour. On peut signaler, à titre d'exemple assez rare, ce fait qu'à Amiens, en 1464, pour célébrer l'entrée de la reine Charlotte de Savoie, il v eut « toute la nuict chansons et jeux de personnage» dont la ville fut fort réjoye. » Enfin la partie dramatique était parfois accom- pagnée de musique comme nous le voyons si souvent de nos jours dans les concerts. Basteleurs, Jongleurs. — Sociétés burlesques - — •\/\r\j\r^ ONSiEUR Charles Louandre consacre aux sociétés burlesques qui ont tant amusé nos pères les lignes suivantes que nous lui empruntons : * Ces sociétés, où se révèle l'esprit profondément ironique et le cynisme du moyen-âge, Couards^ Turlupins y bandes joyeuses de l'abbé Maugouverne, etc., avaient dans le Ponthieu de nombreux initiés. On trouve à Montreuil les Enfants de la Lune\ à Abbeville le Prince des Sots, mais quels étaient ses fonctions ? on l'ignore. A Paris, le Prince des Sots présidait une troupe de baladins nommés les Enfants sans souci. A Amiens, les fonctions de ce prince, dit M. Dusevel, consistaient à jouer tout le monde, mais surtout les maris trompés. Il parcourait les rues de la ville, la tête affublée d'un capuchon orné d'oreilles d'âne et tenant une marotte à la main. Ses suppôts l'accompagnaient montés sur des manne- quins d'osier en guise de chevaux, dont ils tenaient la queue au lieu de bride : l'enseigne ou drapeau de cette troupe portait cette inscription : 154 Stultorum infini tus est minier us (1). « On peut conclure de là que telles étaient aussi à Abbeville les principales attributions de ce^Der- sonnage. « Le prince des sots de cette ville donnait quelques fois de très grants et très notables dîners à ses con- frères d'Amiens. Le prince des amoureux de Paris envoyait aussi son poète ou son messager inviter à sa fête, qui se célébrait le fmai, les sociétés joyeuses d'Abbeville. a On trouve, dans l'hôpital de Rue, une confrérie de vingt-cinq personnes dont le chef avait le titre de Souverain Evêque de Rue] à Abbeville, un autre évêque, VEcâque des Innocents) il était élu soit par les enfants de chœur de l'église collégiale de Saint- Vulfran, soit par les chanoines eux-mêmes. Cet évêque, dans le Ponthieu comme ailleurs, imitait les évêques véritables qui jouissaient du droit de battre monnaie, et qui en faisaient des distributions lors de leur première entrée dans leur église. » Les fêtes qu'offraient les princes des sots étaient très goûtées dans toute la Picardie; il n'est pas une ville qui n'ait eu ses Fous ou autres associations du même genre. Nous pourrions en fournir de nombreux exemples, mais nous préférons nous borner à la citation que nous venons de faire; car si ces associations ont contribué au divertissement du peuple par leurs réjouissances publiques, elles n'appartiennent guère plus au théâtre que le carnaval et autres fantaisies (1) Histoire d'Amiens, t. I", p. 513. ^ l" %* loo plus OU moins gaies, plus ou moins lugubres sur lesquelles il ne nous appartient pas d'insister ici ; nous devions les signaler d'un mot, dans leur en- semble générique, et c'est ce que nous venons de faire. Ne nous y attardons pas pas davantage et arri- vons aux « basteleurs et jongleurs. » Il s'agit, cette fois encore, de gens qui ne ressor- tissent pas directement, absolument au théâtre, mais qui cependant ne sauraient être oubliés puisqu'ils donnaient des spectacles, grossiers et vulgaires si l'on veut, pour la plus grande joie de nos aïeux. Ce sont les prédécesseurs de nos modernes acrobates, équilibristes et faiseurs de tours que l'on rencontre avec leurs baraques dans les foires, s'ils sont riches (richesse bien relative !), et le plus souvent au grand air, en plein soleil, sur les places publiques, ne tirant d'un chacun d'autre rétribution que les quelques sous jetés par la bonne volonté ou la pitié des spectateurs. La Picardie a été le berceau de ces malheureux. C'est à Chauny que nous allons surtout les voir dans leur curieuse organisation, grâce à une étude fort originale que leur a consacrée M. Edouard Fleury dans notre revue du Verniandois (1873 et 1874). Rabelais raconte que « Gargantua allait voir les basteleurs, trajectaires (faiseurs de tours, joueurs do goblets) et thériacleurs (charlatans, vendeurs de drogues) et considérait leurs gestes, leurs ruses, leurs soubressaulx et beau parler, « si ngidiè renient de ce ulx de Chauny en Picardie, car ils sontjde nature grands jaseurs et beaux bailleurs de balivernes en matière de cinges verds. » 156 Cinges verds ! N'est-ce pas là l'origine de ce so- briquet : les Singes de Chauny, que les habitants de cette ville durent à l'habileté et à la souplesse extraor- dinaires de quelques-uns des leurs, sobriquet qui se perpétua longtemps et dont la cité n'a pas encore oublié le souvenir. Ainsi, au xvi^ siècle, les jongleurs étaient cé- lèbres; depuis de longues années, d'ailleurs, ils jouis- saient d'une grande réputation, et, dans le catalogue de la collection Joursenvault on lit : « Analyse d'une quittance de Mathieu Lescureur, basteleur, demeurant à Chauny, par laquelle, le 12 septembre 1414, ^lathieu Lescureur reçoit 45 sols tornois pour ce qu'il a joué audit Chauny devant ]\I. de Guyenne et le duc d'Orléans, de jeux et esba- tement, lui et trois de ses enfants. » Cette quittance si précieuse fut achetée par l'Etat et conservée dans la Bibliothèque du Louvre. Elle périt avec toutes les richesses de cette Bibliothèque lors de l'incendie de la Commune (1871); mais elle avait été copiée et son texte a été publié par ^L Fleury à qui nous l'empruntons : « Je Hugues Périer, secrétaire de Mgr le duc d'Orléans, certiffie à tous qu'il appartiendra que aujourd'hui, en ma présence, M^ Pierre Sauvage, secrétaire de mond. Seigneur, a baillié et délivré à Mathieu Lescureur, basteleur, demeurant à Chauny, la somme de quarante-cinq sols tournois que mondit Seigneur lui a donnée pour ce qu'il a joué audit lieu de Chauni devant Mgr de Guyenne et mondit Sei- gneur, de jeux et esbattement, lui et trois .sesenfans» 157 de laquelle somme de XLV s. dessus dite led. Mathieu s'est tenu pour content et en quicte ledit maistre Pierre et tous aultres. Tesmoin mon seing manuel cy mis à Noyon, le XIP jour de septembre l'an mil cccc et quatorze. Perrier. » Le nom du basteleur est à remarquer. Ainsi que le dit fort justement M. Fleury « un défaut de cons- titution naturelle ou de caractère, une infirmité ou une qualité remarquables imposèrent pour toujours un nom propre ou distinctif de famille à des gens qui, jusque-là, n'avaient eu qu'un nom de baptême auquel ils ajoutaient souvent celui de leur ville natale ou de leur province. » C'est à sa souplesse, à son agilité que Mathieu Lescureur (l'écureuil) dût ce nom qui, après lui, resta dans sa famille. « Aujourd'hui môme, si Chauny ne fournit plus Paris et la Province de saltimbanques et bateleurs, une autre commune du département de l'Aisne a hérité de cette spécialité de « Cinges verds. » C'est Bonneil, petite commune de l'arrondissement et du canton de Château-Thierry, village qui a eu aussi son surnom et dont les habitants ont reçu le sobri- quet assez mal sonnant de Les Scdots de Bonneil. « Depuis longtemps, paraît-il, de ce village sortaient des bandes ou familles de gens qui courent les foires de toute la contrée, et même vont au loin, montrant des spectacles ambulants, promenant des chevaux de bois, des lanternes magiques, faisant tirer des loteries et des blanques. Pourquoi ces habitudes nomades et de saltimbanquisme à Chauny pendant le moyen-âge, à Bonneil dans les temps modernes? 158 Explique qui pourra cette originalité, cette bizarrerie de nos mœurs locales. (1) » Les basteleurs de Chaunv se réunirent en société, ou corporation sous le titre de Trompettes Jon- gleurs. Estienne Pasquier, en ses Recherches de France^ (2) après avoir donné l'étymologie et le sens primitif de ce mot ajoute « ... et de fait, il semble que, de notre temps, il y en eut encore quelques remarques, en ce sens que le mot de « jouingleur » s'estant par succession de temps tourné en bastelage, nous avons veu, en nostre jeunesse, les jouingleurs se trouver en certain jour, tous les ans, en la ville de Chaulny 'en Picardie pour faire monstre de leur mestier devant le monde à qui mieux mieux, et ce que j'en dis icy ce n'est pas pour vilipender aucuns rimeurs, mais pour monstrer qu'il n'y a chose si belle qui ne s'anéantisse avec le temps. » Cette assemblée était motivée par un hommage que la confrérie devait, au nom de l'abbaye de Saint-Elov-Fontaine, au bailli de Chaunv. Donc, le premier lundi du mois d'octobre de chaque année, une foule considérable se pressait aux portes de la ville. « On y voyait autant d'animaux que d'hommes. Là s'entassaient les viéleux, les joueurs de cornemuse et de trompettes, les conducteurs d'ours, de chiens, de singes, les sauteurs de corde, les avaleurs de piques, les escamoteurs, tous en costumes du métier, tous (1) Edouard Fleury. Les Singes de Chauny, 1873. (2) 1561-156». 159 vêtus d'oripeaux à paillons ou de guenilles en loques, tous criant, chantant, hurlant, échangeant des témoignages de joie en se retrouvant après l'absence, toute cette Bohème du temps que le burin de Callot bientôt, et plus tard la plume de Victor Hugo devaient immortaliser. (1) » Quand tout le monde était au grand complet, rangé sur deux files, les portes de la Ville s'ouvraient et le cortège entrait. En tête, les trompettes, fifres et vièles, puis un chien, le meilleur danseur de la troupe, ensuite deux dignitaires de la corpo- ration portant un énorme pâté, enfin tous les basteleurs. C'était dans Chauny un spectacle curieux, qui attirait une foule considérable. Quand on avait défilé à travers les rues, que l'hommage du pâté avait été fait au lieutenant du roi, le divertissement commençait. Le chien savant, celui que nous venons de voir ouvrir la marche, s'avançait revêtu de son costume de gala, et suivi de son maître qui devait copier tous ses gestes, tous ses mouvements. C'était une danse bizarre, insensée , des poses inattendues et grotesques , tout ce qui peut amuser et faire rire les badauds assemblés. Mais tout a une fin en ce monde. Le pauvre chien fatigué s'arrêtait, se couchait, et alors commençait la seconde partie de la fête. Ce qui se passait alors n'était pas absolument d'un goût exquis et pourra choquer les délicats; mais pour peu aimable que soit la musique inaccoutumée, (1) Ed. Fleury, oj). cit. 160 étrange, qui se faisait alors entendre, est-ee une raison pour ne pas la signaler au lecteur ? Evidem- ment non. « Lorsque la foule, qui savait ce qui allait se passer, se taisait d'anxiété et attendait fré- missante, le maître du chien se posait devant le Bailly, le saluait profondément et... se donnant un coup sec sur l'abdomen, crepitabat. Si le succès était immédiat et sonore, la foule éclatait en applau- dissements qui, comme un roulement de tonnerre, portaient le bruit de l'exploit à toute la ville. Après le maître du chien, toute la corporation s'avançait homme par homme. Bon gré, mal gré, il fallait s'exécuter au bruit des rires et des claquements de mains si la réussite était parfaite, des murmures si l'effet était médiocre, des quolibets et sifflets si mes- ser Gaster se refusait à rendre un hommage lige et bruyant au lieutenant du roi en la forme obligée. (1) » Les sauts et les danses terminaient cette cérémonie après laquelle les artistes allaient entendre la messe à l'abbave. Cet usage bizarre, singulier, resta en vigueur et fut rigoureusement observé jusqu'au milieu du xvif siècle ; après quoi, il tomba en désuétude et finit par disparaître avec les trompettes jongleurs. Les Picards n'étaient pas les seuls basteleurs qui fussent applaudis dans notre contrée. En 1484, un sieur Guyot-bon-corps, né en Alle- magne, reçoit de la municipalité d'Amiens 17 sols pour ses tours de souplesse. M. Dubois qui cite ce fait, le fait précéder de (1) E. Flkury, ibid. 161 ees mots « les basteleurs étaient inventés à cette époque » ; il y a même beau temps qu'ils existaient puisqu'on 1414 ceux de Chauny, nous venons de le voir, étaient déjà célèbres. En 1494 , Pierre Poulainville danse devant les magistrats d'Amiens et leur montre des « bestes estranges », sans doute des ours et des singes; on lui accorde une gratification de 34 sols. Enfin en 1517, le jour des Karesmaux, on donne huit sols à ]\P Gonnyn, joueur de passe-passe. De nombreux basteleurs et acrobates durent, dans les villes de notre province, réjouir le peuple; mais la chronique n'a pas daigné nous conserver le sou- venir de leurs faits et ^restes. TROISIÈME PARTIE •»•<• JONGLEURS, TROUVÈRES & MENESTRELS TROUVÈRES ET MÉNESTRELS l'origine, les jongleurs n'étaient pas de simples acrobates comme ceux de Chauny ; Pasquier a pris soin, et bien d'autres avec lui, de nous dire qu'ils formaient cette nombreuse légion de poètes connus sous les noms divers de troubadours, trouvères, etc. Ils existaient bien avant les auteurs des Mystères, et ils occupent, dans l'histoire litté- raire du moyen -âge un rôle important autant qu'honorable. Les trouvères^ leur titre l'indique assez^ créaient, inventaient la matière du roman ou de la ballade et la composaient. C'étaient donc des poètes. Parfois et allaient de ville en ville 11 aussi ils voyageaient 166 faire connaître leurs œuvres. On donne, cependant, la même qualification à des baladins d'un ordre très inférieur. Les ménestrels étaient les chanteurs, les musiciens qui déclamaient, en s'accompagnant sur leurs instru- ments, les compositions des trouvères. Tantôt ils étaient aux gages d'une cité ou d'un seigneur; tantôt ils parcouraient la France, deman- dant de château en château le pain quotidien... et quelque chose avec. « La plupart des dits de mé- tier, faits pour être récités devant les gens des cor- porations, se terminent par un appel à la muni- ficence de ceux qui écoutent le jongleur : Quant de ce conte orront la fin, Qu'ils donnent ou argent ou vin Tout maintenant et san-s répit. « Mais les exemples les plus curieux sont ceux que l'on trouve dans le poème de Huo/i de Bordeaux. Une première fois, le ménestrel s'interrompt. Il se fait tard, et il est las; il congédie ses auditeurs, et leur donne rendez-vous, pour entendre la fin du récit, au lendemain après-diner : Segnor preudomme, certes bien levées, Près est de vespre, et je suis moult lassé. Or, vous proi tous, si cier con vous m'avès, Ni Auberon, ni Huon le membre. Vous revenès demain, après disner. Et s'alons boire, car je l'ai désiré... Et si vous proi ascuns m'ait apporté U pan de sach émise une maille noué, Car en ces poitevines a por de lageté Avers fu et escars qui les fit estorer. Ne qui ains les donna à courtois ménestrel. 167 « Un peu plus loin, il s'interrompt de rechef pour renouveler sa recommandation, qui n'avait pas, à ce qu'il paraît, produit un effet suffisant : Or, faites pais, s'il vous plaist escoutés, Si vous (lirais cançon, si vous volés... Me cançon ai et dite et devisé. Se ne m'avez gaire d'argent donné ; Mais saciés bien, se Dix me doinst santé, Ma cançon tost vous ferai definer. Tous chiaux escumenie, de par m'atorité, Du pooir d'Auberon et de sa disnité. Qui n'iront à lour bourses pour me fane doner. « Enfin il termine le roman en souhaitant le paradis à ceux qui lui ont fait part de leurs deniers. « Le passage que nous venons de citer montre que le ménestrel était accompagné de sa femme, qui tenait le bureau et recevait les dons des audi- teurs. Peut-être l'aidait-elle aussi dans sa tâche et le suppléait-elle au besoin , car nous savons , par un règlement de 1321 adjoint au Liore des métiers, d'Etienne Boileau que, à côté des jon- gleurs ménétriers, il y avait des jongleresses et ménestrelleSy quoique ce cas ne se soit produit, selon toute vraisemblance, d'une façon régulière et suivie, qu'assez tard , dans les plus basses régions et dans la décadence de l'art. (1) » Au xiif siècle un jongleur devait savoir « bien inventer, bien rimer, bien proposer un jeu parti; jouer du tambour et des cymbales, faire retentir (1) Victor Fournel. Les spectacles populaires. 1G8 la symphonie, jeter et retenir de petites pommes avec les couteaux, imiter le chant des oiseaux, faire des tours avec des corbeilles, faire sauter à travers quatre cerceaux, jouer de la citole (1) » que sais-je encore? Quelques-uns étaient accom- pagnés d'animaux savants, d'ours dansant et faisant le mort, de truies qui filaient, d'où cette enseigne de cabaret : à la truie qui file prise dans maintes villes, d'où encore et partant, le nom de rue de la truie qui file donné à quelques voies dans les cités de Picardie, St-Quentin notamment. Il arrive souvent que les ménestrels se réunirent en troupes, « les trouvères s'adjoignaient des jon- gleurs pour remplir les entr'actes par des tours de leur métier, et tous parcouraient ainsi la France, avec leurs femmes et leurs enfants. Une ménestradie bien composée avait ses poètes, ses musiciens et chanteurs, ses farceurs et saltimbanques. Les plai- sirs du spectateur étaient aussi des plus variés, et, après avoir entendu une chanson de geste et un concert de harpe, il se reposait en écoutant les quolibets, en contemplant les grimaces du jongleur et les gentillesses du chien savant. » Ces bandes menèrent la vie précaire des comédiens illustrés par Scarron ; c'est chez eux que nous trouvons le germe des troupes nomades qui succéderont au xvii^ siècle aux troupes locales pour faire place ensuite aux troupes privilégiées. Les corporations de ménétriers, abohes par l'édit de 1776, avaient depuis longtemps cessé d'exister et (1) Chéruel, Dictionnaire des institutions. V° Jongleur. 169 surtout d'être en honneur ; car avant de périr officiel- lement elles étaient mortes de la pire des morts, qui n'est pas le trépas et qui n'est plus la vie : elles se survivaient au milieu de l'indifférence générale pro- voquée par leur décadence. La Picardie, est-il besoin de le dire, aimait trop les plaisirs du théâtre, la satisfaction et le délassement de l'esprit pour ne pas accueillir favorablement les ménestrels; elle fit plus, elle en éleva et les instrui- sit, comme nous le verrons plus loin. Ainsi que nous aurons à le remarquer dans le cours de ce travail, il est plus d'un poète, né dans la province, qui lui fait honneur par son talent et la loyauté de son caractère. Nous savons que « les ménétriers étaient fort à la mode en Picardie aux xiv% xv' et xvf siècle. Non- seulement les princes, les seigneurs, les villes en avaient à leur service, mais aussi les églises. On ne se faisait point scrupule de faire ces jeux dans le chœur et de les remplir même de bouffonneries ; ce qui porta le chapitre d'Amiens à empêcher, non les représentations, mais les impertinences qui les ac- compagnaient. Nous lisons dans d'anciens comptes de l'abbaye de Corbie, du temps de l'abbé Hugues de Ver, au chapitre des mises de l'an 1325 poiw cour- toisies faites à ménestreux le joui' du Saint- Sacre- ment. De l'an 1327 pour courtoisies à un ménestrel. De l'an 1345 : Courtoisies à ménestreux le jour du Sacrement et de V Ascension. Item : A plusieurs ménestreux et joueurs d'intregues (intrigues). De l'an 1346 : Courtoisies à deux ménestreux le jour de Saint-Pierre. Item.' A plusieurs ménestreux. De 170 l'an 1347; Courtoisies à deux ménestreux qui furent à VOst avec Monsieur (y^hhe). Les anciens comptes de l'Hôtel-de-Ville d'Amiens, celui de 1389 entre autres, nous apprennent qu'à Jean Boistel ménestrel pour lui et ses compaig/ions, qui as Jour de V Ascen- sion et as jour de Dieu furent as procession as dis jour j là u ils juerent de leur métier^ par ce a euls donné dix sols (1). » L'évêque Jean de Bar, dans un dénombrement adressé au roi en 1465, dit que le théâtre était si en faveur dans la ville de Beauvais que les évêques, pour avoir une troupe expérimentée, avaient formé un fief exprès, surnommé fief de la Jonglerie. Donnons de suite, et pour n'y plus revenir, les curieux détails que nous fournit Dom Grenier. « Il est mention de ce fief dans les actes délibératifs du chapitre des 13 et 26 juillet 1390. Son possesseur était tenu de chanter ou faire chanter dans le Cloître de la Cathédrale, aux fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, des gestes, c'est-à-dire de représenter des pièces relatives au mystère du jour depuis la fin de primes jusqu'à l'évangile de la grande messe, et personne ne pouvait chanter gestes sans sa permission. Il paraît par deux actes capitu- laires, l'un du dernier octobre 1401, l'autre du ven- dredi 2 novembre 1402, cju'il jouait aussi dans le Chapitre : « scientera ludere cuni viola in veteri Capi- tulo historias de gestis. » On voit par un acte de noto- riété du 29 mai 1452 que le mystère et le jeu de (1) Dom Grenier, Introduction à THistoire de la Picardie, page 401. 171 St-Picrre furent faits- cette année sur la place entre la Cathédrale et l'Evêché, et, par un acte capitulairo des chanoines, du 2b septembre 153G, qu'ils firent donner trente sols de gratification aux acteurs qui avaient joué devant la porte de l'église : « operantibas in januis Ecclesiœ menestrionihus clantur pro vivo 30 s. » Enfin, le môme cha])itre étant devenu pro- priétaire du Fief de la Jonglerie, transigea pardc- vant Nicolas Leuillier, garde du sceau de la prévôté d'Augy, le 10 août 1579, avec Pierre Gavant, mar- chand, possesseur de ce fief, sis audit Beauvais, comme « étant tenu jouer et faire jouer et sonner instrument au jour de Saint-Pierre, au mois de juin et aux quatre fêtes au devant de ladite Eglise », et promet de lui payer au jour de Saint-Pierre vingt sols parisis, francs de tout, au lieu de quarante (1) » Mais revenons au cœur de la Picardie, à la contrée dont la dénomination est certaine, incontestable, et reprenons l'ordre chronologique des faits inter- rompu un instant par le texte si intéressant que nous venons de rappeler. Nous allons trouver partout le même sentiment à l'égard des trouvères, des poètes et des jongleurs. C'est ainsi que M. Ch. Louandre nous dit : a Les ménestrels tiennent aussi leur place dans la culture littéraire du pays. Comme toutes les bonnes gens du Moyen-Age, les Abbevillois aimaient les histoires des seigneurs anchiens^ et le jour des Caresmiaux la foule , après avoir pris part aux jeux de la cholle ou de l'arbalète dans le bois (1) DoM Grenier, op. cit. p. 405. 172 d'Abbeville, se rendait autour de la fosse aux bal- lades pour entendre les chanteurs en place lire ou chanter leurs romans. Les ménestrels, pour s'ins- truire et charmer les bourgeois, allaient aux frais de l'échevinage aux écoles de Beauvais, de Soissons et de Saint - Orner apprendre des chansons nou- velles (1). Les seigneurs, dans les longs ennuis du château féodal, s'amusaient, comme le peuple, de la poésie et du chant. Les comtes et les barons du Pon- thieu avaient des ménestrels en titre d'office. Gibert de ^lontreuil était sans doute , au xiif siècle, le ménestrel de Marie, comtesse de Ponthieu, puisque c'est pour distraire cette princesse qu'il écrivit le roman de la Violette ou Gérard de Neoers. Ce roman, l'une des plus gracieuses productions du moyen âge, est dédié à la comtesse Marie. C'est pour plaire à cette noble dame. Qui tant set et tant valt, la meilleure et la plus belle des créatures, simple, sage, sans orgueil, gracieuse pour tous, que Gibert raconte sa charmante histoire; et le désir de plaire à la comtesse avait heureusement inspiré le ménes- trel, car son roman, écrit en vers, eut au xv° siècle les honneurs d'une traduction en prose. Boccace en tira le sujet de la neuvième nouvelle de la deuxième journée du Décaniéron^ et la Cyinbeline de Shakespeare en reproduit aussi l'idée. » Les nobles, bien que généralement illettrés, four- nissent aussi quelques poètes. « On a de Jean, (1) Argentiers, 1422, 28, 31, 35. Après cette époque, il n'est plus fait mention des ménestrels (Ch, Louandre). 173 comte de Dreux et seigneur de Saiiit-Valery, des jeux partis ou débats en vers sur l'amour. Comme les jongleurs et les trouvères, il avait disputé la couronne aux pays d'amour et il est qualifié li Rois dans les manuscrits qui renferment ses poésies. » Charles d'Orléans, l'époux de Marie de Cléves, seigneur de Chauny et Coucy était poète ; bien d'autres encore. Parmi ceux-ci, il faut surtout signaler Blondiau de Néele qui sut, tout en restant Français et patriote, être l'ami fidèle et dévoué du roi d'Angleterre, Richard Cœur-de-Lion ; il découvrit la prison où ce monarque était renfermé, et hâta ainsi sa déli- vrance. Il est chanté dans le célèbre opéra- comique, si populaire au xviii^ siècle, qui ren- ferme le passage : 0 Richcu\l^ ô mon roi^ etc. Blondiau de Néele est plus connu sous le nom de Blondel de Nesle. Quelle que soit la localité qui lui a donné le jour : Nesle ou Noyelle, il est certain qu'il est né en Picardie (1). Nous regrettons vivement que cette figure curieuse et intéressante n'appartienne qu'incidemment au théâtre; car elle mériterait mieux qu'une simple mention. Les ménestrels nous rappellent, écoutons-les : aussi bien sommes-nous en présence d'une série de délibérations de la municipalité d'Abbeville, citées par Dom Grenier et M. Louandre, et de quelques (1) Voir à ce sujel la remarquable notice de M. Prosper TarbÉ; en tête des Poésies de Blondel de Néele, Reims, 1862. 174 autres textes qui vont nous fournir des détails dignes d'être notés. Tout d'abord nous lisons : « As ménestriels par courtoisie à eulx faicte des grâces de la ville, le jour de Pentecouste, qui cornoient au Puy- d' Amour, pour l'honneur et estât d'icelle ville... »; puis, en suivant l'ordre chronologique, nous trou- vons : En 1346, l'un des ménestrels d'Abbeville reçoit 4 sols pour avoir canté el grand praiel au bos, un aultre 5 sols pour y avoir veillé et canté son rouman. Mêmes décisions se rencontrent aux dates de 1340 et 1390. 1397, Abbeville. — A Jehan de Dormans « chan- teur en plache, qui payé lui ont esté pour se paine d'avoir canté au bos et lut aux boines gens les his- toires de son roman, le jour des Quaresmiaux devrain passé... V sols. » Nombreux dons du même genre sont mentionnés aux comptes des Argentiers. 1401. — A Jehan Torne, chanteur en place, qui payés li ont esté de don à li faict des grâces de le ville, par courtoisie à li faicte, pour se paine et travail qu'il eut de canter en son romans des istoires des seigneurs anchiens^ le jour des Quaresmiaux, au bois d'Abbeville, paravant le cholle commenchiée... V sols. » 1428. — <5 Aux ménestrès de M. de Fosseux la some de seize solz, aux ménestrès de M. le vidame d'Amiens, 12 sols parisis. » Quatre ans plus tard, il est encore accordé : « aux ménestrès le vidame d'Amiens, aux ménestrès de 175 M. de Fosseux et de la ville d'Amiens ; aux menes- très de M. de Croy, au Possement et trompette de M. d'Antoning, et à Pierre Yrard, ménestrel, à chas- cun d'eulx ung doudrecq qui font en some soixante douze sols six deniers. » Beauvais avait une école de ménétriers ; les mu- siciens et chanteurs d'Abbeville s'y rendaient, comme le prouve cette quittance dul'''* mars 1429 d'après la- quelle il fut remis « aux ménestrès de M. de Croy 16 sols de grâce et courtoisie pour aler apprendre à Fescole, à Beauvais, comme ils ont accoustumé d'aller chascun an. » A Amiens, le 12 août 1476 « deux kanes de vin sont offertes à Jehan Ostran et ses compagnons qui avaient chantés devant NN. SS. pour la victoire que avoit eu Monseigneur de Lorraine à rencontre des Bourguignons. 1481, Amiens. — Un organiste de passage donne une séance de musique à l'hôtel des Cloquicrs et reçoit une kane de vin. 1482. — Un joueur d'orgue d'Abbeville joue devant Messieurs, à l'Hôtel-de-Ville; on lui donne douze sols. 1478, Chauny. — « Nous Gilbert Dupuy, chevalier, seigneur de Vaten, conseiller et premier maistre d'ostel de Madame la duchesse d'Orléans, de Milan , etc. certifions aux gens des comptes d'icelle dame que Maistre Loys Buzé, trésorier et receveur général des finances de la dite dame a payé et baillé contant aux ménestrez et joueurs de farces de Compeigne deux escus et à Manyon ung escu, lesquelz trois escus ladite dame leur a 176 donnez le premier jour de may pour la peine d'avoir joué devant elle; tesmoing le seing manuel de nous cy mis le m'' jour de may l'an mil cccc soixante dix-huit. G. Dupuy (1). » 1517, Amiens. — Douze allemands viennent à THôtel des Cloquiers jouer des flûtes et chanter, chacun d'eux touche un sol. 1517. — Quand le duc de Vendôme, gouverneur, fit son entrée, quatorze trompettes de Gand a vinrent jouer et touchèrent 20 sols avec Jean Godin, fifre, et Colin Fasset, tambour, qui jouèrent autour dudit duc de Vendôme. » Ce qui précède nous a fait connaître les ménestrels, qui donnaient des représentations, ou pour être plus exacts, des concerts populaires. Ils ont disparu depuis longtemps, saluons-les au passage, car dans les temps sombres où le despotisme et la misère pesaient si lourdement sur nos populations labo- rieuses, ils apportaient au peuple, qui en avait grand besoin, un peu de gaieté. (1) Revue des documents historiques, t. 2, p. 81 SOCIÉTÉS LITTÉRAIRES ES sociétés littéraires datent de loin dans nos contrées ; elles donnaient des fêtes où elles conviaient, dans de courtois concours, les poètes de la région. Martin Franc, d'Arras, ne fut sans doute pas vainqueur en ces luttes pacifiques, car dans son Champion des Dames, il dit ; « Va-t-en aux festes à Tournay, à celles d'Arras et de Lille, d'Amiens, de Douai, de Cambray, de Valenciennes, d'Abbeville : Là verras-tu des gens dix mille Plus qu'en la forêt de Torfolz Qui servent par sales, par villes A ton Dieu, le premier de Folz. Laissons de côté ce cri poussé sans doute dans un moment de dépit et occupons-nous de notre pro- vince. Presque chaque ville possédait une société poé- tique, un Puy ou une Cour d'amour. 178 Doullens avait une cour cVaniour et des poètes célèbres à l'époque. M. Labourt, dans un passage cité par M. Delgove, nous apprend que leurs œuvres furent « conser- vées dans la bibliothèque du conseiller d'Etat de Mesme et dans celle de l'avocat Matharel, où le président Fauchet en prit connaissance. -On en trouve une analyse détaillée dans le recueil de YOrigine de la langue française^ et la pléiade est assez brillante pour faire honneur à des villes d'une plus grande importance. Le sire des Authieux, Guilbert de Bernaville, le sire de Bretel, Cuvillier, Belleperche, figurent au premier rang de ces poètes qui char- maient nos aïeux et dont les noms sont encore aujourd'hui vivants dans les plus anciennes familles du pays. » Dom Grenier cite également « Simon d'Autie et Baudoin des Autieux »; nous croyons pouvoir, sans trop de témérité, supposer que quelques de ces poètes et de leurs confrères de la rue de V Arbre- Amoureux écrivirent aussi pour leur ville quelque pièce qui vit le jour sur le théâtre, devant un public ami. « On trouve à Abbeville, à la fin du xiv^ siècle des jeux littéraires, désignés sous le nom de Puy d'Amour y Puy des Ballades^ Puy de la Concep- tion. Le puy de la conception chantait les louanges de la Vierge; les puys d'amour et des ballades traitaient des sujets profanes et galants. La fête du puy d'amour qui avait ordinairement lieu dans les villes voisines le jour de saint Valentin, se -célébrait à Abbeville à la Pentecôte et le jour de l'An. Des pièces de vers étaient lues et jugées 179 publiquement. Dans ces joutes poétiques , le vainqueur recevait une couronne, et prenait le titre de prince ou de roi. La ville aidait de ses deniers les princes à soutenir les grands frais de leur charge; car ils donnaient deux fois par an un dîner splendide aux sujets de leur royaume, et le sénéchal de Po'nthieu , le bailli d'Abbeville , le mayeur, tous les notables tenaient à honneur d'assister à ce dîner. Il est fait mention^ pour la dernière fois, en 1401, du puy d'amour; mais le puy de la conception de la Vierge, qui avait sa chapelle à Saint-Vulfran, s'est conservé jusqu'en 1764. A Abbeville, comme à Amiens, le prince du puy faisait exposer dans la Collégiale un tableau de piété portant pour légende le refrain de la pièce de vers qui avait été couronnée. Ce refrain conte- nait ordinairement une allusion, ou plutôt un jeu de mots sur le nom du donateur. En 1594, c'est Antoine Duval qui remporte le prix et qui donne le tableau, et il prend pour refrain de son palinod, pour légende du tableau qui sans doute représentait la Vierge : Du Val heureux épouse, fille et mère, etc. « Philippe de l'Estoile n'était pas moins ingé- nieux; il avait trouvé pour refrain: Le corps très pur de r Estelle prend vie, etc. « Selon la mode et le goût du temps on fit tour à tour des ballades, des sonnets et même des odes, et au xviii' siècle encore, on voit figurer parmi les rimeurs, des conseillers, juges-conseils, 180 magistrats municipaux , chanoines et mousque- taires (1). » Enfin, à Amiens, nous rencontrons la puissante société Notre-Dame-du-Puv. Ici encore il nous faut céder la parole, et cette fois à M. de Beauvillé (2). « N'oublions pas les statuts et les poésies de Notre-Dame-du-Puv d'Amiens. Le manuscrit dont je donne simplement un extrait forme un volume in-4°, papier, de cent-vingt-deux feuillets, relié en cuir de Russie, doré sur tranches et d'une belle conservation. Il a été écrit en 1472 par Jean de Bery, maître de la Confrérie du Puy ; plusieurs lettres initiales sont accompagnées de figures gri- maçantes ; ce volume contient toutes les pièces composées en 1471 et 1472. « Le nombre des personnes qui prenaient part aux tournois poétiques ouverts en l'honneur de la Vierge était considérable; à la fête de la Purification de l'année 1472, douze concurrents entrèrent en lice... « Mon manuscrit a appartenu au père Daire dont il porte la signature ; il le vendit en 1790 à Mercier de Saint-Léger qui y ajouta une note de sa main; en 1803 il faisait partie de la bibliothèque de Méon, et à sa mort il fut vendu 77 francs. Les manuscrits ont bien augmenté de valeur depuis cette époque (3). (1) Charles Louandre, op. cit. (2) Documents sur la Picardie^ t. 1«^, introduction, p. XV. (3) M. de Beauvillé n'indique pas le dernier propriétaire, avant lui, de ce manuscrit. C'est le célèbre bibliophile Soleinne qui avait réuni une remarquable collection sur le théâtre. Les statuts de la Confrérie de Notre-Dame du Puv furent adjugés à sa vente (1843) pour la somme minime de 133 francs (numéro 676 du Catalogue.) 181 Indépendamment de celui-ci, le P. Daire possédait d'autres manuscrits sur la Confrérie du Puv; voici ce qu'il écrivait, le 26 mai 178G, à l'abbé de Saint- Léger : « ... Mon intention de me défaire des ma- nuscrits n'a point variée. J'ai abandonné l'Histoire littéraire d'Amiens pour 7 livres, le public en paie 10. Les pièces de la Confrérie du Puy pour 9' 10*...» Quelles sont les pièces cédées à si bas prix^^ Rien n'a pu m'éclairer à ce sujet. Le P. Daire possédait-il mon manuscrit quand il publia l'Histoire littéraire d'Amiens ? Les citations qu'il fait dans cet ouvrage permettent d'en douter. « J'ai communiqué, il y a plusieurs années, des fragments de ce recueil ; je crois rendre de nouveau service aux personnes qui étudient cette période de notre littérature en publiant intégralement, et d'après le plus ancien manuscrit connu, quelques poésies et le règlement d'une confrérie qui jouit longtemps de la faveur publique (1). Jean de Bery, l'auteur de ce recueil, n'était ni un clerc, ni un écrivain de profes- sion^ mais un noble seigneur, circonstanee qui donne encore plus de valeur à son travail, car au xv'^ siècle la noblesse aimait mieux férir un coup d'épée que tenir la plume. Dans l'église d'Esserteaux on voit, contre le mur du bas-côté droit, en entrant, une magnifique pierre sépulcre représentant, en creux, le maître de la Confrérie du Puv et sa femme. Des colonnes élancées, recouvertes d'arabesques et ayant (1) Le manuscrit que possède M. de Beauvillé est plus ancien et aussi plus complet que celui de la Bibliothèque natio- nale. 12 182 des têtes de mort à la base, encadrent les person- nages ; quatre génies soutiennent les dais historiés qui s'élèvent au-dessus de leurs têtes. Jean de Bery est vêtu d'une tunique fourrée qui lui descend jusqu'aux genoux, il est chaussé de souliers arrondis et noués au-dessus du cou-de-pied; une large épée à poignée droite, placée en travers, est attachée à sa ceinture. La tête, couverte de cheveux longs et roulés, repose sur un coussin. Jeanne de Rubempré, sa femme, porte la robe du temps, bordée de four- rure, elle a un collier, et un chapelet à la ceinture, de même que son mari, elle a les mains jointes, et la tête, qui est couverte d'un bonnet, s'appuie aussi sur un coussin. « Sur trois côtés de la pierre on lit cette inscrip- tion en caractères gothiques et en abrégé : « Ci gisent les corps de nobles personnes Jehan de Beri seigneur de Esserteaux et de Hineville lequel trespassa le jour S (1) |) Firmin le martyr en septembre l'an MVCXXII. Et auprès de luy ma }\ demoiselle Jeune de Reubinpre sa femme laquelle trépassa l'an XV^- Priez Dieu pour eulx. » La confrérie de Notre -Dame-du-Puy méritait d'attirer l'attention des travailleurs; aussi a-t-elle inspiré M. Breuil qui a donné aux Antiquaires de Picardie (2) une étude sur la Confiserie Notre- Danie-du-Puy cV Amiens, et 'M. le D'" Rigollot dont l'ouvrage posthume : Les Œuvres dWrt de la Con- (1) Les traits de séparation indiquent comment l'inscription est disposée sur la pierre. (2) Mémoires de la Société de Picardie, 2« série, t. III. 1854. frérre Notre-Dame-du-Puy fut terminé et publié par M. Brcuil (1). Il y aurait en refondant et complétant ces deux ouvrages, et en y ajoutant les matériaux si précieux recueillis par M. de Beauvillé et autres érudits de notre province un livre bien curieux à publier. Nous ne pouvons entreprendre, ici surtout, cet ouvrage puisque la Confrérie ne nous appartient que par les représentations qu'elle donnait ; nous nous bornerons à esquisser rapidement les points principaux de son existence. La Confrérie fut fondée en 1388 par les rhêtori- ciens d'Amiens. Ses fêtes coïncidaient avec des fêtes de l'Eglise et ces jours là des rondeaux, ballades, etc., étaient composés par les poètes qui concou- raient entre eux ; il en était de môme pour les Brandons, le Bouhourdy et la Violette (premier dimanche de Carême). Dès avant 1451, les maîtres de la Confrérie expo- saient leurs tableaux dans la Cathédrale; vers la fin du xv^ siècle, ils obtinrent la chapelle dite du rouge pilier pour y célébrer les messes ordinaires. Voici, d'après un concordat passé avec l'Evêque d'Amiens, en 1500, la liste des maîtres à cette époque : Noble et vénérable personne, Adrien de Hénen- court, doyen de l'église de Notre-Dame d'Amiens. Anthoine de Coquerel, procureur et chancelier au siège du baillage d'Amiens. (1) Voir aussi : Discours sur la Confrérie N.-D. du Puy, par le Dr Rigollot, aux Antiquaires de Picardie. (Séance publique 1853). 184 Jehan de Bery, escuier, seigneur d'Esserteaux, doven desdits confrères. Robert Faverel, bourgeois. Jehan Marchant, prêtre. Jehan Obry, sergent à masche (sic). Jehan Bertin, escuyer, grenetier d'Amiens. Mncent Lecas, marchand. Jehan Matissart, marchand. Jehan du Gard, hcencié ès-loix, élu d'Amiens. Jacques Lenglet, greffier de la ville. Jehan de Saisseval, écuyer, sieur de Pissy. Estienne Levasseur, marchand. Pierre Coustellier, marchand. AP Robert de Cambryn, écolàtre, chanoine de la Cathédrale. Jehan Dardie, procureur et conseiller à Amiens. Simon de Conty et Jehan Fremiez Pinguerel, cha- noines de la Cathédrale. Robert de Fontaine, licencié ês-loix, sieur de Mons- trelet et conseiller du Roi. On remarque entre les dix-neuf personnages que nous venons de citer une grande différence de situa- tions ; c'est que dans cette société toutes les classes de la ville étaient confondues. « Pour v décerner la première place, on avait égard moins au rang et à la fortune qu'au savoir et à la piété; la bourgeoisie, même à ses degrés les plus humbles, offrait ces qualités solides qui la recommandaient à l'estime de tous, et l'honneur de la maîtrise venait aussi bien chercher l'artisan que le riche seigneur ou l'ancien mayeur de la cité. Pour faire saisir, à Tépoque qui nous occupe, un contraste piquant entre les conditions 185 sociales des divers maîtres, il nous suffira do faire remarquer que Jehan de Bery, seigneur d'Esser- taux, l'un de ceux mentionnés dans le Concordat, avait eu pour prédécesseur immédiat le pâtissier Jehan le Barbier (1). » Le pâtissier pouvait être un excellent poète; j'imagine aussi que son intervention n'était pas inutile dans les repas que s'offraient les confrères cinq à six fois l'an. « Le banquet principal était celui que le maître de l'année précédente donnait le jour de la Chandeleur. Suivant l'expression consacrée, le prince dépossédé rendait alors sa fête^ et c'était bien réellement une fête pour les confrères ; car, à l'issue d'un bon repas, on leur offrait le spectacle de l'époque, la représentation d'un mystère ou d'une moralité. A la fin du XV® siècle, Pierre de Buyon et Jehan Destrèes charmaient la Ville et la Confrérie par leurs compositions dramatiques. En voyant jouer le Paradis terrestre et le Bon tenips^ en entendant le joli rondel de la Violette, nos pères goûtaient un moment de calme au milieu des troubles politicjues, et se consolaient un peu des malheurs qu'attirait sur Amiens la lutte de Louis XI contre le Bourguignon. Au xvf siècle, les représentations de mystères sont encore en pleine vigueur. Maître Jehan Ponce Pièce, estudiant en rhétorique fran- çoise, rendant sa fête en 1557, fait jouer V Histoire du Mariage de Marie et de Joseph (2). » (1) A. Breuil, op. cit. (2) Id., id. 186 A ces repas, à ces fêtes assistait tout ce qu'Amiens avait de considérable. La Confrérie du Puy vécut paisiblement pendant de longs siècles ; chaque année apportait à son trésor, qui formerait aujourd'hui un merveilleux musée, quelque nouveau chef-d'œuvre. Pouvait-il en être autrement quand le goût des arts était si universellement répandu, quand parmi les maîtres nous vovons un Nicolas Blasset ! La Confrérie avait toujours fait preuve d'un zèle fervent pour la religion catholique, cela ne Tempêcha pas de recevoir un coup terrible des jésuites dont les représentations éclipsèrent bientôt les soirées du Puy. Celui-ci agonisa longtemps et finit par disparaître (1), pour se transformer et re- naître dans le Cabinet des Lettres, d'abord, VAca- déinie cZ'.4/7i/e/zs ensuite et peut-être , de nos jours, en ce qui touche les fêtes intellectuelles, dans la Conférence litiércdre et scientifique de Picardie qui organise des conférences et donne des représenta- tions où même a figuré avec honneur l'œuvre d'un de ses membres. Remontons de quelques siècles en arrière et étudions les Statuts de la Confrérie Nostre-Dame du Puy d'Amiens : « S'ensievent tous les reffrains des tableaux dont il poeut estre memore, et tous les noms des mais- tres de la feste du Puy de Nostre-Dame ordonnée (1) Vers 1694, en tous eas dès les premières années du xvii» siècle. 187 par les réthoriciens de la ville d'Amiens, pareille- ment les ordonnances de ce qu'il appartient à faire à chascun maistre durant sa maistrise, et aussy tous les fatras, rondeaulx et balades qui ont estes faiz durant la maistrise de moy Jehan de Bery, qui fus maistre, par ou de Jehan le Barbier, pasticier, le jour de la Candelière, l'an mil IlIP LXXI, avec les jeux ordinaires et extraordinare si servans à la dicte maistrise. « Rénovations des ordonnances jadis introduites pour l'entretènement de la feste du Puy de Nostre- Dame, fondée et ordonnée par les réthoriciens de la ville d'Amiens, l'an de grâce mil 111^ IIII^x et VIII à faire en la forme et manière cy-après escripte, faitte et accordée à Amiens, en l'hostel claustral de mons maistre Estene de Blaniîv, chanoine, chantre et offi- cial de Amiens, anchien des maistres dudit Puy, par iceluv mons maistre Estène, sire Jehan de Noex, «/' 7 7 prestre, chapelain de la dicte esglise; Jean Mahyo- quel, Jehan de Vaulx l'aisné, Pierre d'Aoust, Jaque le Petit, maistre Pierre ^lantel, Pierre du Gart, Guil- laume de Saint-Aubin, Jehan le Senescal, Accart Doublet, Guillaume Sawale, Pierre Pertrisel, Sire Gaudeffroy de Wailly, Jehan le Bourgeois, sire Jehan de la ]\Iote, Jehan d'Aoust, sire Martin Brancque, Mahieu de Corbeie, Hue Houchard et Raoul le Maistre, le XV^ jour de février, l'an mil IIIP et chincquante et ung, desquelles ordonnances la teneur s'ensieut. Et premièrement, les noms de tous les maistres du dit Puy et de tous les reffrains des tableaux dont il poeut estre memoré. » Suivent les noms des maistres du Puy; que le 188 P. Daire a donnés dans V Histoire littéraire d'Amiens) nous lisons ensuite les ordonnances des maistres du Puy de Nostre-Dame : « Et premièrement. Le maistre baillera ou fera baillier refrain de fatras divin le jour de la Candeleur qu'il est fait nouveau maistre, et donra aulcun pris au réthoricien le gaignant à l'assemblée des pains férés en la manière accoustumée. « Item,.-chascun maistre nouvel sera tenu, incon- tinent que il sera reconvoié en son hostel, assambler des maistres et réthoriciens expers en réthorique, par le conseil d'aulcuns des anchiens maistres, en lieu secret et convenable, pour examiner les chans royaulx lesquelz lui auront esté présentez au disner, affin de donner le lendemain, à la messe, la cou- ronne à celuy qu'il l'aura gaignié. « Item , que icelluy maistre et successeurs maistres est et seront tenus de faire célébrer lendemain de le feste de la chandelière, qui aira ou qu'ilz auront fait leur feste, une messe pour les trespassés^ à diacre et soubz diacre, en sa paroisse, ou au lieu où bon luy semblera, à l'heure de l'appel de prime sonnant à la grande esglise d'Amiens, à laquelle messe seront tous les maistres se ilz n'ont légitime empeschement. « Item, et pareillement tous les réthoriciens estans à Amiens, qui aront fait et présenté chant royal audit jour de la Chandelière, seront tenus d'estre en la dicte messe pour en la fin d'icelle voir recepvoir par celluy qui aura fait le meilleur chant royal la couronne d'argent, lequel ainsy 189 gaignant sera par les maistres et assistans recon- voyé en son hostel notablement. « Item, ledit jour au disner pour faire rebont, le maistre qui ara fait la feste et le nouvel fait donront au disner chascun un pot de vin de commencement, à leur volonté, aux maistrez, qui se assembleront où bon leur semblera. « Item, que icelluy qui est présentement maistre dudit Puy, et successivement ceux qui le seront aprez luy, fera et feront faire dire et célébrer, chascun des cinq jours de Nostre-Dame qui sont en l'an, les messes de l'office des jours solennel- lement à diacre, soubz diacre et cœuristez, en l'esglise de laquelle le maistre de l'année sera paroissien, ou ailleurs où bon luy semblera. a Item, baillera ou fera bailler ledit maistre présent, et ceulx qui le seront aprez luy, reffrain à la loenge de la glorieuse Vierge IMarie aux rhéthoriciens VIII ou X jours au paravant de chascune desdictes cincq festes, pour et par eulx estre faites baladez à la dicte loenge et luy estre raportées esdiz jour de Nostre Dame, après heure des vespres, au lieu qu'il assignera ou fera assigner à iceulx compaignons, ouquel lieu il leur fera mettre la table à la gracieuse et courtoise despense acoustumée où chascun paiera sa porcion selon la quantité d'icelle; et là donra ledit maistre ung pris tel que luy semblera à cely qui ara la meilleure balade selon le reffrain du jour. a Item, en sera fait pareillement chascun jour de Toussaints, au mistère des trespassés, où on 190 donra une couronne selon le refrain à la meilleure balade, laquelle couronne avec lesdictes baladez sera portée à Saint Denys, au lieu accoustumé, len- demain jour des âmes, où il fera dire ung service pour les trespassés. « Item, fera pareillement qu'il a esté fait de la solempnité principale du dit Puy qui sera mis au lieu acoustumé en l'esglise cathédrale d'Amiens le dit jour de Noël, pour y demeurer l'année ensie- vant, en prenant ou en emportant le tableau de l'année précédente estant audit lieu, par demandant congié et licence là où il appartient. Et après le portement et raportement d'iceulx tableaux , ledi^ maistre sera tenu de faire mettre la table pour assembler tous les rliétoriciens et faire recorder les balades sur le refrain par ledit maistre baillié pour la révérence du jour, et donner prix en la manière acoustumée. « Item, quant à la feste principale du dit Puy qui s'est faite et fera le jour de la Nostre-Dame Chande- leur, sans avoir regard à quelque chose qui ayt esté faite par cy-devant en grandeur de despence ne aul- trement, ledit maistre du Puv ne recevra au disner solempnel acoustumé que les maistres ses prédé- cesseurs et ceulx qu'il y aura prié, semons ou requis de y venir, réservés notables gens d'esglise, rétho- riciens ou aultrez de dehor?i. Lequel disner il fera apointier à gracieuse et courtoise despence sans excès, et durant iceluy disner fera le maistre jouer ung jeu de mistère, et donra à chascun des assistans ung chapel vert et ung mes dudit mistère, avec 191 une couronne d'argent que gaignera celuy qui fera le meilleur chant roval selon le refrain dutablel. « Item, et parmy de tous ceulx qui seront audit disner et mistère, gens d'esglise, réthoriciens ou aultrez, jà soit ce qu'ilz ayent fait balades ou chant roval servant audit mistère, réservés seulement ré- thoriciens forains qui aront fait chant royal ou balades servant pour le jour, et illec publié à la loenge dudit Puy et mistère, et religieux mendans, se aulcuns en y a qui y ayent esté appelles, seront tenus de paier et paieront leur porcion et escot dudit disner à la discrétion du maistre et selon que vivres seront à bon marchée l'année. « Item, que tanstost après le trespas de l'ung des maistres, ung service solempnel des trespassés à dyacre, soubz-dyacre et cœuriste, sera célébré, en l'esglise parrociale ou demouroit le maistre en sa vie, audit appel de prime. Lequ<^l maistre, estant pour le tamps, sera tenu de faire le prest de l'argent dudit service ou services, se pluseurs se foient en son an, lequel argent luy sera rendu par les maistres an- chiens, chascun à sa portion, au diner dudit jour de rebont. Lequel maistre sera tenu de faire sçavoir aux aultres maistres anchiens et à aulcuns des pro- chains parens d'iceluy maistre trespassé, le jour que l'on fera ledit service. « Item, se aulcuns desdis maistres a aulcun hon- neur à faire, soit de noepces ou obsecque, les aultrez maistres seront tenus de faire honneur au mousier, set à ce faire sont priés deuement, sur l'amende de VI deniers. 192 Item, seront tenus tous les maistres acompaignier le maistre ausdictes messes, se ilz ne ont empesce- ment légitime duquel ilz seront creus de bonne foy, et ce à poine de douze deniers pour chascun défail- lant et chascune fois, à convertir pour le paiement des services des maistres trespassés dont mention est faitte cv-dessus. « Item, s'il advenait (que Dieu ne veulle!) que aulcun maistre eslut de nouvel refusast faire ladicte feste, tous les maistres précédens seroient et seront tenus de faire et entretenir toutes les solempnités de ladicte feste inclusivement, ainsy que dessus est dit, à leurs propres coust et despens par égale por- tion. Et celle année, le plus anchien maistre prési- dera comme feroit le maistre fait de l'année, les- quelz maistres aussy commettront ung ou pluseurs pour vaquier à faire les choses nécessaires pour la dicte feste, sans ce que icelluy anchien en ait la charge. « Item, pour ces causes iceulx maistres ne paieront ne seront tenus de paier aulcune somme de deniers pour la despense faicte au disner de ladicte feste au jour de la Chandeleur. « Item, le XXV^ jour de mars, l'an mil IIII^ LVII, ouquel temps Jehan Framery, procureur au siège du bailliage d'Amiens, estoit maistre du dit Puy, tous les maistres lors vivans furrent assamblés en récréa- tion ensamble, et illec fut ordonné et consenty que, depuis lors en avant, ledit Jehan Framery, et aultrez qui après luy seraient maistres, raroient et repren- droient le propre tablel qu'ilz mettroient après qu'il 193 aroit serviy pour ostencion et esté en resglise le temps acoustumé. Et au regard du tablel estant le dit jour que la dicte ordonnance se fîst, et lequel tablel avoit esté mis par tous les maistres qui la dicte feste avaient relevée et faitte à leurs despens à la Chandeleur précédente, en la deffaultede maistre Jacque Jonglet, qui ne la vault accepter, il fut aussy ordonné et consenty par lesdits maistres que au Noël en sievant, en mettant par ledit Jehan P'ramery son tablel, icelluy tablel mis par lesdits maistres seroit et demeurroit commun à eulx tous, pour le donner, vendre^ ou aultrement en faire à la volonté d'iceuix maistres, et fust ceste ordonnance faitte et accordée pour plusieurs causes et considérations à ce mouvans les dits maistres. « Item, le IIP jour de février^ lendemain de la Chandeleur de l'an mil 1111^ LIX, Gille de Laon, grènetier d'Amiens, nouveau maistre du dit Puy, et les aultrez maistres assamblés ce dit jour au disner, comme ilz ont accoustumé, ordonnerrent, pour l'en- tretènement et honneur dé la dicte feste, que désore- mais se paieront au disner et honneur d'icelle feste, en aultrez personnes, monseigneur le doyen de l'es- glise Nostre Dame d'Amiens, monseigneur l'officier d'Amiens, et celuy en l'hostel duquel se fera ladicte feste, et que des trois personnes dessus nommées, ne de l'une d'icelle, ne se fera aulcune eslection pour estre maistre et avoir la charge d'icelle feste; et ainsy et par ceste manière a esté conclud et ordonné par lesdits maistres comme dessus est touchié. « Item, le IIP jour de février, qui fut le lendemain de la Chandeleur l'an mil 1111^ LXM, Jehan Harle, 194 nouveau maistre, et les aultres maistrez assamblés le dit jour au disner, ordonnèrent, pour le bien et entretènement de l'amour qui est entre eulx, que depuis lors en avant seroit par eulx, chascun an en icelluy jour, fait un roy qui paieroit pour sa bien venue deux pos de vin, et en le fin de l'an, pour renouveller ledit roy, ung gasteau; et en ensievant, ce fust Jacques le Foulon, l'ung des maistres, roy et paia deux pos de vin. « Item, comme dès l'an mil 111° III^^ et VIII pluseurs vénérables et notables personnes, en ce tempz vivans, et demourans en ceste ville d'Amiens pour l'honneur, loenge et révérence de Dieu et de sa glorieuse Vierge mère, eussent, à grande et meure délibération, institué certaine feste et solemp- nité estre faite chascun an au jour de la Chandeleur, que on dit la feste du Puy Nostre-Dame, laquelle feste a esté entretenue, comme encore elle est, par les maistres du Puy qui depuis ont esté et sont à présent, et il soit ainsy que les maistres de ladicte feste qui sont à présent, c'est à assavoir : Simon Pertrisel , Guv de Thalemas , Jehan le Barbier, Jehan de Berv, Robert Faverel, sire Jehan Mar- chant, Jehan de Latre, Jehan Obry, Martin Martin, Frémin le Normand, Jehan Bertin, Jehan Matis- sart, Vincent le Cat, maistre Jehan du Gard, Jacques Lenglès, Jehan de Sesseval, Jehan Rohault, Robert Bigant, Estène le Vasseur, et Pierre le Coustellier à présent maistre, considérans qu'ils ne avoient aulcunes messes qui se deissent en ladicte ville, sy n )n ès-jour-, festes et solempnités de Nostre- Dame, et que ce seroit chose honorable et agréable 195 à Dieu et à la vierge Marie, aussy salutaire aux âmes desdis maistres, de avoir chascune sepmaine de l'an, en jour de jeudi, une messe du service de Nostre-Dame. Pour laquelle cause, les maistres dessus nommés sont convenus ensamble , eulx mus de bon zelle et dévotion, que ilz ont et doibvent avoir à sollempniser et augmenter le saint service divin à la loenge de la vierge Marie, et d'icelle feste ont concordablement ensamble conclud ce qui s'ensuit . C'est assavoir , que dores en avant sera ditte, chascune sepmaine de l'an, une messe de Nostre-Dame en jour de jœudy, comme dessus est dit, et se dira ladicte messe en l'es- glise de Nostre-Dame d'Amiens, à l'autel du rouge piler; à laquelle messe, qui se dira et célébrera par tel homme d'esglise qu'il plaira ausdis maistres lors vivans, seront à chascune fois portées les torses et cierges parle varlet desdits maistres. Lequel homme d'esglise sera, à une ou deux fois l'an, paie par ledis maistres de ladicte messe, montant à la somme de cent s. par an, laquelle somme de cent s. se paiera en commun par iceulx maistrez; et à ce faire , paier, fournir et acomplir par la manière ditte ont lesdiz maistres libéralement consentv et accordé, sauf Jehan de Latre, l'ung desdis maistrez qui était absent. Fait à Amiens, le IIP jour de février, l'an mil IIIIc IIII^x et dix. « Item, en l'an mil IIIP IIII^x et XI, maistre Robert de Cambrin, escolatre de l'esglise Nostre-Dame d'Amiens, lors maistre pour ceste année, tous les maistrez meus de dévotion à la Vierge Marie, et pour tousjours augmenter sa dicte feste, firent mettre 196 leurs tableaux en la nef de ladicte esglise de Nostre- Dame; et illec, . au devant des dis tableaux, ung chandelier et un cierge, pour servir au service divin. « Item, le IX° jour de janvier an IIII^^ et XIII, maistre Adrien de Hénencourt, prévost de ladicte esglise, estant maistre du Puy, fust ordonné et con- clud que lesdits cierges qui sont mis de la part des maistres au-devant de leurs tableaux en ladicte esglise en l'honneur de Dieu et de la Vierge Marie, seront allumés aux premières vespres, messe et secondes vespres de toutes festes de ciun eo. Et quant au Noël, seront alumés à la messe de minuyt jusquez à la fin des matines ; et à Pasques, aux pre- mières vespres, compiles, matines, messe et secondes vespres. Et quant aux cinq festez de Nostre-Dame, seront alumés aux premières vesprez, matines, messe et secondes vespres, et aussy aux services que le maistre fera dire pour aulcuns maistres trépassés, et le lendemain de la Chandeleur, à la messe ordi- naire des trespassez. « Item, fust ordonné cedit an que le tableau pré- sent et ceulx qui après seraient mis en la dicte esglise, demeuraient en icelle esglise pour les mettre es lieux à la dévotion de ceux qui les airont fait faire, lequel tableau sera raporté et mis en ladicte esglise, en dedans, le jour de Pasques, aprez que le maistre anchien ara levé son tableau la veille de Noël, pour donner lieu au nouveau, comme est de coutume. « Item, seront tenus les dis maistres accompai- gnier le maistre le jour de la Chandeleur, que se fait la feste du dit Puy, depuis son hostel jusques à icelle 197 . esglise de Nostre Dame et à la dicte messe, sous painne et amende de XII d. t. pour cliascune fois, à aplicquer au profit de ladicte confrairie, au cas qu'il n'y ait excusacion légitime; et pareillement, lende- main de ladicte feste de la Chandeleur, assister par les dits maistres à la messe des trespassez, sus pareille amende que dessus. « Item, par lesdits maistres a esté ordonné que doresenavant seront eslus deux desdis maistres, lesquels airont charge d'entendre au service qui sera fait en tout ledit an, recepvoir les deniers de la confrairie et faire les mises, et rendre compte des- dictes mises et receptes le joeudy devant la Chan- deleur, à l'hostel du maistre^ et devant le disner, lesdictes veues, continuer ou eslire nouveaulx offi- ciers ou procureurs, pour eulx entremettre à la dicte recepte, selon ce que verront estre expédient. « Item, le XVIIP jour ;de l'an mil IIII^ IIII^x et XIII, après le service fait par les maistres, en la nef de l'esglise Nostre Dame d'Amiens, pour demoisielle Jehanne de INIachy, qui fust femme de Jaque Lenglès, à cause du légat qu'elle leur avoit fait, il fust ordonné par lesdiz maistres présens et "advenir, et aussy les veuves des maistres qui sont ou seront allées de vie à trespas, lesquelles donneront ou légateront par leur testement ou aultrement aulcune chose à la congrégation ou confrairie des dis maistres du Puy, airont chascune ung obit solempnel en la dicte nef de icelle esglise de Nostre Dame, là où seront présens et assistens lesdiz maistres et leurs femmes, sus painne d'amende de douze deniers chacun au profit de la dicte confrairie, ou cas que 13 198 il ne y ait excusation légitime, et tout ainsy et pa- reillement que chascun de iceulx maistres doibt avoir après son trespas. » Nous connaissons maintenant l'organisation de la Confrérie du Puy, nous avons vu rapidement quelle avait été sa vie et quels services elle avait pu rendre ; il nous reste à examiner la valeur des œuvres qu'elle a produites. Pour cela, nous allons nous attacher à ce qui aie plus directement trait au théâtre ou, tout au moins, aux concerts spirituels, si nous pouvons nous servir ici de ces termes en parlant des réunions dans les- quelles étaient dites par leurs auteurs, les poésies suivantes : FATRAS FAIS LE JOUR DE LA CANDELLIÊRE MIL un*' Lxxi, AUX pains férés, le jour que je FUS ESLU MAISTRE (1). Maistre Jehan du Bosquiel. Voeullons hiiy tous de une aliance. Honorer la Vierge Marie. Voeullons huy tous de une aliance Prier Dieu que ayons paix en France Adfin qu'elle soit mieux servie, Et que se notable ordonnance, Par vraye et bonne concordance Demeure en charité unie. C'est la mère du fruit de vie Qui procure nostre aliance, Par quoy chascun doibt sans envie, Présemption ou mal voeullence, Honorer la Vierge Marie. (1) Jehan de Bery, auteur du manuscrit dont il est question ci-dessus. 199 Vœuilons huy tous de une aliance Honorer la Vierge Marie. Vœuilons tous de une aliance Servir la harpe doulce et franco Rendant souveraine harmonie. . C'est l'umble Marie en substance, Rendant doulx son à la plaisance De son filz, quant pécheur l'en prie. Car son harmonie poésie De rigueur estoint la puissance, Et au pécheur rent pour mort vie, Pourquoy bien debvons par constance Honorer la Vierge Marie. V^eullons huy tous de une aliance Honorer la Vierge Marie. Vœuilons huy tous de une aliance Prier la divine puissance. Quant par sa bonté infinie A causé telle consonance En Marie, harpe à plaisance, Quelle a produit doulce armonie ; C'est Crist, l'éternel fruit de vie, Qui des humains la desplaisance Rend en léesse convertie, Tant que en debvons à souffisance Honorer la Vierge Marie. Vœuilons huy tous de une aliance Honorer la Vierge Marie. Vœuilons huy tous de une aliance Essaucier la Vierge très franco Que Jhésus à tant essaucie. Qu'elle est par divine ordonnance Mère de Dieu, c'est no créance. Et Vierge sans par infinie, Et dont tout humaine lignie Est mise à plaine délivrance De par la puissance prisie. 200 Se debvons donc de no puissance Honorer la Vierge Marie. Vœullens huy tous de une aliance Honorer la Vierge Marie. Vœullons huy tous de une aliance Prendre à fratazier plaisance, En augmentant par industrie La ditte Vierge pure et france, Qui est par divine ordonnance Vierge mère à Crist fruit de vie ; Ce cause à l'humaine lignie De la double mort délivrance. Pour ce no maistre nouvel prie Que nous vœullons à son instance Honorer la Vierge Marie. Vœullons huy tous de une aliance Honorer la Vierge Marie, Vœullons huy tous de une aliance Servir au noble roy de France Soubz le quel sommes en baillie, Affin que par bonne puissance, Il mette en son obéissance A toujours s'adverse partie. Tant que paix nous soit impartie, Et au règne sans variance ; Car le bon roy, par industrie, Scet de cœur et pensée france Honorer la Vierge Marie. RONDEAULX FAIS AU BOUHOURDY MIL IIIIC LXXI Pierre de Buyon -- Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Puisque avons vin à bon pris Pour resveillier nos espris. 201 De soif ne soions souspris Geste saison joliette, Pour resveillier nos espris Buvons à le violette Pour resveillier nos espris Buvons à le violette, Du meilleur, où qu'il soit pris, Pour resveillier nos espris, Sans adviser à quel pris, En chantant la chansonnette, Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Nous ne serons jà repris Pour resveillier nos espris, De bon vin, où qu'il soit pris, Cascun ait sa chopinette, Pour resveillier nos espris Bavons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette, Vin friant au plus hault pris Pour resveillier nos espris. En ce jour de bouhourdis, N'espargnons rien, me Gorgette, Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à la violette, De bon vin, où qu'il soit pris Pour resveillier nos espris. Tout ainsi que avons appris. En disant le canchonnette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. 202 Pour resveillier nos espris Buvons a le violette, Ensamble, drois ou assis, Pour resveillier nos espris Devisans joieux devis, En jardin, sale ou chambrette, Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Ponr resveillier nos espris Buvons à le violette, Ce bon jour du bouhourdis, Pour resveillier nos esprits. Boire vin par appetis, C'est chose qui bien me hette, Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Puisque à boire sommes pris Pour resveiller nos espris. Vins aions, blanc, rouge ou gris S'arrouserons la gorgette, Pour resveillier nos espris Buvons à la vioUette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette, Mangons bon pain, blanc ou bis Pour resveillier nos espris. Avœuc gros poissons exquis, Et de ce vin de rosette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Ayons vin, où qu'il soit pris, Pour resveillier nos espris. 203 Se faisons que ayons bétris, Meion, marguenne, noletle, Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette, Ayons aussy bon vin pris Pour resveillier nos espris. Se amy nous a endormis. Ou donrons fleur et sainette, Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette Et soions d'amer espris Pour resveillier nos espris. Tant que nous ayons appris Chéens rime qui nous hette. Pour resveillier nos espi'is Buvons à le violette. Pour res veiller nos espris Buvons à le violette, Evoconsdame de pris Pour resveillier nos espris. Qui nous fera ung doulx ris En disant la chansonnette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveiller nos espris Buvons à le violette. En ce jour de bouhourdis Pour résveillir nos espris. Faisons pluseurs joieux dis. Soit en chaml)re ou en salette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. 204 Pour resveillier nos espris Buvons à le violette, Que en dœul ne soions soupris, Pour resveillier nos espris, Monstrons nous très bien apris, En faisant chière qui hette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Buvons tous, grans et petis, Pour resveillier nos espris ; Puis dirons, par bon advis. Une chanson joliette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette, Du bon vin, où qu'il soit pris, Pour resveillier nos espris. Se ne nous en chaut du pris, Et fust bon vin de rosette, Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette, Dampt moisne vestu de gris. Pour resveillier nos espris Qui sommes d'amour espris, Chantons et menons goguette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette, En disant fatras et dis Pour resveillier nos espris. 205 Prest suis de chanter tondis, Soit en chambre ou en salette, Pour resveiUier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette, Vin de Biaune, ou Paris, Pour resveillier nos espris, Avoir faut amendez et ris, Chucres une esculleette, Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette Do ce bon vin de Paris, Pour resveilher nos espris. Affin que soions toudis Avec la gente cornette, Pour resveillier nos espris Buvons à le violette. Pour resveillier nos espris Buvons à le violette, Pour resveillier nos espris, Sy n'y a bon amour cy. Prions à Dieu qui l'y mette. Je buveray tout cecy. Se feray la place nette. Pour resveillier nos espr' 3 Buvons à le violette. BALADE FAITE AU BOUHOURDY MIL IIIP LXXI. Un moisne, vestu de gris, Qui attendait sa chambrière Raportant deux gros pains bis, Vis entrer par l'huys derrière Et lui dit, par tel manière : 206 Va nous quérir pîntelette Entens-tu, me baisselette, Boire fault, où qu'il soit pris, Du mains chascun chopinette, Pour resveillier nos espris. Il avoit deux poissons fris Et une carpe bien chère, Ung brochet, un plat de ris, Et quant je vis la manière, J'entray léens sans renchère Et dis : Me doulce damette, Va moy quérir Robinette Het fault faire à ses amis Et boire à la violette Pour resveillier nos espris. Enfin fust Tescot assis ; Sans point y boire de bière De solz ou despendit dix ; Car on y fist bonne chière. L'unne miot se panetière Reposer sus la couchette, L'aultre print de la boursette Du moisne cinq solz ou six. Et dit : Part i ara Colette Pour resveillier nos espris, Prenés en gré la sornette, Il est ainsi que rescrips Aussy vray que la cornette Pour resveillier nos espris. 207 Nous terminerons nos citations que nous emprun- tons à M. de Beauvillé, par une petite pièce qui dut avoir alors un succès large et franc. La voici, elle a pour titre : JEU EXTRAORDINAIRE FAIT JEHAN DESTRÉES ET JOUÉ LA NUYT DES ROYS MIL IIIl*" LXXII. vi.-PARTOUT (commence) Je voy, je viengz, je quiers et trache Le bon tampz; mais pour nient je presche Partout, criant comme une agache. Je voy, je viengz, je quiers et trache, Et sy n'est entreu n'en crevache Que on l'aytveu, vechy grant destreche. Je voy, je viengz, je quiers et trache Le bon tampz; mais pour nient je presche. Il n'est n'en aveine n'en vesche En grenier, taverne ou batiche, Jusques en un tronchon de saussiche Que je n'aye tatté sy loche, En Picardie comme en Escoche Par tout jusquez dessoubz le huche Je l'ay quéru, mais il se muche De my, le bon tampz; qu'esse à dire? NE-TE-BOUGE Arrière, fourcelle saint sire, Qui esse qui quiert le bon tampz ? Il fault que devers luy je tire ; Arriére, fourcelle saint sire, Le bon tampz ne quiert que le mire, Car il se mœurt, passé six ans. Arrière, fourcelle saint sire, Qui esse qui quiert le bon tampz ? Par me foy il n'est plus des miens. 208 VA-PARTOUT Est point le bon tampz en Amiens ? On me le die aray je acout. NE-TE-BOUGE Le bon tampz. VA-PARTOLr Voire n'estre riens. Est point le bon tampz en Amiens ! NE-TE-BOUGÉ Le bon tampz. VA-PARTOUT Et voire. NE-TE-BOUGE Sa, viengz, Comment t'appellon ? VA-PARTOUT Va-Partoiit. Est point le bon tampz en Amiens ? On me le die aray je acout. NE-TE-BOUGE Va-Partout, de plat et de bout, Par me foy tant qu'est du bon tampz 11 n'est point cy, il fait ses flans Ailleurs. VA-PARTOUT Je suis doncquez trompé. Viengz sa, comment es tu nommé ? NE-TE-BOUGE Comment, Va-Partout? Ne-te-Bouge. Le bon tampz est Amiens bien rouge, Car on ne le scet par où prendre." Et s'en y a maint, pour entendre, 209 Qui volontiers le bon lampz eussent Su prendre, aulcunement le pussent. Puisqu'on te nomme Va-Partout, Tu scès bien où le bon tampz crout. VA-PARTOUT J'ay esté par tout ce royalme ; Mais il ny est plus, par mon ùnif , J'ay esté en mainte aultre terre, Gomme en Yllancle, en Englelerre, En Hollande, en Octobellant, Comme es grandz désers d'Abilanl, Meismc jusqu'au treu Saint Patris. NE-TE-COUGE Le bon tampz est en foutte mis ; Vécy une estrange besongne. Or dy, Va-Partout, en Bourgongne N'as-tu point le bon tampz trouvé? VA-PARTOUT Vorment en Bourgongne ay je esté ; Mais il y a plus de quatre ans Brief qu'ilz ont perdu le bon tampz. Ce n'est de eulx que confusion ; Ils sont plus enflés de bouUon Que n'est ung crapaut esboulé. Le plus grand bourgois n'est enflé Que de bière ou de chitolet, Et ces Flamens boivent leur le t, Burre, ou le hambours toullie, Dont le ventre ont plus embroullie Qu'on n'avoist de bon moust nouvel Plus de cent mille le tourtel En ont et le mal Saint-Quentin Par deffaulte de un trait de vin : Et pourtant ne soions créans Que en Bourgongne soit le bon tampz. Par saint Frémin, il n'y est mie, Ne-te-Bouge. 210 NE-TE-BOUGE Plus le copie N'en avons aussi, Va-Partout, Cherchier et de plat et de bout, Gomme foy le quiers. VA-PARTOUT Il n'y a maintenant sy rouge Qui sache qui a le bon tampz. NE-TE-BOUGE Il y a environ chinq ans Qu'en toute pareille manière Fust quéru devant et derrière Le bon tampz. Mais pour vray te dy Que le bon vaquier de Ghauny L'eust et le prin, ou on me tonde. VA-PARTOUT Gomment l'appellon? NE-TE-BOUGE Tout-le-monde. Mais je ne scay de plus il l'a. Ya-Partout, à lui on sçaira S'il la et s'il est avec ly. # VA-PARTOUT Hé ! Hau ! le vaquier de Ghauny, Tout-le-Monde ! LE VAQUIER DE GHAUNY Qui esse là? NE-TE-BOUGE Avis m'est que je l'ay auy; Hé ! Hau ! le vaquier de Ghauny ! LE VAQUISR DE GHAUNY Qu'esse qu'on me vœult, m« vécy. 211 VA-PARTOUT Venès sa, on vous le dira. NE-TE-B0U6E Hé ! Hau! le vaquier de Ghaiiny 1 Tôut-le-Monde ! LE VAQUIEn DE CHAUNY Qui esse là? VA-PARTOUT Sancbieu 1 comment le monde va, Comme il est boiteux de deux banques. NE-TE-DOUGE A grand peine le bon tampz a, Sancbieu! comment le monde va? LE VAQUIER DE CHAUNY Oncques mais pis mon corpz ne ala, Car à tous costez j'ay les cranques. VA-PARTOUT Sancbieu! comment le monde va» Gomme est boiteux de deux banques. NE-TE-BOUGE Mesvenii" puist à pons ou planques Par qui le monde va ainsy. VA-PARTOUT Or sa, \ê vaquier de Ghauny, On m'a dit que depuis six ans A vo tour eustes le bon tampz ? Comme on me appelle Va-Partout, Qui le quiers de plat et de bout, Je vous prie, se vous le avès. Que nous le ayons se vous volés ; Car le bon tampz désirons fort. O I 9 LE VAQUIER DE CHAUNY Le bon tampz, hélas ! il est mort, Et n'est mie une grand pité. Tant que pour my, soit droit ou tort, Le bon tampz, hélas! il est mort. NE-TE-BOUGE Non est, dya. LE VAQUIER DE CHAUNY S'il vit plus, c'est fort, Car il m'est piechà eschappé. Le bon tampz, hélas ! il est mort, Et n'est mie une grand pité. VA-PART OUT Le bon tampz n'est point trespassé, Non, non. LE VAQUIER DE CHAUNY Dont il est bien malade. NE-TE BOUGE Si tu l'as perdu puis l'esté, Le bon tampz n'est point trespassé* LE VAQUIER DE CHAUNY Et au mains est son tampz passé Pour my. VA-PARTOUT Quoy qu'il ne nous brigade. Le bon tampz n'est point trespassé. LE VAQUIER DE CHAUNY Non. NE-TE-BOUGE Non. LE VAQUIER DE CHAUNY Dont il est bien malade. Car de mv s'en fuyt tout rade 213 Naguères en pays nouvel, Sans me laissier vaque ne vel, Ne robe de gris ne de bleu, Brief, j'ay laissié le laine au treu. Nouvelle» du bon tampz ne sçay, A vous dire trestout le neu. Bridf, j'ay hiissié le hine au treu. VA-PARTOUT S'il nous a laissié puis ung peu, Nous le rarons. LE VAQUIBR DE CHÀUNT Quant ? . NE-TE-BOUGE Sans délay. LE VAQUIER DE CHAUNY Brief, j'ay laissié le laine au treu, Nouvelles du bon tampz ne sçay. VA-PARTOUT Ne-te-Bouge je le querray Et l'airay ains qu'il soit deux ans. La première Daime et le II* ensambîe A^ous avons bon tampz (1) S'il ne nous empire. NE-TE-BOUGK Qui sont ces chantans, Nous avons bon tampz ? La première Daime et le II* cnsamble A ville comme aux champz, De chanter et rire Nous avons bon tampz, S'il ne nous empire. (4) En marge on lit : Tout ce qui est trachié se chante. Pour distinguer ees passades on les a imprimés em italiqut. 14 2U LE VAQUIER DE CMAUXY Foy «le quoy saint Sire, J'ay le auy dire, Le bon tampz avons. VA-PARTOUT Nul plus ne soupire Nous arons de titre Ce que désirons. NE-TE-BOUGE • Or sus escoutous, Se plus nous aurrons Leurs amoureux chans. LE VAQUIER DE CHAUNY Les mos sont très bons Oyons et sçachons Qui sont les chantans. La première Dairne et Je II* ensambh Nous avons bon tampz, S'il De nous empire. VA-PARTOUT Hé ! vécy pour rire, NE-TE-BOUGE Quérons bien à tout à tout. LE VAQUIER DE CHAUNY Ne-te-Bouge, Va-Partout, C'est au tour de cy qu'on chante. VA-PARTOUT Delà? NE-TE-BOTTGE De chà? LE VAQUIER DE CHAUNY A ce bout S15 VA-PARTOUT Ne-tf-Bonge. NE-TE-BOUGE Va-Partoiit. LE VAQUIER DE CHAUNY Saint Jehan ! tout le sang me houH, Que le bon tampz ne nous plante VA-PARTOUT Ne-te-Bouge. NE-TE-BOUGE Va-Partout C'est autour de cy qu'on chante. LE VAQUIER DE CHAUNY Foy que je doy à me bellante Les vécy les bien c.hantans. LE PREMIÈRE DAIMt Nous avons bon tampz, Qu'en volés vous dire. LE II' DAIME Malgré mesdisans Nous avons bon tampz. LE PREMIÈRE DAIME A ville et aux champz S'il ne nous empire, • Nous avon» bon tampz. Qu'en volés vous dire, Se nous le avons en nos domainnes? VA-PARTOUT Vos senglentes fièvres quartainnes, Avès vous le bon tampz du monde ? 216 LA II« DAIME Pour quoy n'ont point le bon tampz Daimes, Vos senglentes fièvres quartainnes ? VA-PARTOUT Qui vous puissent serrer les vainnes. LA PREMIÈRE DALME Prenés pour vous. NE-TE-BOUGE C'est pour vous, blonde, Vos senglentes fièvres quartainnes. _ Avés vous le bon tampz du monde ? LE VAQUIER DE CHÀUNY Je requier à Dieu qu'on me tonde Se ne le rendes temprement. VA-PARTOUT Le bon tampz, comment ? Quel gouvernement ! Esse de ton fait? LE BON TAMPZ Suis-je maisement Avec ce comment ! Leur déduit me plaît. NE-TE-BOUGE Laise telz maintiengz. Et avec nous viengz. Qui sommes dolans. LE BON TAMPZ Je n'en feray riens, Car encore. Amiens N'arés le bon tampz. Le cuir m'entretient. Conduit, maine et tient, Qu'en volés vous dire? 21 ■V LA PREMIERE DAIME Bon tampz nous maintient, Nourrit et soustient, Fait chanter et rire. LA II« DAIME S'il ne nous empire Et son dos ne vire, Nous Fentreterrons. LE BON TAMPZ Aies ailleurs frire. Vous tous, remplis d'ire, Monstres les talons. LE VAQUIER DE CMAUNY Foy que doy Dieu, nous vous arons. Bon tampz, tires de no partie. VA-PARTOUT Ainchois que le veue en perdons Foy que doy Dieu, nous vous arons. NE-TE-BOUGE Sa, maistre, nous vous emmerrons. LE BON TAMPZ En ce point ne me arez vous mie. LE VAQUIER DE CHAUNY Foy que doy Dieu, nous vous arons. Bon tampz, tirés de no partie. LA PREMIÈRE DAIME Quant vous le avés se dittes pie. VA-PARTOUT Ayde, gens d'armes du roy. Se arons brief du bon tampz copie. LA II* DAIME Quant nous le avés se dittes pie. 218 LE BON TAMPZ Chascun ne m'a pas qui m'espie. NE-TE-BOtC^ Ce coup, vous arons, par ma foy. LA PREMIÈRE DAIME Quant vous le avés se dittes pie. LE VAQUIER DE CHAUNY Âyde, gens d'armes du roy. LE GENDARME Sa, Bon Tampz, puis que je vous voy, J'aray de vo corps piet ou elle. VA-PARTOUT Aly ! NE-TE BOUGE A ly ! Je Tay pour belle ; Car sur mes fesses queu (1) je suis. LE GENDARME Se le Bon Tampz atteindre puis, A ma part j'en aray ung peu. Nous vous arons, soit pers ou bleu ; Aux mains aye je son chapellet. LE VAQUIER DE CHAUNY Ains qu'il soit jamais le St-Leu, Nous vous arons, soit pers ou bleu. LA PREMIÈRE DAIME Allons le bouter en ung treu, Qu'il ne nous soit osté tout net. VA-PARTOUT Nous vous arons, soit pers ou bleu. (1) En marg;e : 11 chiet (il tombe). 219 LE GENDARME Au mains ay-je son cliapellet. LA 1I« DAIME Nous Temmerrons pendant ce plet, Pour le présent plus n'en ares. NE-TE-BOUGE Daimes ont bon-tanipz par exprez ; Mais se Dieu plaît en brief Tarons. LE GENDARME N'ayés peur, nous vous ayderons Sy grandement, nous gens de guerre, Qu'arez bon tampz en ceste terre Et nous pareille ment aussy. LE VAQUIER DE CHAUNY Et my, le vaquier de Chauny. LE GENDARME Le Dieu plait, tu y aras part A ce bon tampz; car au regard Du roy et ses francs capitaines, Grés qu'ilz ont volentés haultaines De vous ramener le bon tampz. VA-PARTOUT Dieu le vœulle, Petis et grans Prenés en gré n'y ayt celuy. C'est de la par le maistre du Puy, Lequel pour le bon tampz trouver A ce fait faire puis disner. Explicit. Les textes se pressent sous la plume; mais nous résistons au plaisir d'en donner davantage. Ce qui vient d'être lu permet de se faire une idée juste et exacte de la valeur littéraire des travaux de la 220 Confrérie Notre-Dame du Puy; les quelques pein- tures , les cadres admirables qui ont été sauvés de la destruction et qui sont conservés aujourd'hui dans le Musée de Picardie à Amiens, nous font regretter amèrement la disparition d'œuvres qui nous prouveraient qu'au goût des lettres s'était joint , dans la plus large mesure , le goût des Beaux- Arts parmi les membres de cette association. Pour nous, ce que nous retenons, c'est le rôle brillant que ceux-ci ont joué, les soirées qu'ils ont organisées, les concerts et les représentations aux- quelles ils ont convié leurs concitoyens et nous souhaitons vivement qu'une société moderne, animée des mêmes sentiments artistiques, reprenant ce que ces anciennes traditions ont de bon et d'utile, les rajeunisse et les fasse revivre, avec un lustre nouveau, une longue suite d'années. POST-FACE ETTE longue étude touche à sa fin ; c'est pour nous un devoir, agréable à remplir, de remercier le lecteur qui a eu la patience et le courage de nous suivre à travers tant de faits et de dates. En attendant que nous réclamions de nou- veau sa bienveillante attention pour les trois siècles qu'il nous reste à parcourir, résumons rapidement ce que nous venons de voir ensemble. De l'époque romaine qui a été le point de départ de notre travail, nous sommes arrivés à la fin du xvi^ siècle, au commencement du xvii^ ! Nous avons passé successivement en revue les Mystères, les Farces et les Moralités; nous avons écouté les mé- nestrels dans les rues; nous avons applaudi chez eux les confrères de Notre-Dame du Puy. Nous avons vu naître des genres nouveaux qui se sont succédés ou qui ont vécu côte à côte ; nous les avons vu mourir. En effet, tous les usages admis par le moyen-âge disparurent peu à peu, proscris par l'Eglise. Les mystères eux-mêmes, les représentations dans le^ 9t9. temples sacrés ayant donné lieu à trop d'abus, furent interdits. Dom Grenier, auquel on ne saurait trop avoir recours, nous a dit à ce sujet : « Le pape Innocent III avait condamné les spectacles dans les églises; le Concile de la province de Reims, assemblé à Soissons en 1456, avait banni les jeux de théâtre des lieux consacrés à la piété et à la modestie. L'assemblée de 1412 des chapitres de la même pro- vince défendit aux ecclésiastiques ce qu'elle appelle Riso bonaSy non-seulement dans les églises durant l'office divin, mais aussi par les villes. C'était tout ce qui pouvait prêter à rire. Antérieurement, le Chapitre d'Amiens avait porté son attention sur la première partie de cet objet. Il est ordonné par un statut du 15 janvier 1393, qu'on n'accordera plus la permission de faire des farces dans le chœur de la Cathédrale, mais seulement d'y faire des jeux suivant l'ancienne coutume, comme il est marqué dans les livres. Les chanoines de Noyon, par acte capitulaire du 23 décembre 1538, firent défense de représenter à l'avenir dans l'église Cathédrale le Mystère de la Bégume, comme on avait coutume de le faire tous les ans, parce que c'était une occa- sion de tumulte et de scandale. Les insolences qui avaient été commises dans la même église la veille de Noël 1626, à la représentation du Jeu des Anges^ qui veillaient la nuit autour de la Crèche, les por- tèrent à supprimer aussi ce spectacle en 1667. » Cependant les mystères, quoique nés dans l'Eglise et chassés ensuite par elle, vécurent encore assez longtemps parmi le peuple. Ainsi que nous l'avons à dit, nous en avons retrouvé les dernières traces? 223 affaiblies mais reconnaissables dans quelques théâ- tres forains de nos jours. S'ils disparurent pour faire place à des pièces nouvelles, si à leur suite celles-ci n'obtinrent de succès que pour voir ensuite le public les abandonner, c'est que le goût s'épurait, c'est que l'art dramatique se perfection- nait, c'est qu'aux mystères, aux farces et aux moralités allait succéder la Comédie, c'est enfin que Molière allait naître! FIN Table des Matières Avertissement 5 Introduction 11 Première partie : Les Mystères 23 Les Théâtres 25 Principales représentations 40 Les Drames 57 Auteurs et Metteurs en scène. — Droits d'Auteur. 98 Les Acteurs 107 Subventions et Dépenses diverses. — Droit des Censure-. 115 Deuxième partie : Allégories. — Farces et Moralités. — Spectacles populaires. . . . 125 Allégories 127 Farces et Moralités 137 Basteleurs. — Jongleurs. — Sociétés burlesques. 153 Troisième partis : Jomgleurs, Trouvères et Ménestrels 103 Trouvères et Ménestrels 105 Sociétés littéraires 177 Table des Matières 225 ACHEVÉ d'imprimer k T>ix iMai mil huit cent quatre-vingt Par Francis François à Amiens. 0 KJ ^ Lecocq, Georgec 2636 HiGtoire du the'âtr F5LZ e PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY I